‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 12 sur 65 · Ibid,, p. 73, col. 2; Rey, t,I,p. 18M · texte numérisé non relu

Ibid,, p. 73, col. 2; Rey, t,I,p. 18M

tendre beaucoup plus qu'il ne l'a fait, et que même, pour ma part, je transformerais' volontiers en règle, quitte à admettre, à titre d'exception, la règle exprimée par Du Gange, et suivie par le P. Daniel, M. Rej\ et ^généralement tous les auteurs *.

J'oserais donc affirma, contrairement à Du Gange, que, sauf exception, dont même, à mon avis, il resterait à fournir la preuve, l'oriflamme se rapprochait beaucoup plus de la forme des drapeaux de nos jours, que de celle des bannières actuellement en usage aux processions dans nos ^églises, c'est-à-dire qu'elle n'était point fixée à la pique par un bâton transversal, mais attachée d'un seul côté de la lance. J'invoque tout d'abord à l'appui de mon opinion les monuments figurés.

Pour le xv^ siècle, aucun doute ne peut subsister. Les miniatures du célèbre manuscrit de Froissart, conservé à la Bibliothèque nationale, nous montrent l'oriflamme attachée d'un seul côté de la lance. Ce que les commissaires de la

4. Du Cangc, Dissert, AT///, etc., p. 71, col. 4. Daniel, ouvrage cité, t. I, p. 494, liv. VI, chap. IX. Rey, 1. 1, p. 475-181.

Chambre des comptes, qui l'ont vue encore à Saint-Denis, au xvi* siècle, et que nous avons cités, nous disent, concorde parfaitement avec cette forme et la confirme. « Un étendard enveloppé aviour d'un hâton, c'est, ce me semble, un étendard attaché d'un seul côté de ce bâton. Ces termes s'appliqueraient beaucoup moins bien à une bannière transversale ^ »

Pour le XIV* siècle, Montfaucon nous a conservé la figure d'une oriflamme du temps de Charles V. Il l'a empruntée à une miniature tirée de la bibliothèque des Célestins de Paris « d'où M. de Gaignières, dit-il, la fit copier telle que nous la représentons ici. Un chevalier à genoux, la tête nue, tient cette bannière de ses deux mains. Le roi la prend et porte sa couronne ornée de trèfles. L'archevêque, la mitre en tête, qui tient une grande croix de la main gauche,

h . Illuminated illustrations of Froissart^ selected from the MS in the Bibl. royale, Paris, and from other sources, by H. N. liumphreys esq. London, Smiih, 1845, in-4®. Cabinet des esfumpes, BibL nat. Planches XV et XXIX. Cf. Montfaucon, ouvi-age cité, t. III, pi. XXl, p. 84. — Paris et ses historiens aux xiv« et XV® sièclesy p. 259, fîg. 3*

bénît de la droite cette bannière. j> Cette bannière est attachée d'un seul côté de la lance. Raoul de Presles, parlant de l'oriflamme dans son discours adressé à ce même Charles V, use de termes tout à fait concordants, suivant moi, avec cette miniature : « Et si portez seul roy ef [singulièrement Toriflamme en bataille, o'esf à savoir ung glaive tout doré oii est atachie une banière vermeille*.. J'en ay veu deux de mon temps sur l'autel des glorieux martirs. • . et estoient enhancées de deux petites hances d'argent dorées ou pendoit à chascune une petite banière vermeille ^ >

Mais il faut bien croire que ce ne sont pas là des faits particuliers, mais plutôt une tradition et presque une loi, puisque, si nous remontons d'un siècle encore, nous voyons qu'au xiif siècle « Henri, seigneur de Metz, maréchal de France du temps de saint Louis, est représenté, dans les vitres de Notre-Dame de Chartres, recevant l'oriflamme de la main de saint Denis, dont le nom •

4. Montfaucon, t. III, pi. III, p. 4. C'est à tort que Montfaucon confond cette oriflamme avec la bannière royale. — Cl*. Paris el ses historiens^ etc., p. 259, flg. 2.

est écrit au-dessous, S. Dionisius . Celle oriÛamme est une bannière rouge au haut d'une pique, ^ et elle est attachée d'un seul côté de cette pique ^ Ce dernier monument est ^ la plus ancienne figure de l'oriflamme de saint Denis qui nous soit parvenue, au moins à ma connaissance.

Rapprochée des deux autres et des textes qui les confirment, elle doit nous conduire, ce me semble, à expliquer dans le même sens ce texte de la Chronique de Flandres, cité par Du Gange, et qui nous donne la figure de l'oriflamme dans les temps intermédiaires entre saint Louis et Charles V : « Et tenoit en sa main une lance f à quoi V oriflamme estoit attachiez d'un vermeil samit, à guise de gonfanon à trois queues et avoit autour houppes de soye verte. » Du Gange et la plupart des auteurs à sa suite ont compris le gonfanon comme une bannière carrée, transver-

4. Montfaucon, t. If, p. 168, pi. XXX[II, n° 4. —Cf. Mùm-^ ments français inédits pour servir à Thisloire des arts, par N.-X. Villemin, texte par André Potier. Paris, 4 839, 2 vol. infol.,, t. I, p. 98, et texte^ p. 60, col. 2. *- Cf. Paris et ses historiens, etc., p. 259, fig. 1 ♦

sale, et fendue par en bas. Mais cette forme ne résulte pas du tout du mot gonfanon. Les commissaires de la Chambre des comptes qui ont vu, au xvf siècle, l'oriflamme abandonnée depuis le xy% par conséquent ayant conservé la forme que lui donne le manuscrit de Froissart, peint àla dernière période de Vexistence active^ qu'on me passe l'expression, de cet étendard, l'appellent aussi un gonfanon... fendu par le millieUj c'est-à-dire par le bout et non par le bas. Du Gange d'ailleurs rapporte lui-même, dans son Glossaire, des textes qui me paraissent prouver que le mot gonfanon s'est appliqué à des étendards attachés d'un seul côté de la lance. Pour dire toute ma pensée, je crois bien même que c'est surtout à ceux-là qu'il s'appliquait*.

Reste le xif siècle, où l'on pourrait penser que l'oriflamme avait la forme transversale. Le seul texte qui peut paraître vraiment concluant à cet égard, parmi ceux qu'a cités Du Gange, ce sont

4, Du Cange, Dissert. WllI, p. 74, col. I. — Cf. Glossaire^ au mot GUNTPANO. Ed. Henschell, t. Ui, p. 596, col. 2 et 3.

les vers de Guillaume le Breton, où il est dit que le roi Philippe-Auguste « faisait onduler aux souffles légers de la brise un simple étendard, tissé de simple cendal, d'une splendeur rouge, semblable à ceux dont V Eglise a coutume de faire usage dans ses processions à certains jotirs de fête^ et quia Tïom oriflamme en langage vulgaire*. » Mais, pour ma part, je croirais que ces vers ne sont pas aussi décisifs qu'on l'a pu penser. L'Eglise a bien pu faire usage dans ses processions de bannières attachées d'un^seul côté de la lance. L'une des deux oriflatnmes qu'a vuesRaoul de Presles à Saint-Denis était portée à certaines processions, et elle avait cfette forme. Dans certains textes les bannières de processions sont appelées fanions {fanones)^ ce qui, sans trop

1. Ast régis satis est tenues crispare per auras Vexillum simpleXy ceudato simplice textum, Splendoris rnbei, îetania qualiter uti î>ccîesiana solet, certis ex more diehus.

Quod cum flamma habeat vulgariter aurea nomen, Omnibus in béllis habet omnia signa prœire.

Guill. Brit., Philipp,, 1. H, dans Du Cange, Dissertation X\lll,p.l \,co], ^.

insister sur cet argument, rappelle plutôt des drapeaux attachés d'un seul côté du portant.

Notons d'ailleurs que tous les autres termes dont se sert Guillaume le Breton dans ses vers s'appliquent aussi bien, et peut-être mieux, à un étendard de ce dernier genre qu'à une bannière transversale^

Le nom même d'oriflamme^ rapproché à trèsjuste titre par Du Gange du mot Flammulum^ Flammula^ drapeau en forme de flamme, s'applique beaucoup mieux à l'étendard tel que nous le représentent les vitraux de Notre-Dame de Ghartres et le manuscrit deFroissart, qu'au labarum, même fendu en plusieurs queues par en bas. La première oriflamme, cette Romaine , ce Monljoie, cette bannière de Gharlemagne, figurée en mosaïque dans l'église Saint-Jean-de-Latran

4. Du Gange, au mot Fano. Glossaire. Ed. Henschell, t. III, p. 403, col. 3. a Fano^ vexillum ecclesiae, Gall. Gonfanon (Bannière), Guidonis disciplina Farfensis, lib. I, cap. i. Vestiantur cappis ad gloria laus canendum : processio ornamentorum quemadmodum venit, ita stetper ordinem; Fanones hinc et inde facie ad-faciem. Adde vitam S. Udalrici saec. V, Benedict.^ p. 428. »

et que Du Gange donne, à très-jus te titre, comme un exemple de flammulay est attachée d'un seul côté de la lancée

En résumé, et sauf exception qui reste à démontrer, même pour le temps de Louis le Gros à saint Louis» l'oriflamme est un drapeau attaché d'un seul côté de la lance, presque toujours obliquant vers le bas, plus long que large et fendu par le bout en plusieurs queues ou flammèches, destinées à flotter aux vents. Ces queues sont généralement au nombre de trois. Mais cette règle n'est pas absolue. Ainsi l'oriflamme des vitraux de Chartres a cinq queues ; à la bataille de Poitiers-, dans le manuscrit de Froissart, sont figurées deux oriflammes à deux langues. Enfin l'oriflamme de Charles V, tel que Montfaucon, après Gaignières, l'a emprunté à la bibliothèque des £lélestins, a ceci de particulier qu'elle n'a point de queues, et qu'elle est presque aussi large

4. DU Cange, au mol Fi/mmula, Glossaire. Ed. Henschell, t. III, p. 319, col. 21 et 3. Cf. Dissertation XV lU, p. 71, col. 2.

que longue. Des houppes ou franges en soie verte ont parfois bordé roriflammeS

Pour la couleur de Toriflamme de saint Denis^ aucun doute ne peut s'élev^er. Elle était rouge. Tous les auteurs anciens et modernes sont d'accord à cet égard. Le rouge était la couleur de saint Denis, apparemment comme martyr. Mais au temps même où cet étendard avait dans les armées françaises la prééminence sur tous les

autres, il n'est guère permis d'attribuer à sa couleur la valeur de couleur nationale. Ce rouge

était uni, sans ornements, sans broderies, sans

figures, disent les plus anciens auteurs. Cette

règle pourtant ne paraît pas avoir toujours été

observée avec une rigue\ir absolue, puisque

l'oriflamme du manuscrit des Célestins est à

ramages vermeils comme le fond, et que l'ori-

4 . La bannière attachée d'un seul côté de la lance est, ce me semble, au<moyen âge, la bannière militaire par excellence. La forme de flamme à plusieurs queues est extrêmement répandue. Celle à trois queues parait plus spécialement consacrée. Ne serait-ce pas le g on fanon proprement dit? Cf. Montfaucon, 1. 1, pi. L, n° 4 ; Lï, n» 3; Lil, n« B; LUI, n* 8 ; LIV, n«>» 9 ellO ; LV; t.lï, pl.l, n,V, VI,VII,VIÏI.

flamme du manuscrit de Froissart porte, brodés en or, ces mots: Joie saint Denise

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