CHAPITRE PREMIER
La Gbape et la Bannière de saint Martin.^
Le lecteur voudra bien me dispenser de remonter au déluge. Je ne lui parlerai ni des Hébreux, ni des Égyptiens, ni des Perses, ni des Grecs; tout au plus lui dirai-je un mot des Romains. La plus ancienne enseigne destinée à guider les divers pelotons qui composaient la légion romaine fut le manipule^ d'une forme en effet primitive, simple botte de foin portée au
bout d'une pique, A cette enseigne grossière succédèrent bientôt des figures symboliques^ d'animaux: le loup^ le minotaure^ le cheval^ le sanglier^ etc. Mais la figure dominante, le symbole romain par excellence, c'était l'at^Z^, d'abord réservée au premier peloton, ou manipule, puis (jui, sous Marins, devint l'enseigne de la légion tout entière. Cette aigle, d'or ou d'argent, est plantée sur un portant, les ailes déployées: 'souvent elle tient la foudre dans ses serres. Le porteaigle (aquilifer)j désigné par les centurions, est choisi .parmi les meilleurs et les plus braves. Il porte ( honneur insigne ! ) un manteau de peau d'ours. Une simple main au bout d'une perche, ornée de disques de métal superposés, remplaça, pour les divers manipules, les figures symboliques d'animaux. La cohorte, première subdivision de la légion, avait trois enseignes, une par manipule. Mais jusqu'au temps de l'empereur Hadrien, elle n'eut point, comme la légion, d'enseigne spéciale. Hadrien lui donna le dragon.
Mais outre ces enseignes solides {signa\ les Romains avaient des drapeaux en étofîe, assez
semblables aux nôtres, quoiqu'ils en fissent moins d'usage. Ils se servaient du fanion {vexiU lum)y pièce d'étoffe carrée, de couleur variable suivant les cas. Souvent le drapeau était réuni à l'enseigne, le fanion pendait au-dessous de V aigle légionnaire. C'était en outre le signe propre aux turmes ou escadrons de la cavalerie. Pour donner le signal du combat, le général faisait arborer au sommet de sa tente un drapeau rouge * .
Le plus célèbre, parmi les drapeaux d'étoffe dont l'archéologie romaine nous a transmis la mémoire et la figure, c'est à coup sûr le labarum. Ce serait une erreur de penser que ce nom a été donné pour la première fois à un étendard sous le règne de Constantin. On trouve déjà le mot employé dans ce sens du temps de la République et des premiers Césars. D'après M. Rey, sous l'Empire, le labarum était l'enseigne personnelle
4 . Eisloire romaine^ par Th. Mommsen, traduile par C.-A. Alexandre, t. VII (Paris, Franck, 1869, in-8»). Appendice C. L'armée romaine au temps de César^ p. 352, 365, 366. — Cf. Rey, Histoire du Drapeau^ des couleurs et des insignes de la monarchie française, Paris, Techener, 1837, 2. vol. in-8% 1. 1, p. 45, 46, 48, 7i.
des empereurs et faisait reconnaître leur pré« sence à l'armée. Quoi qu'il en soit, la célébrité du labarum date à coup sûr du jour où Constantin, dans sa lutte contre Licinius, le déploya comme l'étendard du christianisme et le signe de la victoire du Sauveur sur Rome païenne. C'était une longue lance, coupée par une traverse, à quoi pendait une étoffe de soie tendue de haut en bas. Sur l'étoffe était brodée en or l'image de Notre-Seigneur, ou bien l'effigie de l'empereur et de sa famille, mais, dans ce cas, au sommet de la pique figuraient une couronne et un monogramme, lequel représentait à la fois la croix et les lettres initiales du nom de Jésus-Christ. Le labarum était la première de toutes les enseignes, qu'elle précédait, et la gardeen était confiée à cinquante guerriers d'élite, commandés par un fonctionnaire spécial, aux soins duquel ce suprême étendard était aussi, sans doute,' remis en temps de paix, et qui portait le titre de préfet des labarums (grand porte-étendard?) et avait le rang et les immunités des personnages consulaires *•