‹ Le drapeau de la France: essai historiqueChapitre 7 sur 65 · La disme eschîele est des baruns de France · texte numérisé non relu

La disme eschîele est des baruns de France

Cent milie siint de noz meillurs catanies, Cors unt gaillarz et fières cuntenances, Les.chiefi» flariz et les barbes unt blanches , Osbercs vestuz e lur brunies dublaines, Ceintes espées franceises e d'Espaigne; Ëscus unt genz de multes conoisances, Puis sunt muntet, la bataille demandent, Munjoie escrient. Od els est Garlemagnes.

Gefreiz d'Anjou portet rOrie-flambe, Seint Pierre fut, si aveit num Romaine ; Mais de Munjoie iloec out pris escange.

Aoi!

La Chanson de Roland^ texte jcriiique par Léon Gautier, pro-

<;ette bannière ne fut portée dans les armées royales que quand les rois eurent acquis définitivement le Vexin, c'est-à-dire à la fin du xi" siècle (108? environ). Or il y a lieu de croire que la Chanson de Roland, sous la forme qu'elle revêt dans le manuscrit d'Oxford, est antérieure à cette date, et elle s*appuie certainement en ce passage sur un texte ou sur une tradition de la fin du x*" siècle. Dans les vers qui précèdent, il n'est d'ailleurs nullement question de saint Denis. Au contraire, le poëte, animé

fesseur à TËcole des Chartes, 3^ édition r^vne avec soin, Toars, Alfred Marne et fils, avril MDCCCLXXII, petit in -18, p. 463, strophecCLll (ccxxvillde redit, gr.in-80 illustrée, mêmeéditeur). La strophe dans l'édition de Th. MûUer est la ccxxix*. Je me suis efforcé, en traduisant, de conserver autant que possible le rhy thme et les assonances, sans tenir plus de compte qu'on ne le faisait au moyen âge des hiatus et de Ve muet à Thémistiche. -^ M. Gaston Paris, signalant Timportance historique de ces vers, Jes a, le premier, rapprochés de la mosaïque décrite et représentée par MoRtfaucon. Cf. Histoire poétique de Charlemagne,' Paris, Frank, 1865, in-«», p. 458. C'est également M. Gaston Paris qui m'a indiqué l'existence du Montjoie près de Rome, et mis ainsi sur la trace de la vérité. Je tiens d'autant plus à Ten remercier qu'il m'a donné ce renseignement dans une conversation.

d'un souvenir historique très-juste, comme le prouve la mosaïque de Saint-4ean-de-Latran, nous apprend que cette oriflamme avait d'abord nom Romaine et qu'elle fut, donnée par saint Pierre, ou plut,ôt de la part de saint Pierre, à Gharlemagne. Là, dit-il (illœCy illo loco)^ elle changea son nom en celui de Montjoie. Là, où est-ce? A Rome même, ce semble, où il existe un Montjoie (Mons Gaudii). C'est une éminence d'où Vûn découvre la ville éternelle. Soit parce que la remise de la bannière Romaine à Charlemagne se fît sur cette colline même, ancien Mont-de-MarSf en présence de son armée rangée dans le Champ de Mars, soit par suite d'une circonstance quelconque de la cérémonie qui nous échappe aujourd'hui, l'enseigne retint le nom de Montjoie j et le cri des Français fut Montjoie! Plus tard, quand la bannière suprême fut l'étendard de saint Denis, il était naturd que ce cri fût : Saint-Denis I Mais conmie le cri antique, traditionnel depuis Charlemagne, était Montjoie ! les deux cris se joignirent, et l'on cria : Montjoie Saint-Denis I Puis, comme il arrive d'ordinaire.

on oublia la formation historique de ce cri et l'on s'efforça d'expliquer, plus ou moins heureusement, le mot Mmitjoie par le mot Saint^Denis * ! Telle est, du moins, ma conjecture.

Cette oriflamme, qui n'est pas la bannière de saint Denis, nous la voyons porter ici par Geoffroy d'Anjou. Il est évident que le poëte conimet à cet égard un anachronisme. Les comtes d'Anjou, sénéchaux héréditaires et porte-étendard de

4. « Olhon de Frisingen (l. II, De gesU Frid.^ c. Xlll), décrivant comme Tempereur Frédéric 1 eatra dans Rome par la ville Léonine (qui est le Borgo) et par la porte Dorée, dit qu'il descendit avec ses troupes par le penchant d'une Montjoie^ et entra ainsi dans la ville : Rex castra movens^ armatus cum suisper declivum montis Gaudii descendens, ea porta quamAuream vocanty Leoninam urbem, in qua B. Pétri ecclesia siùa noscitur^ intravit. Ce que Guntherus {1. IV, Ligur. initio) a ainsi exprimé :

Jamque per oppositi Princeps declivia montis Adveniens, claram, quam notidam viderai, urbem, Aspicit : huic populi festlTum Gaudia nomen Ifflposuere loco : si quidem qui mœnia clara, lUa parte petunt, ex iilo vertice primum, Urbem conspiciant, et te, sacra Roma, salatant.

« L'auteur du Panégyrique de Bérenger (p. 53) a parlé de -cette colline:

Interea Princeps coUem. qui prominet Urbi, Prœteriens....

France, sont une dynastie féodale qui se forma ou s'affermit, comme les autres, durant le X* siècle. Sous Charlemagne, ni les comtes, ni les officiers n'étaient encore héréditaires. Mais que prouve cet anachronisme ? Il semble bien indiquer queia Romaine^ devenue MontjoiCy fut transmise par Charlemagne à ses successeurs, et qu'elle était encore Yoriflamme par excellence, la bannière suprême^ portée par les grands séné^ chaux de France, comtes d'Anjou, au commencement du XI* siècle. Ce que l'on peut affirmer à

« Otton Morena (Otto Mor. Landens. A. 4467) la place vers la porte k laquelle il donne le nom de Viridaria^ du côté de S. -Pierre: Adportam Romœ quœ dicitur porta Vindaria, quœ est ex parte S, Pétri, versus Montem Gaudii veniens. El la Chronique de Mont-Cassin (Chr. Cass.y lib. IV, cap. xxxix) dit que cette colline est celle qui fut appelée par les anciens Mont de Mars : Misit in occursum ejus in Montem Gaudii, quiet Mar* tii dicitur, etc. De sorte que ces Montjoies, près de Rome, ne sont autre chose que ces collines du Vatican, appelées Montes VaticanidaLns Cicéron {Ad Attic, lib. XIII, epist. XXXIIl), et Vaticani Colles dans Festus, au bas desquelles estoit le Champ de Mars. L'auteur qui a écrit des miracles de saint Foursy {Apud. Boland,y 46 janv., p. 50), a aussi fait mention de ce Mans Gaudii près de Rome. » Du Gange, Dissertations sur V histoire de saint Louys, Dissertation XI. Du cry d'armes dans le Glossaire. Ed. Henschell, t. VII, p. 50 des Dissertations^ eol. 4.

peu près à coup sûr, c'est que Voriflamme et le cri Montjoie l sont antérieurs à la bannière de sant Denis, considérée comme Tétendard suprême de la France.

Que devint cette Romainey ce Montjoiey cet étendard de Gharlemagne ? Gomment fut-il éclipsé par X oriflamme de saint Denis ? C'est ce qu'il serait intéressant de savoir avec exactitude. C'est un point que je recommande, conune plus générale^ ment tout ce qui se rattache à cette premièreoriflamme, aux méditations, aux recherches des archéologues. On peut conjecturer que, déposée à Saint-Denis, quand la résidence royale, le siège de la maison militaire que conmiandait le grand sénéchal, ou son suppléant le Dapiferj fut définitivement fixée à Paris avec les premiers Capétiens, elle cQmmfença à devenir elle-même, en quelque façon, une bannière de Saint-Denis.

Quand les rois, devenus comtes du Vexin, portèrent, ou firent porter en leur nom, la bannière propre de l'abbaye, il est possible qu'une sorte de fusion et de confusion se soit peu à peu opérée pour les bannières {Romaine devenue Montjoie^

et Saint-Denis), comme pour les cris {Mont joie l et Saint-Denis l Montjoie Saint-Denis l). La différence des objets et peut-être des couleurs seml)le pourtant un obstacle. Mais on peut supposer que le Montjoie cessa d'être levé quand le Saint-Denis fut la bannière suprême, qu'il demeura dans l'abbaye comme une sorte de relique, et qu*on en transporta, pour ainsi dire, les propriétés à la bannière rouge de saint Denis. Ce qui semble donner une certaine valeur à ces conjectures, ou à des suppositions analogues, c'est que, en dépit de l'origine réelle, et prouvée par des textes, de Y oriflamme de Saint- DeniSy portée seulement par les rois de France quand ils furent devenus comtes duVexin, à la fin du xf . siècle, nous voyons deux chroniqueurs du xjif siècle, dont Du Gange, qui ne connaissant point les vers de la Chanson de Roland y ne pouvait apprécier exactement l'opinion à cet égard, conunettre une erreur, fondée évidemment sur une tradition vraie dans sa source, en faisant remonter, par une confusion analogue à celle que nous supposions à l'instant, Y oriflamme^ de

^aint Denis, comme enseigne nationale, «u temps de Gharlemagne. Cette tradition avait cours au XV* siècle, comme le prouve cette phrase de

Raoul de Presles : « J'en ay veu deux de mon temps sur l'autel des glorieux martirs, de chascune partie de l'autel une, et estoient enhancées de deux petites hances d'argent dorées où pen-

doient à chacune une bannière vermeille, dont Vune estait appelée la banière Charlemaigne, et

se portait par révérence par ung des officiers religieux à certaines processions ^ . »

4 . a Je ne m'arrête pas encore à ce que quelques auteurs anciens ont donné à roriflamme le nom de bannière de Ckarl&magne^ parce que ce n'a esté que sur de fausses traditions, et pourn^avoir pas sceu son origine. Un auteur anglois, en Tan 4184 {Gervas, Dorob. A. 4484), est en celte erreur, écrivant ainsi de cette bannière : Protulit hoc vice rex Francorum Philippus signum régis Karoli^ quod a tempore prœfatiprincipis usque in prœsens, signum erat in Franda mortis vel vicLoriœ. Gomme aussi Tauteur de la Chronique du monastère de Sénone : Rex vero secum de Parisius vexillum Caroli Magni^ qtiod vulgo auriflamma vocatur, quod nunquam^ ut fertur, a tempore ip^ sius Caroli pro aliqua necessitate a secretario régis expositum fueraty in ipso bello apportaverat» » Du Gange, Dissertation XVIIL De la bannière de Saint-Denys et de V oriflamme, p. 72, col. 2, t. VII du Glossaire» £d, Henschell. Gf. la Chanson de Roland^ éd. Génin. Paris^ Imp. nat., 1850, in-8*. Introduction,

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