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CHAPITRE III

La Bannière de saint Denis.

L'étendard de saint Denis, qui devint à son tour V oriflamme par excellence, n'était primitivement que la bannière particulière de Tabbaye de Saint-Denis-en-France, portée au nom de Tabbé par les comtes du Yexin, qui avaient aussi le

chap. VI, p. 443, 444. Les deux textes cités ne prononcent pas le nom de Saint-Denis. On peut néanmoins supposer une confusion de leur part, la bannière de Saint-Denis^ au temps de Philippe-Auguste, étant bien devenue, ce semble, Voriflamme par excellence. Notez d'ailleurs ce que dit le chroniqueur du monastère de Sénone, que cet oriflamme fut tiré par Philippe du trésor royal (secretario). Le trésor royal était à Tabbaye de Saint-Denis. Il dit en outre que cet étendard n'avait pas été levé depuis Charlemagne, ce qui, s'il était vrai, contredirait une de nos conjectures. Au reste, nous sommes bien éloigné de penser avoir dit sur ce point le dernier mot. Nous y appelons l'attention et les recherches des érudits. — Raoul de Presles, Traduction de la Cité de Dieu de saint Augustin. In-fol. goth., 4486. Prologue^ fol. a un, verso^ col. 4.— Cf. id., recto^ col. 2^ — Rey, t. I, p. 349, 390 etsuiv. — Voyez ci-dessous additions et rectifications^ u^ 2.

droit de la leve7* dans leurs guerres particulières, absolument comme l'étendard de saint Martin,, bannière propre de l'abbaye de Saint-Martin de Tours, était, à la même époque, ix*-xi' siècle, portée et levée par les comtes d'Anjou. « Le Vexin dont il s'agit ici est le Vexin français, pays compris entre l'Epte et l'Oise, formant un comté dont les principales places étaient Pontoise, Chaumont, Magny et Mantes. Le roi Dagobert, ou l'un de ses successeurs, l'avait donné à l'église de Saint-Denis. Vers le milieu du ix** siècle, au plus tard, l'abbaye l'inféoda à des comtes, qui, à titre de premiers vassaux, étaient obligés de la défendre et portaient la bannière de saint Denis. On compte dans le Vexin neuf comtes ou avoués, jusqu'au moment de sa réunion à la couronne, qui eut lieu sous le règne de Philippe 1". A. partir de cette époque, les rois prirent le titre d'avoués de saint Denis, et en remplirent les obligations en fidèles vassaux, se dispensant seulement de l'hommage à raison de leur dignité*. » Ce fut

4 . Œuvres complètes de Suger^ recaeillies, annotées et publiées d'après les manuscrits pour la Société de THistoire de-

<îette réunion du Vexin au domaine royal qui procura l'honneur à la bannière de saint Denis <ie devenir l'étendard suprême de la France, au lieu de demeurer, comme la bannière de saint Martin, un étendard purement paroissial et sei- ^gneurial. Saint Denis étant regardé comme le protecteur particulier de la France, et les rois, depuis très-longtemps déjà, ayant coutume de l'invoquer dans les dangers qui menaçaient le royaume, la bannière de saint Denis, dès lors qu'elle fut portée par les rois, ne pouvait manquer de devenir l'étendard religieux de la nation. Il est probable même que ce caractère ne tarda pas à dominer entièrement l'esprit du peuple, ^t c'est alors que l'origine étant oubliée, et aussi

France, par A. Lecoy de La Marche. Paris, V® Renouard, 1867, in-80. Eclaircissements et observations, p. 44^. Cf. p. 161,162. Sugerii abbatis sancti Dionysii liber de rébus in administratione sua gestis^ cap. iv, de Vilcassino: «Vilcassini siquidem, quod est in ter Isaram et Etlam, nobilem comitatum, queni perhibent immunitales eccîesiae proprium beali Dionysii feodum, quem etiam rex Francorum Ludovicus Philippin accelerans contra imperatorem romanum insurgentem in regnum Francorum, in pleno capitulo beati Dionysii professus est se ab eo habere, et jure signiferi, si rex non esset, hominium ei deberc. »

peut-être la confusion opérée avec l'ancien Monh joie, on en arriva peu à peu aux fables que Guiart, et plus tard Raoul de Presles, admettent à ce sujet, expriment avec une entière conviction, et qu'on pourrait appeler la légende de Toriflamme*. C'est en l'année 1 124, ou environ, qu'apparaît dans notre histoire la première mention d'une levée solennelle de la bannière de saint Denis par un roi de France, et il est bien formellement

4. Guiart. A. 1190, dans Du Carige, Dissert. XVIII . Glossaire. Ed. Henschell, t. VII, p. 72, col. 1 et 2 :

Li rois Dagoberz la fist faire, Qui Saint-Denys çk en arrières Fonda de ses rentes premières,...

Par lui fut à Saint-Denys mise, Li moine en leur trésor Tassistrent, Si successeur après Ti pristrent...

Pépins et ses fils Karlemaines, Qui tant Sarasins descontrèrent, En maint fort estour la monstrèrent...

Raoul de Presles, ouvrage cité, fol. a illl^ recto, co]. 2 : « Ainsi le print ce souverain protecteur et défenseur singulier de VEglisc, monseigneur Saint Charles, jadis empereur et roy de France, quant il ala à secours à Tempereur Constantin, qui esioit empereur à Constantinoble, pour délivrer son pays des Sarasins qui Toccupoient, et aussi la terre saincte de Hiérusalem. Et lequel empereur de Constantinoble le manda parla vision qu'il avoit veuc devant son lit^ qui fut telle selon les cro-

exprimé dans les textes, qui sont contemporains et d'une autorité singulière, puisqu*ils émanent de l'abbé de Saint-Denis et du roi lui même, que c'est à titre de successeur des comtes du Vexin que Louis le Gros prit cette bannière sur l'autel du glorieux martyr. L'occasion, au reste, était solennelle et digne de ôontribuer à la renommée future de Tétendard de l'abbaye. Il s'agissait de repousser une invasion de l'empereur d'Allemagne, Henri V, qui, sur les instances du roi

nicques et anciennes liystoires, c'est assavoir que devant icellu y emperear, auprès de son lit, il se apparut ung chevallier armé de toutes armes et monté à cheval, tenant une hance toute dorée, du bout de laquelle hance issoient flammes à merveilles grandes. Et comme il fust en grant perplexité de savoir quelle signification c'estoit que celle chose signifioit, ung angle s'apparut à luy, qui luy disl que celluy qu'il avoit veu c'étoit celluy qui délivreroit le pays des Sarrasins. Si congneut Constantin par ce qu'il avoit veu que c'estoit le roy Charlemaine, à présent nommé monseigneur Saint Charles. Et tantost le manda, qui, entendu 1;^ mandement et la vision, tantost ala à Saint-Denis et print la banière vermeille, en telle révérence comme vous m*avez ouy raconter, mist sa couronne sur Tautel, laissa le royaulme de France en la protection de monseigneur Saint Denis, et cestc banière vermeille ainsi révérammeni prinse et en telle dévocion^ se partit, et ala à Consjlanlinoblc, et vainquit

les Sarrasins, et en délivra le pays^ »

d'Angleterre, Henri Beau-Clerc, dont il avait épousé la fille, et voulant d'ailleurs se venger sqr la France de l'anathème qu'avait lancé contre lui le pape Calixte, au concile de Reims, se préparait à venir assiéger cette cité avec une armée formidable, pour la détruire ou du moins la ravaeer. C'était une guerre nationale. Une armée, que Suger déclare innombrable, vint se placer sous les ordres du roi de France, chef suprême de la hiérarchie féodale. Les villes et les commujnes fournirent leurs contingents. L'abbaye de Saint- Denis ne donna pas seulement sa bannière, mais aussi ses troupes. L'empereur effrayé renonça à son entreprise, et Louis le Gros, vainqueur sans coup férir, en rapportant la bannière sur Tautel où il l'avait prise, exprima sa reconnaissance au saint par de nouveaux dons et de nouveaux privilèges ^.

4. Œuvres complètes de Suger, Ed. Lecoy de la Marche. Vie de Loui& le Gros^ p. 445, 446. « El quoniam bealum Dionysium specialem patronum et singularem post Deum regni pr(Uect(H rem, et muUorum relatione et crebro cognoverat experimentOy ad eum fesUnanS) tam preoibas quam beneficiis prsecordialiter polsat ui regQTim defendat, peroonam ecmservet, hostibus oiore

Depuis lors, on ne peut douter que la bannière de saint Denis n'ait été le principal étendard de la

solito résistât: etquoniam hanc âb eo habent praarogâtivam ut, si regnum aliud regnum Francorum invadere audeat, ipse beatus et admîrabilis defensor cum sociis suis tanquam ad defendendura altari suo superponatur, eo prsesente lit tam gloriose quam dcvole. Rex auiem vexillum ab altari suscipiens quoi de comitatu Vitcassini, quo ad ecclesîam feodatus est^ spectat^ votive tanquam a domino suo suscipienst pauca manu contra hosles, ut sibi provideat, evolat; ut eum tota Francia sequatur potenter invitât. » Cf. p. 417, 418. Diplôme de Louis VL « In nomine Patris et Filii et Spirilus sancli. Amen. Ludovicus, Dei gratia, rex Francorum, archiepiscopis, episcopis, ducibus, eomitibus, et universis regni nostri proceribus... Nos igitur cum et aliis longe lateque ecclesiis, tumprœcipue nobili monaslerio ter beati Dionysii sociorumque ejus propensius altendentes, eo primum affeclu quo lotum regnum nostrum sorte apostolatus suscipiens Domino Deo proprii sanguinis effusione restitnil, eo etiam quo ei anlecessores nostri tam spiritualis quam corporaîis auxilii beneficio confœderati sunl, satis devoii ; cum ad aures noslras pervcnisset AlemannoruTn regemad ingrediendum et opprimendum regnum nostrum exercitum pneparare, communicato cum palatinisnoslris consilio, adipsam sanclissimorum martyrum basilicam more anlecessorum nostrorum fcstinavîmus, ibique, prœsentibus regni nostri optimatibus, pro regni defensione eosdem patronos nostros super altare eorumdem elevari pio affeetu et amore effecimus. Unde nobis, ut par erat, placuit gloriosissîmorum martyrum basilicam, antiquorum reguni liberalitate et munificeniia amplificatam et decoraiam^ . nostris temporibus omni dilectione amplexati et sublimare. Prœsenti itaque venerabili abbate prœfatce ecclesiœ Suggerio^

France, celui qui précédait tous les autres*. Ce fut V oriflamme par excellence ^ Il n'est guère de règne, à partir de Louis le Gros, où les rois ne VmentJevé, et confié à un guerrier vaillant, soit dans leurs expéditions d'outre-mer, contre les

quefn.fidelem et familiarem in consiliis nostris habebamus, in prœsentia optimatum nostrorum, vexillum de altario beatorum Martyrum^ ad quos comitatus Vilcassini, quem nos ab ipsis in feodum habemus^ spectare disnodlur, morém antiquum antecessorum nostrorum servantes et imitantes, signiperi jure, sicUT COMES ViLCASSiNi SOLITJ ERANT, sîiscepimus... Actum Parisius publiée, anao incarnati Verbi MCXXIV, regni nostri XVni, AdelaïdisX, etc. »

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