F R 1£M 1ER ACTE
CL A VET
Oui, et vous devriez en faire autant. . . .La défaite de Montcalm a été un terrible coup. . . La capitulation de Québec a achevé de détruire nos espérances,
DUMAS
Mais n’avez- vous pas foi dans l’habileté, le courage et l’énergie du chevalier de Lévis, qui a entrepris de reprendre Québec ?
CLAVET
Nous avons tous confiance dans le brave chevalier, et nous regrettons toujours qu’il n’ait pas été à côté de Montcalm, le 13 septembre ; mais il ne peut faire de miracle, croyez-moi, préparezvous au pire.
Mais le triomphe des Anglais, c’est la destruction de tout ce qui est français au Canada, la ruine de la colonie, c’est ma ruine ! .
CLAVET
Pas nécessairement. ... Il est facile de faire
des affaires avec les Anglais . et justement je
venais vous proposer de former une société pour les bateaux et les marchandises que nous vendrons aux deux armées.
DUMAS
Je ne vous comprends pas. ... Est-ce qu’un Français peut approvisionner l’ennemi ?
CLAVET
Pourquoi pas ?
DUMAS
Ce n’est pas mon avis. . . .
CLAVET
Souvenez-vous, mon cher monsieur Dumas, que l’a'gent sent toujours bon . . . .Tenez, signez ce contrat qni va nous rapporter de gros bénéfices .... Pensez à vos filles ....
dumas, lisant
Je vois que je m’engage à fournir des vivres et des marchandises, mais la quantité et la destination ne sont pas mentionnées. . .
CLAVET
Vous pouvez vous fier à moi. . . .Signez sans crainte, je remplirai les blancs quand je connaîtrai les quantités requises. ( Damas signe.) clavet (à part)
Je le tiens.
DUMAS
Mais qui me paiera ce que le gouvernement me doit ?
CLAVET
N’avez-vous pas tout l'argent qu’il vous faut? (Clavet met les papiers (leurs sa poche.)
PREMIER ACTE
DUMAS
Oui, mais les intérêts sur les avances que vous me faites sont très élevés. . . .et tous mes titres de propriété, toutes mes valeurs sont entre vos
mains. . . Dans les temps terribles que nous traversons, que deviendraient mes filles, si je disparaissais ? . . . .
CL A VET
Il ne tient qu’à vous d’assurer leur sort ; mon mariage avec mademoiselle Alice vous mettrait, vous et votre famille, à l’abri des malheurs qui menacent les habitants de ce pays.
Mais ce mariage ne dépend pas de moi, il faut que ma fille y consente.
CLAVET
Est-ce qu’en France la jeune fille n’épouse pas celui que ses parents agréent ?
DUMAS
En France, oui, mais ici, c’est différent .
D’ailleurs vous ne voudriez pas épouser une fqmme qui ne vous aimerait pas ?
CLAVET
Si, à tout risque ! Et ne serait-ce que pour l’enlever à ce faquin de Sérigny, qui m’agace avec ses grands airs, et qui n’a pas même les moyens de vivre seul !. . . .En voilà un mari pour votre fille !. . . . un protecteur pour votre famille !
DUMAS
Mais enfin, si elle refuse ?
CLAVET
Eh bien ! alors, je partirai comme les autres pour la France, lorsque nous aurons perdu ce pays et que nous aurons réglé nos comptes. . . . que vous m’aurez payé la balance que vous me redevez encore .
Que voulez-vous dire?
CLAVET
Que vous devez réfléchir et prendre les moyens d’échapper à la ruine, au déshonneur peut-être, d’assurer l’avenir de vos deux filles que vous aimez tant et qui méritent d’être aimées. Réfléchissez, Monsieur Dumas, réfléchissez. (Il sort en saluant.)
dumas, seul
Je crains d’avoir eu tort de me fier à cet intrigant. Je ne puis obtenir de lui aucune explication, et malgré toute la régularité de mes écritures, je commence à m’inquiéter de notre règlemeut de compte. (Il sonne , François vient.) François, je vais dans mon cabinet de travail. Dis à mesdemoiselles Alice et Blanche de venir m’attendre ici. (Il sort.)
François, seul
Pauvres demoiselles!. . . .Elles sont bien tristes.
PREMIER ACTE
et M. Damas a l’air inquiet. Je pense qu'il n’aura rien d’agréable à leur apprendre ! Ali ! Louise devrait leur donner un peu de sa gaieté. Tiens, justement, les vlà. ( Entrée des deux jeunes filles.) .... Mesdemoiselles, monsieur votre père vous fait dire de l’attendre ici. ( Il sort.)