TABLEAU APRÈS LE DEUXIÈME ACTE
La compagnie du capitaine de Sérigny sur une des hauteurs de Québec^ hors des murs,
LE SERGENT, à se^ hommcs
Vous savez, sans doute, que c'est aujourdhui même que le couseil de guerre prononce sur les accusations odieuses portées contre notre capitaine.
LES MILICIENS
Oui, oui !
LE SERGENT
Je VOUS ai conseillé la modération, et je vous remercie d'avoir suivi mon conseil dans 1 intérêt de la cause de notre capitaine lui-même.
UN MILICIEN
Oui, nous voulions aller le chercher et pendre ceux qui l'avaient accusé, et je me demande encore ei nous n'aurions pas dû suivre notre première pensée .Toutes les compagnies cana-.
diennes étaient prêtes à marcher avec nous.
LE SERGENT
Nous aurions commis une faute grave contre la discipline militaire. Il vaut mieux que
justice soit laite suivante les formes légales
La réparation sera plus éclatante. . . .
72 l,t DRAPKAU DE CARII.LON
UN MILICIEN
Il est vraî qu'il sera toujours temps d'avoir recours à la violence. Ah ! mais si on ne lui rendait pas justice, rien ne nous empêchera de marcher Bar la prison.
TOUS
Rien, rien !
FRANÇOIS
Soyez donc tranquilles. . . .Vous savez" bien
qu'il va être acquitté d'une manière flamboyante ;
ce sont pas des fous qui composent lejGonseil de
guerre.
LE MILICIEN^ -à François
Mais s'ils refusent de nous remetti'e notre
capitaine, resteras-tu en arrière ?
FRANÇOIS
Ah ben ! écoutez, vous avez plus le droit de me soupçonner. .. .Est-ce que je suis resté en arrière à la dernière bataille ?
LE SERGENT
Non, François est un braT^
UN MILICIEN
C'est vrai !
TOUS
C'est vrai ! C'est vrai !
FRANÇOIS
Ah ! ah ! je savais bien que vous changeriez d'opinion à mon égard. . . .C'est la Louise qui va être fière I
UN MILICIEN
Est-ce que tu crois qu'elle pense encore à toi ?
FRANÇOIS
Pour dire la vérité, j'en suis pas sûr, car c'est une curieuse créature. .. .N importe, elle ne pourra plus dire que je suis pas un homme !
UN MILICIFN
Est-ce qu'elle avait des doutes ?
FRANÇOIS
Oui. ( Tous rient.) , . . .C'est comme vous autres, vous m*avez assez turlupiné. . . .le fait est qu'à force de m'exciter, vous allez me faire faire des bêtises .... S il faut qu'on se batte encore une fois, je sais pas ce qui va m'arriver .... Tout de même c'est beau de passer pour brave.... et puis ça plaît aux femmes. . . .Dites donc, sergent, est-ce qu'on va se battre encore ?
LE SERGENT
C'est bien probable.
Eh ben ! écoutez, vu que ma réputation est faite àc't'heure je serai plus prudent, car je sais pas de quoi ça dépend, c'est peut-être l'odeur de la poudre, il est venu un moment où je voyais phis rien. {Rires.). . . .11 faudra que je demande au Dr Painchaud, qui est si capable, ce qu'il en pense. . {Tous rient. On entend du bruit — Un sergent^ suivi de deux soldats^ entre. Salut militaire.)
LE SERGBNT FRANÇAIS
Soldats et miliciens de la compagnie I^o 1, je suis chargé de venir vous rendre votre capitaine.
TOUS, excités Où est-il ? Où est-il ?
LE SERGENT
Le voici. {Entrée de de Sérigny, — Cris de joie.) Vive notre capitaine !
DE SÉRIGNY
Merci, mes amis.
LE SERGENT
Voici une lettre dont je dois vous faire la lecture. {Il lit.) " Soldats et Miliciens de la compa- " gnie No 1 je suis heureux de vous rendre '' votre capitaine et de déclarer que le jugement "du Conseil de guerre a mis à néant les accusa- " tion portées contre lui. Il a droit, plus que "jamais, à votre estime et à votre admiration, "comme à celle de ses chefs. J'espëre que vous '' continuerez comme lui de donner l'exemple du " courage et du patriotisme/' {Le sergent remet la lettre à de Sérigny et part. — Salut militaire.)
DE SERIGNY
Merci, encore une fois, mes amis, de vos témoignages de sympathie pendant les jours d'épreuves que j'ai traversés. Je vous remercie d'être restés calmes.
LE SEROENT
Ça ii*a pas été sans effort . . . .Tenez, regardez, je me suis mangé les ongles. . . .
UN MILICIEN, regardant du eôté du fleuve Capitaine ! capitaine! Un vaisseau à la pointe de rîle ! (De Sérigny et ses hommes s'élancent de ce côté en criant : Un vaisseau ! un vaisseau !) DE SÉRIGNY, regardant avec une lunette C'est vrai ! c'est vrai !. . . .Quel drapeau portct-il ? {Hésitation^ tous regardent.)
DE SERIGNY
N'ayez pas trop confiance. . . .soyez calmes. . .
Ah ! quel moment d'angoisse !. . . .La destinée
d un peuple tremble dans les plis de ce drapeau.
PLUSIEURS, avec hésitation et Vair troublé
C'est un drapeau ! . . . . C'est un drapeau !. . . .
DE SERIGNY, regardant Un drapeau anglais !. . . .Le sort en est jeté. . {Il paraît affaissé.)
LE SERGENT
Capitaine ce n'est peut-être pas la flotte anglaise. . . .Ce n'est peut-être qu'un seul vaiascau. DE SERIGNY, reprenant sa lunette
Qui sait ? {Il regarde.) Hélas ! C'est bien que trop vrai. . . .Entendez-vous les cris de joie et de triomphedes Anglais? {Grognements des miliciens.) Ah ! ils ont eu tellement peur?. . . .Je m'explique leur joie. . . .
76 I,^ D&AP^ir DE CARILLON
LE SERGENT, tvistô
Tout est-il fini ?
DE SBRiGNY, marcht Vair abattu^ puis relevant la
tête énergiquement.
Nous nous replierons sur Montréal, la ville de Maiionneuve, et nous y combattrons, dussent tous les arbres se changer en Anglais. .. .Le gouvernement de la France nous abandonne, mais après tout, ce n'est pas pour les hommes ineptes et corrompus qui la gouvernent . . ce n'est ni pour le Roi ni sa Pompadour que nous luttons, c'est pour l'âme de la France qui est en nous, c'est pour nous-mêmes, pour notre honneur, pour nos foyers, pour que nos descendants aient le droit de dire : " Tout est perdu, fors Thonneur !"
EIDÉAU
TROISIEIVUE ACTE