PAR L'N OFFICIER DE LA GARDE ROYALE
La Garde royale fut formée dans des circonstances chfficiles 5 la France était occupée , pour la seconde fois , par les étrangers ; l'armée française , cette armée si long-temps victorieuse, était sur la Loire; malgré ses proLcstalions , la Chambre des représentans élait dissoute ; le désastre de Waterloo , la fuite de l'homme dont le retour avait causé nos malheurs , la rentrée (lu Roi dans sa capitale , l'enthousiasme des amis de la légitimité , la rage (le.s amis de l'usurpation , tout enfm donnait aux esprits une exaspération effrayante; ce fut dans ces circonstances que forgai\isationde la Garde eut lieu ; une ordonnance la ci'éa, toute la France y applaudit.
Les soldats d'Aiisterlitz et de Warterloo, les soldats de Larochejaqueloin , U^s grenadiers qui irVcliaient de file d'Elbe, comme ces généreux volontaires qui avaient suivi le drapeau blanc pondant les cent jours , tous sans distinction furent appelés à fonnev celte Garde , tous fuient accueillis avec une essaie
■ (55) confiance. J'en appelle aux soldats de cette vieille armée française qui venait de subir, avec un calme héroïque, son licenciement sur la Loire; dans quels corps et en quels temps leurs services et leurs blessures furent-ils entourés d'autant d'estime? *
Comme les soldats , les officiers de la Garde furent choisis par-tout; on prit ceux qui avaient montré du dévoiiment et de la fidélité au 20 mars, et qui avaient si glorieusement combattu avec les armées françaises en Prusse , en Pologne , en Allemagne , en Espagn-', et en Russie; on prit des officiers de ce brave 10^ régiment ; ceux de cette petite armée qui , sous les ordres d'un fils du grand Condé , avait rappelé plus d'une fois les vainqueurs de Rocroy ; ces jeunes soldats-officiers qui , à leur entrée dans la carrière des armes , annonçaient qu'ils suivraient toujours le chemin de l'honneur , puisqu'ils avaient suivi le Roi à Gand ; on y admit également et ces officiers qui , sous les ordres de Suzannet et de Larochejaquelein , avaient servi la légitimité, et ces officiers qu'un jour d'erreur avait conduits aux plaines de Waterloo (dans le nombre il y en avait qui sortaient de l'ex- garde); admiration, estime, indulgence , tels furent les sentimens avec lesquels officiers et soldats s'abordèrent , et qui formèrent bientôt cette fraternité et cet esprit de corps qui distinguent si éminemment la Garde. Elle offrait , dès sa création , un faisceau de tous les genres de gloire et de vertus militaires; aussi fut-elle entourée de la considération générale. Réunies dans un même sentiment, toutes les nuances d'opinion ne durèrent qu'un jour, parce qu'il ne fallut qu'un jour pour se connaître , et toutes vinrent se confondre dans le
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dévoûment à la légitimité , aux Bourbons et à la Charte.
La Garde, qui se formait commf* par enchantenaent , au milieu- des plus pénibles circonstances, dont triomphait la sagesse du Roi , se fit remarquer bientôt par ses progrès dans son invStruGtion-€t sa tenue ; bientôt elle fit voir cjombienon pouvait compter sur elle. Par-lout où elle fut envoyée, à foccasion des troubles causés par la cherté des grams , elle montra autant de dévoûment que de modération : elle partagea son pain avec les malheureux qui s'étaient ameutés pour en avoir 5 sa présence seutle rétablit le calme.
Par- tout où elle fut en garnison, elle fit admirer sa discipline ; à chaque changement de garnison , on regrettait le régiment qui partait; mais bientôt celui qui arrivait faisait oublier celui qui était parti . et devenait à son tour, quand il était remplacé , fobjet des regrets des habitans.
Quels motifs a donc pu irriter le ministère contre un corps si respectable et si digne de l'estime publique? contre un corps qui se faisait atlmirer et chérir de la France entière? A-t-on voulu le déconsiilércr ou le recomposer , ou enfin le détruire?
La Garde c$t sam^ée, disait-on au moment où le Boi venait de prononcer, à l'ouverture des Chambres , cet admirable discours qui faisait présager un changement de ministère; la Garde est perdue, at-on dit quand le Moniteur, annonçant la nouvelle composition du mmistère , appienait aussi que le jeul des mini.sties qui n'avait pas éië clidngé , était celui de la guerre, et que le maréchal Gouvion-debaint-Cyr , qui avait conlre-si^né l'ordonnance au ^
août , après l'avoir provoquée sans doute ^ conservait le porte-feuille.
Je doute que la Garde puisse être sauvée ou perdue par le changement ou la conservation d'un ministre , car la Garde royale a pour colonel le Roi , pour créateur le Roi ; et celui-là seul qui a créé peut détruire : tant que le Roi le voudra, la Garde royale subsistera.
liH Garde royale est nécessaire à l'apanage, à la dignité, à la sûreté peut-être de la monarchie; elle impiime la terreur à ces hommes turbulens , factieux par liabitude, ennemis du repos et du bonheur de la France, limon impur de notre révolution:. Elle se recommande à l'estime de la France entière, par sa discipline , sa tenue , son dévoûment , et par la bravoure de ses officiers et soldats ; si elle eût été formée en i8i5 , Buonaparte n'eût pas débarqué à Cannes. Elle Test aujourd'hui; que l'on ne craigne plus ni débarquement, niconspiiations... La Garde i-xtyale est là! voilà désormais son cri, en guerre comme en paix.
Cependant , il est plus d'un moyen qu'on a tenté ou qu'on tentera encore pour dépopulariser la Garde; que le succès couronne ou non ces moyens, ils ne diiMÎnueront rien du dévoûment de la Garde, et de son obéissance passive aux volontés du Roi , j'ea suis convaincu. Au lieu de se plaindre, ces bravas ont redoublé de zèle : leur silence et leur résignation les ont fait admirer davantage; ils ne demandaient qu'une chose , servir le Roi et la France ; ils ne voulaient que cet honneur : que pouvait leur faire la perte des privilèges qu'on y avait attachés? J'aurais donc mauvaise grâce à défendre nn corps qui n«
(58) m'a pas commis ce soin , et qui sur-tout n'a pas besoin qu'on le défende; mais les amis du trône n'onf pu voir sans affliction l'ordonnance du 2 août porter atteinte aux espérances des officiers de l'aimée, au sort dc;s officiers de la Garde; et à l'instant où les emplois vacans dans la Garde vont être remplis , je veux faire voir combien , sous ce double rapport , les suites pourront en être affligeantes pour l'armée et la Garde royale.
L'ordonnance du 5 novembre 1816 , rendue sous le ministère du duc de Feltre , est calquée en tout sur les décrets ou réglemens relatifs à la Garde impériale. Elle accordait aux officiers de la Garde royale les mêmes avantages , quant à Favancement, qu'avaient eus les officiers de la Garde impériale dans leur corps. Le Roi de France ne pouvait-il pas faire pour sa Garde ce que Buonaparte avait fait pour la sienne? Et encore existait-il celte différence dans l'ordonnance du 5 novembre 1816 et les décrets de Buonaparte , que dans la Garde royale on n'obtenait le brevet du grade supérieur qu'au bout de quatre ans de service dans le grade inférieur, tandis que l'admission dans la Garde impériale donnait de suite le brevet du grade supérieur. On forma la Garde royale sur le modèle de la Garde impériale (et certes on n'en pouvait pas prendre un meilleur), et cependant on ne donna pas aux officiers de la Garde royale ni le treizième mois (1), ni les gratifications , ni les indemnités de dorures , harnache-
(1) Les otficiers de la ç^avàc inipcriale lOcrTaicnt, à roccasiort Ju j5 août, le mois Napoléon , ce qui Taisait qu'ils avaient treize mois «l'appointcmcns par an , puisque le mois d'août se payait double. /
ment, ferrure, habillement et logement dont jouissaient les officiers de la Garde impériale; les appointemens de ces derniers étaient par-tout les mêmes , à Paris comme à l'armée 5 ceux des officiers de la Garde royale furent fixés^ à un tiers au dessous , et encore diminuent-ils d'un autre tiers ou d'un quart, selon le grade, hors Paris.
L'article 6 dé fordonnance du 5 novembre 18 16 donnait aux officiers de la Garde royale l'espoir de passer dans la ligne, avec un grade supérieur à celui dont ils avaient le brevet , quand ils auraient mérité de l'avancement, c'est-à-dire que les capitaînes(i) de la Garde, brevetés chefs de bataillon ou d'escadron , pourraient passer lieutenans-colonels dans la ligne. Cette disposition n était autre chose que la copie d'uu décret en vigueur dans la Garde impériale ; et toute l'armée- sait que les capitaines de la Garde impériale sont venus occuper dans les régimens de ligne, presque toutes les places de lieutenans-colonels (alors majors ). Les colonels-majors âes trente régimens de la jeune Garde étaient tous anciens capitaines de la Garde impériale.
L'article 7 de la même ordonnance disait également que les officiers de la Garde royale qui n'auraient pas mérité de Tavancement , passeraient dans la ligne avec le grade dont ils avaient le brevet; il en était de même dans la Garde impériale. Cette disposition regardait les officiers dont on pouvait avoir à se plaindre , et qui , dans ce cas , devaient être places dans les régimens de ligne pour le grade clont
' (1) J*ai pris ici le grade de capitaine pour exemple; on sent bien que ce que je dis de ce grade s'applique à tous les autres.
îls avaient le brevet. Un capitaine de la Garde impériale eût regardé son placement en qualité de chef de bataillon dans un régiment de l'armée , comme une défaveur (i). Eh bien, ce qui était défaveur pour les officiers de la Garde impériale , devient faveur pour les officiers de la Garde royale , aux termes de l'ordonnance du i août, qui veut que les capitaines de la Garde royale brevetés chefs de bataillon , ne puissent plus passer lieutenans-colonels dans l'armée , mais y soient placés comme chefs de bataillon. Les officiers de la Garde de Buonaparte avaient un avancement double, puisqu'ils multipliaieni le grade effectif qu'ils avaient dans cette Garde, par 2 , quand ils passaient dans la ligne. Les officiers de la Garde du roi de France rétrogradent ; et grâce à l'ordonnance du 2 août . et au clasi^ement ordonné parle ministre de la guerre , les officiers de la Garde royale peuvent faire la soustraction de 2 sur les grades que leur assurait l'ordonnance du 5 novembre ; mais avant de parler du classement , faisons voir les suites de l'ordonnance dans les réginiens de la Garde et ceux de l'armée.
L'ordonnance du 2 août dit que nul ne peut remplir dans l'armée un grade inférieur à celui dont il a le brevet ; donc voilà les trois-quarts ^\es officiers de la Garde forcés de sortir de ce corps , car les trois-quarts i\es officiers ont le brevet du grade supérieur à celui qu'ils occupent; et l'autre quart , bien convaincu d'avance qu'au fur et à mesure que leurs quatre années de service dans le grade infé-
(i) Je doute quUlse 8oit trouvé un officier de la Garde impé» riale dans ce cas.
rieur s'accompliront, la réception du brevet du grade supérieur sera pour eux un ordre de départ. L'exécution de cette disposition de l'ordonnance a été différée, dit-on; mais tant qu'une nouvelle ordonnance né rapportera pas celle-ci , les amis de la légitimité ne doivent-ils pas craindre de voir ce que nos annales militaires ne nous ont jamais montré, un corps d'officiers 'renouvelé en masse, en temps de paix , et en un seul instant ?
La même ordonnance accorde aux officiers admis dans la Garde royale avant la loi du lomars 1818, le brevet du grade supérieur après quatre années de service dans le grade inférieur , et prive de cet avantage les officiers qui y sont entïés et y entreront depuis la promulgation de cette loi. Pourquoi donc avoir établi une différence si grande entre les officiers de la formation de la Garde et ceux qui vont y entrer par la suite? IS'a-t-on pas prévu que les privilèges qu'auront eus les uns, et dont seront privés les autres , seront cause , entre officiers du mêm« ' corps , de jalousies et de duels? Croit-on que la position dans laquelle seront placés ces officiers vis-àvis les uns des autres, n'aura pas quelques suites affligeantes pour l'humanité? Croit-on que la discipline et le service n'en souffriront pas? A-t-on pensé , que l'union régnerait dans des corps où il n'y aurait plus égalité de privilèges et défaveurs? Est-ce dans des régimens que peut exister une classe qui aura été privilégiée , et une autre qui ne le sera pas? Pourquoi les premiers admis auront-ils été traités comme autrefois l'étaient les aînés des familles , et pourquoi ceux qui vont y entrer le seront-ils comme l'étaient liçs cadets? Pourquoi faire revivre dans les régiinens
( 60 ^ ce droit d'aînesse que notre législation nouvelle A détruit? Cet état de choses ne peut durer ; qu il faut que les officiers qui vont entrer dans la Garde jouissent des mêmes avantages que ceux qui y sont depuis sa formation , ou que ces derniers quittent ce corps 5 sans cela funion , force première des régimens , ne pourra subsister; la discipline en souffrira; et Ihumaniié doit être effrayée d'avance des suites de ces divisions entre gens si chatouilleux, et qni possèdent à un si haut degré le sentiment du point d'honneur et des convenances.
( La suite à la lii^raisoii prochaine. )
LÉ VINGT ET UN JANVIER! î
Quel triste anniversaire que celui du 21 janvier; de ce jour à jamais exécrable où le meilleur des Princes , le Roi sans tache perdit la vie sur un échafaud ! . . '
Nul Souverain n'avait plus de droits que lui à l'amour, à l'admiration, à la reconnaissance de son peuple; et cependant, après avoir essuyé tous lesgenres d'outrages , après avoir fait l'épreuve des disgrâces les plus amères , après avoir été soumis aux rigueurs de la plus effrayante captivité, après avoir gémi sur le sort de la fidèle compagne de ses infortunes , de cette auguste fille {\^.s Césars , que Marie-Thérèse avait confiée aux vertus hospitalières des Français ; sur celui de ses deux enfans, et de celte princesse héroïque (1) , sa sœur et >sa
(1) On vit matlapie Jilisabetii , dans la journée atfreuse dit 20
constante amie ; après avoir été réduit à l'humiliât ion de comparaître dans l'attitude d'un accusé devant des hommes qui étaient redevables de l'autorité dont ils étaient investis, à ce sentiment généreux, 'à ce premier acte de confiance qui lui avait fait décerner le titre de restaurateur de la liberté française , il a été assassiné ; et sa dernière pensée , son dernier vœu ont encore été pour son peuple : Je sou^ haite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français !
Quel sujet pour l'histoire! quels traits à ajouter au lugubre tableau des vicissitudes humaines ! et quel touchant exemple de piété!
Dénonciateurs, accusateurs, bourreaux de Louis- Seize! le jour même où vous avez consommé votre crime , le jugement des siècles a commencé pour vous, sans que ni les léflexions tardives, ni les vains regrets , ni les retours inutiles sur le passé puissent vous garantir de ce poids de l'opinion pu- Elique , dont la nature est de grossir , de croître et d'accabler enfin ceux qui l'ont accumulé sur leurs têtes. Vous n'avez pas subi , vous ne subirez jamais le sort des assassins de Charles I^'' , parce que votre auguste victime vous a pardonné, *et que la bonté , la générosité font l'apanage des Bourbons ; ma-is vous n'échapperez ni aux reproches de la nation , sur le sort de laquelle cet horrible forfait a exercé la plus déplorable influence , ni aux arrêts immuables de la postérité, ni à vos remords; et ces
juin , s'attacher aux pas de son frère lorsqu'il ^tart menacé par les brigands qui avaient violé son palais, e't présenter sa poitrine aux poignards de ceux qui demandaient la tête de la Beine ^ en leur disant avec fermeté : La voici, la Reine!,,.
remords seront d'autant plus vifs , d'autant plus dé* chirans, que vous éprouvez les effets d'une clémence; dont il est impossible que vous ne vcus reconnaissiez pas indignes.
Sans doute il en est parmi vous, et c'est, j'aime à le croire , le plus grand nombre, qui , en volant la mort du plus vertueux des rois , n'ont fait que céder à la crainte 5 sans doute cet affreux, parricide est anoins votre ouvrage que celui des membres de la députation et de la commune de Paris; sans doute l'histoire ne jugera pas avec la même rigueur tous ceux qui ont formé la majorité poui la condamnation; carilne serait pas juste de n'avoir aucun égard Il ces listes de proscription et de mort , à ces écrits sanguinaires , à ces clameurs féroces qui durf*tit jeter l'épouvante dans l'âme de plusieurs membres de l'assemblée. ^*^,^^
Mais , quelque distinction qu'elle fasse à cet égard , elle demandera compte de leur conduite à ceux qui . ont concouru par faiblesse à celte grande calamité, qui a été la source de tant d'autres ; elle leur dira , que lorsqu'on accepte des fonctions publiques, il faut avoir un caractère ferme et prononcé ; il faut avoir le courage de ne pas dévier de la ligne des principes , même alors que l*on craint ci' êfre le plus J'uible , il faut savoir être l'ennemi , le persécuteur des ennemis de sa patrie, quel que soit leur nombre, quelle que soit leur audace, quels que soient les moyens qu'ils emploient pour l'opprimer et poui: l'avilir.
C'est ainsi que l'orateur romain, qui devait êlj'C la première victime de Catilina, dont les partisans étaient nombreux , dont l'armée était là, le dénonça
iiû sénat, obligea <îe traîlre à s'éloigner de son pays; poursuivit la condamnation de ses (;om{)iices , et mérita le titre glorieux de sauveur de rômè , de yèke