BLANCHE, ALICE
BLANCHE
Notre père nous fait demander. . . . M. Clavet vient de quitter la maison. . . . Que se passe-t-il!
ALICE
Je m’en doute. . . .Monsieur Clavet fait comme l’araignée, il tisse ses fils, prépare la toile dans laquelle il espère tous nous prendre comme des mouches .
BLANCHE
Que veux-tu dire ?
ALICE
Qu’il a entrepris d’obtenir ma main et que pour parvenir à son but, il ne reculera devant aucun obstacle, aucun crime peut-être.
BLANCHE
Mon Dieu! tu me fais peur. . . . Nous n’avons plus notre mère pour nous protéger. . . . Notre père est bon, mais faible, timide, affaibli par l’âge et les chagrins.
ALICE
Sois traquille, je saurai nous défendre toutes deux. Je crains plus pour Jacques que pour moi. . . .11 est vif, ardent, incapable de croire à la ruse, à l’intrigue, au mensonge, à tout ce qui est bas, vil, honteux !.....,
BLANCHE
Tu l’aimes donc bien ?
Oui, Blanche, je l’aime, et il mérite d’être aimé.
BLANi IIE
C est vrai !
ALICE
Il est franc, loyal, généreux, chevaleresque ! Il est pauvre, c’est vrai, mais à mes yeux, il est mille fois plus riche que monsieur Olavet, ce favori de Bigot. ... Il a toute la noblesse de caractère qu’une femme peut souhaiter chez l’homme qu’elle aime.
BLANCHE
Comme le capitaine Murray !. . . .
alice, s'asseyant à côté de Blanche
Ab ! toi aussi, tu aimes, ma mignonne. . . .et tu me le cachais ! . . . .
BLANCHE
Je ne voulais pas l’aimer. . . .Tu te souviens, lorsqu il fut apporté ici blessé, après avoir sauvé
premier acte;
monsieur de Sérigny, je refusais de le soigner, d’approcher de lui, je me sentais portée vers lui, mais je croyais que c’était mal, que je ne pouvais aimer un Anglais, uu ennemi de notre pays. . . .
Et un protestant, malheureusement .
BLANCHE
Non, non, sa foi est la nôtre, ma chère Alice.
ALICE
Ah !
BLANCHE
Tu dis : ah ! pourquoi dis-tu cela? .... Est-ce parce que tu trouves moins mal que je l’aime ?
ALICE
Certainement, mais es-tu bien sûre qu’il c’aime, lui ?
BLANCHE
Tu en jugeras par toi-même, attends .
ALICE
Espères-tu le revoir ? Ce serait téméraire de sa part ; il ne pourrait se rendre ici sans exposer sa vie.
BLANCHE
C’est ce que je lui ai dit, mais il m’a répondu en riant qu’il ne craignait rien, qu’il y avait un Dieu pour les amoureux. . . Tiens, regarde ( Elle lui montre un médaillon), tu vois qu’il m’aime, hein ?
alice, réfléchissant
Oui, mais c’est toujours bien un Anglais . . . ..Je te prie d’être prudente .... J’en parlerai à Jacques. . . .{Elle écoute.) Ah ! voici notre père. . . .