SCÈNE IX
LES MÊMES, moins DUMAS et CLAVET
MURRAY
Méfiez- VOUS de cet homme-là, de Sérîgny !
ALICE
Il y a longtemps que je vous le dis. . • •
DE SERIGNY
Ah! c'est plus fort que moi .... Je ne puis voir sans m*emporter les vautours qui nous dévorent, qui vivent de notre sang, de nos souffrances.
MURRAY
C'est naturel, mais n oubliez pas que les vautours sont de tous les temps,de tous les pays. . . . Mais ne croyez-vous pas qu'il est temps que nous songions à partir. . . ? Evidemment, Tarmée dont on nous menaçait depuis si longtemps est arrivée, et d'un moment à Tautre le clairon va nous appeler au combat.
DE SERIGNY
Qui, pour nous, sera la revanche ! . . . .
MURRAY
Peut-être
Que Dieu le veuille !
?4 l,E DRAPEAU DE CARILLON
DE sâRIGNT
Voyons, mon ami, vous ne pouvez garder Québic .... Québec ! la cité de Champlain, le berceau de la Nouvelle-France .... Et sans le drapeau blanc aux fleurs «le lis qui nous disait tant de choses au cœur et à l'esprit, qui déroulait à nos yeux ravis tant de gloire et de grandeur, Québec me semble un sépulcre surmonté d'un crêpe, une nécropole lugubre où pleurent les âmes errantes de nos aïeux ....
MURRAY
Le patriotisme qui vous pousse à reprendre Québec m'engage à combattre pour le garder .... La destinée d'un grand empire se joue en ce moment .... la partie est belle, l'enjeu .d'un grand prix.
BLANCHE
Sera-ce au moins le dernier combat?
DE SBRIGNY
Oui, si nous triomphons. . . .
ALICE
Quelle vie de tourments, d'inquiétudes mortelles !
BLANCHp
Oui, être là constamment, écoutant les bruits sinistres, se demandant à chaque coup de canon, à chaque coup de fusil, si un parent, un ami n'a pas été blessé, tué, peut-être ....
ALICE
Ouï, c'est bien cela ....
lE SÈIUGNY
Et nous, croyez-vou3 qu'avant le combat, lorsque les balles commencent à siffler, nous ne pensons pas, dans un moment suprême d'angoisse, à tous les êtres que nous aimons ? . . . .
MUKRAY, avec chaleur^ regardant Blanche
Oui, c'est bien vrai !
DE SÊRIGNY
Allons, partons ensemble, je ne veux pas que vous tombiez encore entre les mains de nos troupes .... Soldats loyaux, amis avant le combat, serrons-nous la main en chrétiens. Pour moi, confiant dans la justice de ma cause, que je défendrai jusqu'à la mort, j'attends avec confiance le verdict suprême de la Providence.
ALICE, à demi agenouillée
Que Dieu protège la France !
BLANCHE
Et ceux que nous aimons ! . . . .
RIDEAU
36 I,K DRAPEAU D^ CARlIvIvON