LOUISE, FRANÇOIS
Louise époussetant et fredonnant une chanson canadienne. François entre^ un bouquet à la main.
LOUISE
Tiens, François, bonjour, François, .{regardant attentivement). Mais qu'est-ce que c'est que ça?, .
cet air! cette façon !... ..cette mine!....
ce bouquet !. . . .(Elle rit à gorge dépjogée.)
FRANÇOIS
Bon. . . .la v'ià encore qui rit. . . .qui rit !. . . , comme toujours. . .ingrate; . . mauvaise tête.». . . Eh ben ! ce bouquet, sais-tu pour qui c'est?
• LOUISE I'
Non, franchement, je le sais pas
FRANÇOIS
Eh bcn ! c'est pour toé. . . .tu sais donc pas que c'est ta fête aujourd'hui. . . .Tiens, sans cœur. . • • (/< lui offre le bouquet.)
LOUISE
Ah! ce bon François! Excuse-moé, vrai, je savais pas que c'était ma fête. . . .t'es ben gentil ! (Prenant le bouquet,) Tiens, embrasse-moé. . vite,
par exemple
•FRANÇOIS, Vembrassant
Vrai, ça me fait du bien. . . .je voudrais que ça
serait ta fête tous les jours.
LOUISE, riant Tu t'imagines pas que je t'accorderais la même
f.iVeur tous les jours {Elle rit.)
FRANÇOIS
La v'ia encore partie à rire !
• LOUISE
Chacun son goût, j'aime mieux rire que pleurer il y a ben assez de mademoiselle Blanche
qui est toujours triste depuis qu'elle a fait la connaissance du jeune officier anglais
FRANÇOIS
Le fait est que depuis la grande bataille, tout le monde est triste ici. . . .et il y a ben de quoi, quand on pense à la mort de ce pauvre monsieur marquis de Montcalm et aux conséquences. . . • quand on se demande si on sera pas tous Anglais bientôt. . . .Dans tous les cas, ils devraient ben finir de se battre.
LOUISE
Pour dire la vérité, tu n'as jami^is eu beaucoup de goût pour la guerre !
FRANÇOIS
Ah ! tiens, ne parlons plus de la guerre, ça me rend malade. . . .c'est si triste !
LOUISE
C'est triste, mais c'est beau, c'est grand !. . . » C'est plus fort que moé, quand je vois un militaire, un simple soldat même, il me prend envie do l'embrasser.
FRANÇOIS
Tu seras ben toujours folle Mais quand
est-ce que tu seras sage ?
LOUISE
Qu'est-ce que tu entends par ces paroles?
Je veux dire, quand est-ce que tu seras sérieuse !
LOUISE
C*est plus convenable !. . . «Eh ben !. . . .je serai plus sage ou sérieuse, quand tu seras plus brave.
FRANÇOIS
Je n'ai pas besoin d'être si brave pour faire ma besogne.
LOUISE
Justement, tu devrais lâcher cette besogne.
FRANÇOIS
Pour quoi faire ?
8 I,E DRAPEAU DE CARILIvON
LOUISE
Pour te faire soldat .... Tiens, il me semble que je t'aimerais si je te voyais avec un bel habit de soldat.
FRANÇOIS
Mais on se fait pas soldat rien que pour l'habit,
l'uniforme comme on appelle çà: Il faut se
battre, et on se bat pas tout seul, il y a des gens qui tirent de l'autre côté, du côté des Anglais, par exemple, et il paraît qu'ils savent tirer, car tous ceux que j'ai connus qui sont allés à la guerre sont tous revenus tués ou blessés.
LOl'ISK
Eh ben ! leur peau vnlait bon la tienne. . . .On meurt, ou on revient caporal, sergent, et on est fier de soi, on est admiré, aime des belles tilles. .
FRANÇOIS
Mais que deviendra le pays, notre postérité, si tous les beaux hommes se font tuer? Les belles filles seront ben à plaindre, car le mariage, c'est comme la guerre, ça se fait à deux !
LOUISE, riavt à gorge déployée
Ah ! ah ! que c'es: donc drôle !.. .11 se compte parmi les beaux hommes. .. .Ah ! ah! quelle perte pour la postérité s'il disparaissait ! ! !
FRANÇOIS
Quand donc vas-tu finir de te moquer de moé ?.. Si je m'écoutaisje partirais, je me ferais soldat. .
LOUISE
Il n V a pas de danger que tu t'écoutes !
{Elle rit.)
FRANÇOIS
Ah! tu me défies, hein!... tu me pousses à bout. . . .eh ben ! écoute. Si je va à la guerre et que je revienne, est-ce que tu consentiras à m'épouser?
LOUISE, riant
Ah, oui ! je te le promets, quand même tu reviendras avec un bras ou une jambe de moins ! {JElle rit.) Mais au moins ne perds pas la tête.
Ah ! pour ça, y a pas de danger, j'ai a?sez de plomb dans la tête, j'en ai pas besoin davantage. Tout de même si je me faisais tuer
LOUISE
Sois tranquille, je ferai dire des messes pourle repos de ton âme
FRANÇOIS
Et dire que c'est pour cette fille-là que je va aller me faire mettre en charpie, peut-être. , . . . .
LOUISE
On a tant besoin de charpie !
FRANÇOIS
Je sais ben que tu me crois pas. . . .tant pis ! Si tu as du cœur, tu regretteras, peut être, demain, de m'avoir si mal traité. .. .(/i part et
revient). Un conseil avant de partir, . . ,Défie-toë de M. Clavet. . . .en v'ià un à qui je donnerais pas le bon Dieu sans confession. • . •
LOUISE
Ah ! par exemple, un Monsieur qu'est si bon ^ pour le pauvre monde ! ^
FRANÇOIS
Oui, pour les pauvres tilles comme toé, qui se laissent entortiller par ses manigances. .. .un homme dont on peut pas voir les yeux en face . .
Je trouve, moé, qu'il a les yeux doux, au moins, j quand il me regarde. {JSlle rit.)
FRANÇOIS
Ris, ris, mais prends garde de pleurer plus tard.
LOUISE
Tiens, justement, le v'ià.
FRANÇOIS, sortant.
J'm'en vas. . .jpeux pas le voir en face. . .j'vas m'engager. . . .