Dans Rey^ ouvrage cité,' 1. 11, p
vraient ce pavillon à Henri IV, il ne s'en suivrait nullement qu'il leur eût donné la permission de porter la livrée de la nation française, mais seulement sa livrée personnelle, ce qui du reste s'expliquerait mieux.
Une faut donc ni s'étonner de trouver des drapeaux tricolores avant 1789, ni leur attribuer une valeur qu'assurément ils n'avaient pas. Ainsi un fait qui, au premier abord, doit surprendre, et qui semble avoir un peu surpris en effet un spirituel gentilhomme, curieux observateur des antiquités, qui me l'a bien voulu transmettre,- va s'expliquer de lui-même. <( Dans un tableau du temps représentant au musée de Versailles le cortège du sacre de Louis XV, Yéteh;^ dard aux trou couleurs est porté devant la voiture royale. » Rien de plus naturel, c'était* l'étendard des livrées et devises du Roi que l'on portait au sacre de Louis XV, comme on l'avait porté aux funérailles de Henri IV. Mais sous Louis XV, comme sous Henri IV, le drapeau national n'en était pas moins le drapeau purement blanc, ^
Ce qu'il importe de constater, c'est que, comme je crois l'avoir prouvé dans le présent livré, le drapeau tricolore actuel ne tire point son origine de cette livrée de la Maison de France, quoique également tricolore, mais bien de la cocarde aux couleurs de Paris, bleue et rouge^ auxquelles le blanc fut ajouté quelques jours plus tard sur la- proposition de La Fayette.
Le bleu et le rouge sont, avons-nous dit (p. 150), aussi haut que Ton remonte dans l'histoire, les couleurs de Paris. Cette livrée parisienne apparaît déjà comme reçue et consacrée au temps d'Etienne Marcel. L'origine de cette livrée, qui n'avait eu jusque-là qu'une valeur municipale et tout à fait inoffensive, n*est pas exactement connue. Pourtant, il semblerait assez vraisemblable d'y voir la réunion du bleu, couleur de la monarchie , dont le siège, depuis Hugue Capet, était fixé à Paris, et peut-être couleur des ducs des Francs, marquis entre Seine et Loire, et comtes de Paris depuis Eude, fils de Robert -le-Fort, et du rouge, couleur de saint Denis, apôtre, premier évoque, et patron spécial des Parisiens; couleur de la bannière de l'abbaye de Saint-Denis, sous laquelle, à Bouvines, avait spécialement marché la milice de Paris, comme celle de toutes les villes de Picardie , de Yermandois et d'Ile-de-France (ci-dessus, p. 59, 60, note 2).
Paris qui, au xiir siècle, sous saint Louis, se distinguait encore par sa fidélité à la dynastie qui faisait sa grandeur et sa richesse *, fit au xi^" siècle, lors de la captivité du loi Jean, sa première tentative d'osurpation et de dictature révolutionnaire, tant de fbis renouvelée depuis. Pour la première fois , sa livrée prit une signification politique , sa bannière fat dressée
4 . JoiQTÎIle. Ed. de Waîlly, pour la Société de llfîstoire de France. Paris, veuve Jules Renouard, 186S, ia^«, p. 8$> 27.
contre la bannière de France (ci-desgosp, 60, 61). La bannière de France triompha, Aj^rès la chute d'Etienne Marcel et de cette prenxière connaune révolutionnaire, la livrée parigîenne redevint purement municipale. Mais il est probable qu'à, chaque nouveau soulèvement de sa populatâon^ devenue factieuse et turbulente, — et ces soulèvements se renouvelèrent h plusieurs reprises durant le xv« siècle, — la livrée parisienne, la bannière bleue et rouge s'opposèrent de nouveau, comme signe de la révolte, K la livrée nationale et royale, à la bannière de Franoe. En voici du moins un nouvel exemple en l'année U13. Ja l'emprunte à la Chronique du Religieux de Saint- Denis : ii Quod tante temeritatis audaciam tune as^ sumpserant sijbi nunciatum fuit (duci Guienne) S et consultum ut mox , cum suis militibus, armigeris et servitoribus arma sumens, vmLhm HliU mreis (lecoraium super portam erigi preciperet; idquie eorum judicio furorem advenientis in parte maxîma compeseuisse potuissèt. Adhuc predicta persuadabant, cum mox per fenestras domus populares cum suis ca^itaneis dyabolico spiritu agitatos et velud Ymmo impetu accurrentes conspiciunt. Qui cum ante por* tam domus fixissent vexHlumvUhf etdomum eircumvallari fecissent, cum clamore terribili pecierunt ut cum duce loquerentur . , .^ »
4. Dauphin, fils de Charles VI, frère aîné de Charles VII. 2. Chronique du Religieux [de Saint'ihnys» Ed. Beîlaguet
Il serait curieux de rechercher le rôle joué par la livrée parisienne, par la cocarde et la bannière bleue et rouge, dansles soulèvements au xvi* et du xvn* siècle, dans la ligue et dans la Fronde. t)uôi qu'il en soit, il n'est pas douteux que les couleurs des factieux de 1358 et de 1413 furent les couleurs des factieux de 1789, et qu'elles sont l'origine du- pavillon tricolore. L'étendard tricolore fut certainement au drapeau blanc, ce qu'était en 1 41 3 le vexillum ville au vexillum liliis anreis decoratum , ce qu'était en 1 358 la livrée d'Etienne Marcel, son chaperon et sa bannière , à la livrée royale et nationale, à la bannière de France.
Le triomphe de la cocarde parisienne et son adoption par Louis XVI, le 17 juillet 1789, n'empêchèrent point, nous l'avons montré , le pavillon blanc de demeurer le pavillon officiel de la France jusqu'au mois d'octobre 1 790 (ci-dessus, p. 181-192). Nous avons établi à l'aide de textes contemporains que l'étendard suprême de la fédération du 14 juillet 1790 fut une oriflamme blanche. Mais , bien plus , le drapeau spécialement reconnu et adopté par l'Assemblée nationale, à cette grande fête, celui sous lequel elle abritait son autorité, était un drapeau blanc. C'est ce qui résulte du texte suivant , également contemporain ' :
(Collection de Documents inédits), tome V, p. 17^ 48. (Paris, imprimerie Crapelet, 4S44, îa-i<^).