‹ Le drapeau de carillonChapitre 8 sur 36 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

LES MÊMES, DUMAS dumas, entrant

Je vous ai fait attendre . Voyons, de

quoi avez-vous parlé en mon absence ?

ALICE

Un peu de tout, des malheurs du présent et des dangers de l’avenir .

DUMAS

Ah! le présent est sombre et l’avenir plus

sombre encore . Quant à toi, ma chère

Alice, tu n’as qu’à le vouloir pour assurer ton avenir.

ALICE

Comment cela ?

DUMAS

Voyons, tu ne peux ignorer que monsieur Clavet désire ta main .... Je ne veux pas influencer ta décision, mais rélléchis bien, c’est un excellent parti, le meilleur de la colonie, il est très riche, et avec lui ton avenir serait assuré . . .

PREMIER ACTE

ALICE

N’est-il pas aussi un des favoris de Bigot?. . . . C’est une triste recommandation, â l’heure qu’il . est, au moment où on accuse l’intendant et ses amis de spéculer sur la misère publique, de s’enrichir et de vivre joyeusement aux dépens de la colonie et de l’armée. . . .

DUMAS

Alice, ne sois pas injuste envers Clavet, et garde-toi d’exprimer de pareils sentiments en sa présence. . . ce serait dangereux.

BLANCHE

C’est vrai, Alice, je ne voudrais pas pour tout au monde que mon-ieur Clavet devînt l’ennemi de notre famille !

DUMAS

Il y a bien assez de ce de Sérigny qui dit trop en sa présence ce qu’il pense.

BLANCHE

Il faut voir les yeux que M. Clavet lui laii alors .... brrr .... j’en ai le frisson !

ALICE

Jacques ne fait qu’exprimer les sentiments les plus nobles, les plus genereux, les sentiments des honnêtes gens du pays, des vrais patriotes.

DUMAS

Ses tirades contre l’intendmt Bigot et son entourage sont de nature a nous taire du mal

éml tmi

le; drape;au de; carillon

.... Voyons, Alice, ne crois-tu pas que tu as tort de t’attacher à un homme dont l’avenir est si incertain, de le préférer à Clavet dont la fortune et l'influence sont si considérables?

ALICE

Pardon, mon père, de vous déplaire, mais je vous l’avoue, je préfère au spéculateur, à l’homme d’aflaires froid, sec, égoïste, le soldat, le patriote, qui se sacrifie pour son pays, dont l’âme est ouverte à tous les nobles sentiments, à toutes les idées généreuses .... Il me semble que celuici offre à une femme plus de chances de bonheur ....

DUMAS

Ecoute, ma chère Alice, je n’ai pas l’intention de faire violence à tes sentiments, mais à mon âge, vois-tu, on cherche à assurer l’avenir de ses enfants, on se croit obligé de dissiper les illusions qui peuvent les égarer . •

ALICE

Mais ces illusions leur donnent la force et le courage de braver et de supporter les épreuves de lai vie. Est-il sage de se vieillir avant le temps ? Enlève-t-on à l’arbre ses feuilles et à la fleur ses parfums parce que l’automne les en dépouillera? arracher à l’âme ses illusions, n’est-ce pas la priver de sa flamme, de sa chaleur et de son énergie.

PREMIER ACTE

blanche ( sautant au cou d’Alice )

Alice, tu parles connue un ange!

DUMAS

Pauvres enfants !

erançois; du fond.

Monsieur de Sérigny.

SC P XK VL

LES MÊMES, DE SÉRIGNY (De Sérigny entre - Joie d’Alice.) alice, le toisant

Monsieur le capitaine! s’il vous plaît.... Je suis fière de votre gloire, mon ami, et j’en prends une part au fond du cœur.

DUMAS

Je vous félicite, monsieur.

BLANCHE

Nous vous félicitons.

DE SÉRIGNY

Ah ! le métier de soldat est rude, pénible, parfois, le spectacle des maux engendrés par la guerre est accablant, il est triste de voir tomber à côté de soi des hommes pleins de vie, de courage. des amis, des braves, des héros comme Montealm, mais il y a des compensations pour

LE drateau de carillon

celui qui se b t pat’ dévouement pour son pays .... pour sa gloire, pour sa liberté .... Et puis, de soldat on devient sergent, lieutenant, capitaine,

colonel, général, peut-être . et on pense à

celle qu’on aime. Cette pensée exalte notre courage, et l’objet de notre amour devient pour nous le symbole idéal, l’image même de la patrie.

ALICE

Et celles qui vous aiment pensent à vous, prient pour vous, ainsi que pour le succès de votre cause .... de notre cause.

DE SÉRIGNY

Ah ! merci ! car la lutte est terrible, les dangers continuels, tous les jours ce sont des escarmouches, des combats ....

ALICE

Et votre blessure ?

DE SÉRIGNY

Ali ! je n’en soutire plus. . . .mais je l’ai échappé belle!.... Vous savez, sans doute, mademoiselle Blanche, que sans le dévouement et la bravoure de mon ami Murray, je n’aurais pas le plaisir de vous voir aujourd'hui? ....

BLANCHE

C’est donc bien vrai? ....

DE SÉKIGNY

Oui, bien vrai ! . . . .

PREMIER ACTE

ALICE

Raeontez-nous donc cela.

DE SERIGNY

Hélas! nous étions battus, et nous devions l'être. Montcalm, audacieux jusqu’à la témérité, avait engagé la bataille dans les conditions les plus déplorables. . . .Nos troupes battaient en retraite. Montcalm faisait des efforts désespérés pour les rallier. ... Il avait déjà reçu deux blessures, son sang coulait, mais il continuait de se battre. . . .Ah ! qu’il était beau à voir dans cette tempête ! il ressemblait au Dieu de la guerre. Soudain, un coup de feu le blesse mortellement et le jette à bas de son cheval. . . .J’étais parmi ceux qui combattaient autour de lui. ..Nous étions serrés de près ; tout à coup m’étant porté en avant, je fus entouré, et j’allais recevoir un coup de baïonnette en pleine poitrine, lorsqu’un officier anglais fit dévier l’arme et cria que j’étais son prisonnier. Cet officier était le capitaine Murray. Quelques jours après, grâce à sa générosité, j’étais remis en liberté sans condition.

BLANCHE

Vous oubliez de dire que le capitaine Murray, blessé lui-même et fuit prisonnier après vous avoir sauvé, fut transporté ici, à votre demande.

Et soigné, guéri par vous eu peu de jours.

BLANCHE

Et par Alice. . . .

DE SÉRIGNY

Oui, mais avec moins d’efficacité, paraît-il î

BLANCHE

Voyons, capitaine, est-ce qu’il ne mérite pa3 qu’on l’aime un peu?

DE SÉRIGNY Beaucoup même. . . .

BLANCHE

Il y a de bons Anglais, n’est-ce pas ?

DE SÉRIGNY

Oui, le capitaine Murray, par exemple.

ALICE

Jacques, faites attention à vos paroles.

DE SÉRIGNY, SOUriaWt

Ma foi ! tant pis ! ( On entend du bruit , des coups de fusil, des cris.)

Que signifie ce bruit ?... .Si nous allions voir, capitaine. . . .

DE SÉRIGNY

Oui, allons. . . .

PREMIER ACTE

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