Livre DEUxdniE. Chapitrv IV. — La CorneUe blanche royale
L'^irgument tiré par moi ci-dessus (p. 115) de ce fait "que Chartes VIIj à son entrée dans Rouen, fit porter, par son écuyertranchant, l'antique pennon de France, d'azur anx fleurs de lis d'or, quoique cette entrée sçît postérieure à l'institution des compagnies d'ordonnance, ne parait pas, par lui-même, très-décisif contre l'institutioii par ce prince de la comtUt Uanehe , Cette cornette blanche aurait en effet pu être l'ensei-
gne de la première eompagùie d'ordonnance, et même l'enseigne suprême de guerre, et le pennon de France, d'azur aux fleurs de lis d'or, être néanmoins porté à côté du roi, à l'entrée dans Rouen, à titre d'étendard de cérémonie. Ce pennon figure encore aux obsèques de François P' et à celles de Henri IV, époques où certainement le drapeau suprême était la cornette blanche. J'ai cité plus hau^ (p. 73) le texte concernant Henri IV, voici celui qui a trait à François P' * : « Le premier escuyer trenchant, portant le panon^ faict de veloux bleu^ azuréy semé de fleurs de lis de riche broderie d'or, couvert d'un crespe noir, au travers duquel on povoit veoir et congnoistre ledict panon. »
Mais le fait est qu'on n'appojtè aucune preuve, qu'on ne cite aucun texte à l'appui de cette institution de la cornette blanche par Charles VII, ni même aucun exemple du moi cornette employé de son temps au sens d'étendard. L'argumentation du P. Daniel subsiste donc en toute sa force jusqu'à" nouvel ordre, c'est-à-dire jusqu'à la production d'un texte nouveau • Charles VII aurait pu d'ailleurs donner à la première de ses compagnies d'ordonnance une enseigne blanche, et cette enseigne ne devenir que sous François I" l'enseigne royale de commandement militaire,
4 . Le trespas, obsèques et enterrement de François, par la grâce de Dieu roy de France, etc. De rimp^imerie de Rob. Estienne. Recueil Fontanieu. BibU nat. Imprimés^ t. 257, p. 334,
et prendre seulement alors la place du pennon d'azur. / Peut-être même pourrait-on à la rigueur interpréter dans ce gens le passage de Du Cange, dont ceux qui Font suivi auraient en ce cas 119 peu exagéré la signification, prêtant ainsi à cet illustre érudit une opinion qui peut-être n'était pas entièrement la sienne: « Depuis ce temps-là, dit Du Cange, l'histoire ne fait plus mention de l'oriflamme, estant probable que nos rois cessèrent de la faire porter dans leurs armées depuis que les Anglois se rendirent maîtres de Paris et' de la meilleurer partie de la France, sous le règne de Charles VII, qui, après les avoir chassez, ayant établi une nouvelle manière de faire la guerre, et institué des compagnies d'ordonnance, inventa aussi la cornette blanche, qui a esté dans la suite^ la principale bannière de nos armées *. »
Il est certain qu'elle le fut sous François I". A partir de ce règne le blanc^ sans composer encore exclusivement la livrée du royaume, le pavillon national, fut tout au moins sa livrée militaire^ sa souveraine enseigne de guerre. Un passage de la description , imprimée le 9 décembre S de l'entrée solennelle , le 1 •' octobre 1551, du roi Henri II à Rouen, me paraU à cet égard avoir une grande valeur. Voici ce passage :
1. Da Cange. Dissert. XVill. Glossaire. Ed. Henschell, t. YII^ p. 75, col. 2.