‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 1 sur 65 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Ce livre est la reproduction d'un travail écrit pour la Revue dés questions historiques et publié dans les derniers mois de Tannée 1871. On a pensé qu'à l'heure présente cette reproduction en un volume d'un format commode et à bon inarché, accompagné de quelques figures, ne serait pas inutile.

Le système que j'y expose, trop faiblennent

^sans doute, est fondé sur un principe d'ordre et

d'unité qui a été, qui est encore tous les jours

malheureusement méconnu. On s'imagine que

l'histoire de France, ayant 1789, est le règne du

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chaos et le triomphe du hasard. On croit que l'idée de patrie est chez nous née d'hier, que c'est d'hier seulement qu'elle est gravée dans les cœurs, exprimée dans les œuvres de l'esprit, dans les mœurs, dans les lois, et figurée aux yeux par des emblèmes. C'est une erreur, et il n'y en a peut-être pas, sauf dans les choses religieuses, de plus mortelle par ses conséquences. La religion est une patrie, mais la patrie aqssi est une religion .

11 y avait une France avant 1789, et celle France avait un drapeau. Depuis Charlemagne, elle en a toujours eu un, et depuis l'avènement des Capétiens, ou peu s'en faut, jusqu'à la fatale perversion du grand « mouvement national de la fin du dernier siècle, » c'est le même drapeau, successivement bleu, bleu à croix blanche, bien et blanc, tout à fait blanc, c'est-à-dire transformé logiquement, historiquement, naturellement, sans influence de révolte ou de révolution, qui n'a cessé de présider aux destinées de la patrie.

Telle est l'idée dont ce livre offre un dévelop-

pement, que je me suis efforcé d'appuyer de preuves.

Je. ne fais pas mystère de mes convictions. Je suis un partisan déterminé des traditions de la France, et par conséquent, de la monarchie et de la race qui personnifient ces traditions , dont ellesmêmes sont la plus haute.

C'est dans la Maison de France que je distingue clairement l'unité séculaire et la vieille gloire de ma patrie, et c'est pourquoi cette patrie, ce me semble, a le droit de réclamer l'unité dans cette Maison qui la résume; je dis l'unité dans l'ordre, par la soumissioni naturelle et que toutes les lois commandent, des membres à leur chef et des cadets à l'Aîné.

Mes convictions sur ce point sont entières et absolues. J'espère pourtant que ceux-là mêmes que d''autres idées, d'autres opinions, d'autres traditions captivent, reconnaîtront, s'ils veulent bien melire avec quelque attention, que jeme suis souvenu des droits (qui priment tout) delà science et de l'histoire, et que j'ai peut-être fait, non pas un bon livre assurément, mais quelque chose de

mieux qji'un livre de parti et de circonstance * . C'est du moins parce que je l'ai cru, que j'ai joint à mon nom un titre dont je m'honorerai toujours. S'il y avait par hasard en ce livre, au point de vue de la science, quelque chose qui fût durable, c'est aux maîtres à qui je dois ce titre, à leur enseignement, à leur méthode, qu'en appartiendrait l'honneur.

Si pour [la défense des idées qui me sont sacrées, et plus généralement, pour la pratique des études qui me sont chères, j'ai pu mettre à profit cet enseignement, cette méthode, je le dois à ce défenseur des nobles causes qui a bien voulu, par une indulgence excessive, m'admettre, dès mes débuts, m'appeler même à les défendre. L'union des hommes de foi syr le terrain de la science,

runiôn des hommes de science sur le terrain de la foi, telle est l'idée dont il s'inspire, et que déjà.

4, Le lecteur qui voudra bien jeter les yeux sur les Additions et rectifications que j'ai ajoutées ici à mon premier travail , trouvera peut-être dans les n°* 4 et 2 quelques utiles indications sur les origines de notre histoire et de notre épopée.

en ses créations successives, il a si largenient, si hautement réalisée. C'est lui qui m'a engagé à entreprendre ce travail sur le Drapeau de la France j et qui tout d'abord m'en a fourni les moyens, par des indications de sources, nombreuses et précises. Je ne l'ai cité nulle part; il aurait fallu le citer partout. J'ai inscrit son nom en tête de ce livrp. Ce mâle et ferme esprit s'impatienterait, je le sais^ si je disais de lui tout le bien que je pense, a: Amas d'épithètes), mauvaise louange, dit La Bruyère, ce sont les faits qui louent. » Au nom de celui à qui ce livre est dédié j'ai ajouté seulement ces mots : Fondateur et directeur de la Revue des Questions historiques, président de la Société bibliographique, et il n'aura de moi aujourd'hui que cet éloge.

J'ai reçu de plusieurs de mes amis des communications, des indications qui m'ont été fort utiles. Je les en remercie tous. Mais il m'est agréable de nommer ici mon cher confrère et ancien condisciple, M. Louis Courajod, qui a comme moi, mieux que moi, le goût, le culte des antiquités nationales. J'ose à peine le remercier, tant notre

amitié déjà ancienne, commencée sur les bancs de l'école des Chartes, a rendu habituel entre nous l'échange des idées, des projets, des recherches dans le cours de nos travaux.

La pratique de l'art du dessin m'est tout à fait étrangère. Pour les figures qui accompagnent ce volume, nous avons fait appel, mon éditeur et moi, à un dessinateur et chromolithographe distingué, M, G. Hurtrel, qui a déjà consacré avec succès son talent à la reproduction des vieux monuments de notre art et de notre histoire.

Depuis la première publication de ce travail dans la Revue des Questions historiques, M. le comte Lpuis de Bouille a mis au jour le résultat de ses recherches sur l'histoire des drapeaux français V. Ses conclusions ne sont pas les miennes, et l'on a essayé d'en tirer parti pour fortifier encore cette opinion si répandue, mais si erronée, que la France n'a pas eu de drapeau national avant 1 789. Aussi ai-je. dû les combattre, et

4. Les Drapeaux français dQ 507 k 4872. Recherches hisloriques par le comte Louis de Douille, accompagriu^cs do 50 drapeaux. Paris, Dumainc, 1872, in-16dc 80 p. et XII planches.

je l'ai fait dans V Union avec une grande vivacitë. Le souvenir de celte polémique me fournit une occasion, qyi m'est douce, de remercier un maître vénéré, un éminent écrivain, en qui Ton. ne sait ce qui est plus admirable, le talent ou le caractère, M. Laurentie, et ses honorés et spirituels collaborateurs, de la bienveillante sympathie avec laquelle ils m'ont accueilli et conservé dans leurs rangs depuis près de trois années.

Le livre de M. de Bouille manque de critique et de méthode. Mais des faits rassemblés, quoique mal classés et mal compris, sont toujours utiles. Sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne les drapeaux de l'armée sous la première République et sous le premier Empire, les recherches de M. de Bouille m'ont paru neuves et intéressantes, et je n'ai pas hésité à en faire mon profit pour me corriger et me compléter.

Le petit nombre d'emprunts que je me suis permis d'y faire portent, ai-je besoin de le dire, nonseulement dans mes notes, mais dans mon texte, la marque expresse de leur origine.

Si ce travail a été commencé, poursuivi, achevé

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