SCÈNE III
CLAVET, attendant^ à part
La lutte va être chaude, mais lorsque j'aurai bien dans la main le père, je ferai facilement la conquête de la fille. {Dumas entre.)
DUMAS
Eh bien ! mon cher Clavet, les affaires vont mal, n'est-ce pas ?
CLAVET
Oui, bien mal pour nous comme pour la France
DUMAS
Que dit l'intendant ?
CLAVET
Bigot? Il parle peu, mais il pense beaucoup. . Evidemment il croit la partie perdue et, comme VOS gens disent à la campagne, il nîet du foin dans ses bottes.
DUMAS
Comme vous?
CLAVBT
Oui, et vous devriez en faire autant^ . . .La dcfaite de Montcalm a été un terrible coup. . . .la capitulation de Québec a achevé de détruire nos espérances,
DUMAS
Mais n*avez-vous pas foi dans Vhabîleté, le courage et l'énergie du chevalier de Lévis, qui a entrepris de reprendre Québec ?
CLAVET
Nous avons tous confiance dans le brave chevalier, et nous regrettons toujours qu'il n'ait pas été à côté de Montcalm, le 13 septembre; mais il ne peut faire de miracle, croyez-moi, préparezvous au pire.
DUMAS
Mais le triomphe des Anglais, c'est la destruction de tout ce qui est français au Canada, la ruine de la colonie, c'est ma ruine !
CLAVET
Pas nécessairement. .. .11 est facile de faire
des aftairesavec les Anglais et justement je
venais vous proposer de former une société pour les bateaux et les marchandises que nous vendrons aux deux armées.
DUMAS
Je ne vous comprends pas .... Est-ce qu^un Français peut approv'sionner l'ennemi?
14 I,E DRAPEAU DE CARIIvI^ON
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CLAVBT
Pourquoi pas î
DUMAS
Ce n'est pas mon avis . . • .
CLAVBT
Souvenez-vous, mon cher monsieur Dumas, que l'argent sent toujours bon. . . .Tenez, signez ce contrat qni va nous rapporter de gros bénéfices
DUMAS, lisant
Je vois que je m'engage à fournir des vivres et des marchandises, mais la quantité et la destination ne sont pas mentionnées et mon
patriotisme se refuserait à toute transaction contre l'honneur
CLAVBT
Vous pouvez vous fier à moi, . . .Signez sans crainte, je remplirai les blancs quand je connaîtrai les quantités requises. {Dumas signe.)
CLAVBT {à part) Je le tiens.
DUMAS
Mais qmi me paiera ce que le gouvernement me doit ?
CLAVBT
N'avez-vous pas tout l'argent qu'il vous faut? (Clavet met les papiers dans sa poche.)
DUMAS
Oui, mais les intérêts sur les avances que vous me faites sont très élevés. .. .et tous mes titres de propriété, toutes mes valeurs sont entre vos mains.... et dans les temps terribles que nous traversons, que deviendraient mes filles, si je disparaissais ?
CLAVBT
Il ne tient qu'à vous d'assurer leur sort ; mon mariage avec mademoiselle Alice vous mettrait, vous et votre famille, à l'abri des malheurs qui menacent les habitants de ce pays.
DUMAS
Mais ce mariage ne dépend pas de moi, il faut que ma fille y consente.
CLAVET
Est-ce qu'en France la jeune fille n'épouse pas celui que ses parents agréent ?
DUMAS
En France, oui, mais ici, c'est difiîSrent
D'ailleurs vous ne voudriez pas épouser une femme qui ne vous aimerait pas ?
Si, à tout risque ! Et ne serait-ce que pour Veulèvera ce faquin de de Sérigny, qui m'agace avec ses grands airs, et qui n'a pas même les moyens de vivre seul !. . . .En voilà un mari pour votre fille !. • . . un protecteur pour votre famille !
DUMAS
Mais enân, si elle refuse ?
OLAVBT
Eh bien ! alors, je partirai comme les autres pour la France, lorsque nous aurons perdu ce pays et que noua aurons réglé nos comptes. . . . que vous m'aurez payé la balance que vous me redevez encore
DUMAS
Que voulez-vous dire?
CLAVBT
Que vous devez réfléchir et prendre lea moyens d'échapper à la ruine, au déshonneur peut-être, d'assurer l'avenir de vos deux filles que vous airaez tant et qui méritent d'être aimées, liéfléchissez, Monsieur Dumas, réfléchissez. {Il sort en saluant.)
DUMAS, sml
Je crains d'avoir eu tort de me fier à cet intrigant. Je ne puis obtenir de lui aucune explication, et malgré toute la régularité de mes écritures, je commence à m'inquiéter de notre règlement de compte. (Il sonne, François vient.) Françoie, je v^s dans mou cabinet de travail. Bis à mesdemoiselles Alice et Blanche de venir m'attendre ici. {Il sort.)
FRANÇOIS, seul
Pauvrea demoiselles! .... Elles sont bien tristes.
PREMIER ACTE ï^
et M. Dumas a l'air inquiet. Je pense qu'il n'aura rien d'agréable à leur apprendre ! Ah ! Louise devrait leur donner un peu de sa gaieté.
Tiens, justement, les v1à. (Entrée des deux jeunes /î^/f5.). .. .Mesdemoiselles, monsieur votre père vous fait dire de l'attendre ici. (Il sort,)