‹ Le drapeau de la FranceChapitre 26 sur 54 · PÉRIODIQUES ANGLAIS · texte numérisé non relu

PÉRIODIQUES ANGLAIS

Les complications de la politique pendant Tannée 1870, le siège de Paris et la terrible débâcle de la Commune ne pouvaient manquer de fixer l'attention des journalistes ; aussi ne serait-il pas difficile de consacrer un article fort long et fort intéressant à l'analyse des comptes rendus de ce genre. La Revue d'Édimbourg, par exemple, discute dans deux essais distincts et travaillés avec soin, l'attitude de la Russie vis-à-vis le reste de l'Europe, et la destinée des races Scandinaves dans le remaniement de la carte de l'Europe. Placé à la tête d'un empire immense, ayant à sa disposition une armée qui, sur le pied de paix, s'élève au chiffre de 700,000 hommes, le czar menace la Turquie et l'Autriche. La seule chance de salut pour ces deux Etats consisterait dans une alliance avec l'Angleterre et la Prusse ; mais est-il à supposer qu'une réconciliation véritable puisse jamais avoir lieu entre la dynastie des Hohenzollern et celle de Hapsbourg, et ne verrait-on pas la P'rance s'unir avec la Russie contre l'Allemagne ? Quant aux Etats Scandinaves, leur position est extrêmement délicate, et lorsque l'on considère le peu de respect du droit qui caractérise les diplomates du xixe siècle, on ne peut s'empêcher de craindre que la Suède et la Norwége ne soient bientôt absorbées par la Russie, tandis que le Danemark deviendra la proie de M. de Bismark. Telles sont les conclusions du Reviewer.

— Parmi les autres articles les plus remarquables du périodique dont je m'occupe, j'en signalerai un sur le dernier Concile; l'auteur de ce travail se place au point de vue de ce que l'on a l'habitude d'appeler le catholicisme libéral, c'est-à-dire qu'il adopte les vues du docteur Dôllinger et arbore le drapeau de la réforme. C'est là une thèse sur laquelle je n'insisterai pas, et qui demanderait, pour être examinée comme elle le mérite, plus de place que je n'en ai à ma disposition ; j'en dirai autant des fameuses théories de M. Darwin, poussées jusqu'à la folie dans le dernier ouvrage qu'il a fait paraître. Il est vraiment amusant de voir des hommes à systèmes tels que M. Huxley, M. Herbert Spencer, M. Congreve et M. Darwin nous recommander, au nom du bon sens, de ne regarder comme

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acquis à la science que ce qui est positivement démontré, et puis se fâcher tout rouge parce que nous refusons d'admettre, sous la garantie de leurs noms, les théories les plus extravagantes qui soient jamais sorties d'une cervelle humaine. Voilà ce qui ressort de l'article critique de la Revue d'Edimbourg, où le Darwinisme est apprécié de main de maître. En fait de comptes rendus purement littéraires, j'ai noté un excellent morceau sur l'histoire d'Ecosse, de M. Burton, que le journaliste regarde comme un chef-d'œuvre, et je recommanderais aussi une critique très-sévère, mais très-juste, des poèmes de M. Swinburne, s'il n'était pas regrettable de voir un écrivain consacrer vingt-trois pages à l'analyse d'un talent qui a cherché le succès dans le scandale, et qui, comme M. Baudelaire et son école, s'efforce de jeter un vernis poétique sur la boue et l'obscénité.

— J'ai nommé ici M. Swinburne parce que ses ouvrages sont un des plus tristes symptômes de la démoralisation qui s'introduit de tous côtés, même en Angleterre, et parce qu'ici, comme ailleurs, l'athéisme et l'immoralité donnent la main au radicalisme en politique. Je ne veux pas dire que tous les champions de ce que l'on appelle les idées avancées sont des gens sans mœurs ; mais je soutiens que les écrivains qui prêchent la débauche et qui font bon marché de la famille, arborent le drapeau rouge et ne demanderaient pas mieux que d'imiter les bandits de la Commune. Ceci m'amène naturellement à parler du dernier numéro de la Dublin Review, organe trimestriel du catholicisme en Angleterre, et publiée, comme on saii, en Irlande, où se trouve la grande majorité de ses abonnés. Deux articles s'y font surtout remarquer, dont je dois dire quelques mots, puisqu'ils sont à notre adresse. L'un est intitulé la Chute de Paris^et l'auteur y explique fort bien les causes de l'épouvantable catastrophe par laquelle notre malheureux pays a failli être englouti. Est-il besoin de dire que le défaut de toute croyance et la désorganisation de la famille ont contribué plus que toute autre chose à précipiter la France de révolution en révolution jusqu'au degré d'abaissement où elle se trouve aujourd'hui? Notez bien, de plus, que, en dehors des idées religieuses, delà foi chrétienne sincèrement et énergiquement appliquée, il n'y a pas de place possible pour la fraternité bien entendue, pour la sympathie entre les différentes classes de la société. Là où l'esprit de l'Evangile fait défaut, legoïsme est le seul fondement que l'on puisse introduire, et l'égoïsme n'est pas précisément la fraternité. Les excès de la Commune en sont la preuve évidente, et il a suffi des quelques semaines qui se sont écoulées depuis le 21 février jusqu'à la fin d'avril, pour démontrer que le triomphe de la République rouge était tout simplement l'exploitation du peuple au profit d'une poignée de bandits. Le second article de la Dublin Review que je voudrais signaler à mes lecteurs traite des ouvrages de Joseph de Maistre. L'auteur de ce travail cherche à établir que les idées du grand publiciste auquel nous devons les Soirées de Saint-Pétersbourg ont été singulièrement dénaturées par l'esprit de parti ; il montre ensuite com-

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ment la critique a pu donner à ces idées une fausse interprétation, et il conclut en revendiquant pour le comte de Maistre une des premières places parmi les publicistes du xix« siècle. Attaqué dans la Revue d'Edimbourg, au point de vue de la philosophie et de la science, Darwin est condamné au nom de la révélation chrétienne par un autre collaborateur du périodique irlandais ; cet article, excellement rédigé, et où les théories évolutionnistes sont mises en regard de la doctrine des Pères de l'Eglise, trahit la plume d'un théologien exercé.

— La British Quarterly Review, journal des protestants non conformistes, se distingue toujours par le talent de sa rédaction et la convenance avec laquelle les collaborateurs anonymes discutent les opinions de ceux qui appartiennent à d'autres nuances, soit politiques, soit religieuses. Je signalerai, par exemple, l'article sur l'empire romain et sur le régime des Césars. L'ouvrage qui a servi de motif à ce travail est le beau livre du comte Franz de Champagny, et je n'ai jamais rencontré ailleurs d'appréciation plus sympathique. L'Essayiste commence par regretter que la littérature anglaise ne possède aucun écrit important où l'influence du christianisme sur la transformation de la société antique soit traitée avec calme. M. Merivale et le docteur Arnold s'arrêtent trop tôt, et si l'on met de côté ces deux savants, dignes, d'ailleurs, de toute estime, il ne reste guère que Gibbon. Or, juger du christianisme d'après Gibbon ne saurait s'admettre, et je crois que même les incrédules les plus déterminés s'accorderaient à dire audi alteram partem. Je ne vois pas sans quelque sentiment d'orgueil, je l'avoue, que le British Quarterly adresse ses lecteurs à un historien français pour un tableau exact et fidèlement tracé des relations entre l'Église chrétienne et l'empire romain ; mais il aurait fallu, afin d'être complet, citer également le grand ouvrage de M. le duc de Broglie. La question du théisme n'a pas vieilli, bien au contraire, et il est plus que jamais urgent de la discuter devant un public qui, s'il ne rejette pas absolument le christianisme, cherche à le transformer de façon à n'en plus laisser que l'ombre. C'est ce que le rédacteur en chef de la British Quarterly a parfaitement senti lorsqu'il a inséré, dans la dernière livraison de son journal, le remarquable morceau de philosophie religieuse où le problème théiste est examiné à fond.

--La Contemporary Review, jadis regardée comme représentant les opinions de ce que l'on appelle la broad church, paraît avoir depuis peu franchi les limites qui séparent l'anglicanisme libéral du libéralisme proprement dit, frisant le républicanisme en politique, et très-indifférent pour les idées religieuses. Voici, en effet, que le célèbre M. George Odger figure sur la liste des collaborateurs : — M. Odger, l'orateur à la mode, qui se console de n'être pas encore membre du Parlement, en haranguant la foule à Trafalgar-Square et dans Hyde-Park, sous les auspices du bonnet phrygien. Son grand cheval de bataille en ce moment est la loi agraire, et l'article qu'il vient de publier dans la Contemporary Review recommande la révision des lois qui regardent la propriété foncière. Quand je dis révi-

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$ion, je me trompe, c'est abolition que j'aurais dû dire ; car selon les vues de M. George Odger et de sa grande autorité, M. John Stuart Mill, la propriété foncière, c'est le vol ; la terre appartient à la nation, et c'est le peuple seul qui a le droit d'en faire la répartition à titre viager. M. Odger ne doute pas qu'on en arrive bientôt là, sans violence, toutefois, car il n'aime pas les révolutions qui se font derrière des barricades. Le premier pas dans la voie du progrès, de ce côté, consiste à abolir le droit d'aînesse et les substitutions, le reste viendra de soi. Lady Polloek a donné à la même revue un article très-faible sur le théâtre français. Je croyais d'abord que c'était un compte rendu des représentations qui, ces mois derniers, ont réellement charmé l'élite de la société anglaise ; mais point, je n'ai trouvé dans ces pages qu'un éloge des drames de Victor Hugo, et des proverbes de M. Alfred de Musset.

— A côté de M. George Odger, il faut absolument placer M. Frédéric Harrison, l'homme d'Etat de la Fortnightly Review. En voilà un qui n'y va pas de main morte ; il défend la Commune de Paris envers et contre tous, et je vous prie de croire qu'il ne se sert pas d'armes courtoises. Les citoyens Pyat, Rigault, Grousset, Cluseret, sont pour lui des modèles de toutes les vertus, des grands hommes méconnus, des philosophes incompris. Quant aux partisans de l'ordre et de la civilisation, quant à vous et moi, chers lecteurs, nous sommes des scélérats, cela va san,s dire. C'est le second article que M. Harrison consacre à la Commune, et si la cause dont il s'est institué le champion n'était pas aussi triste, on hausserait les épaules en lisant toutes les absurdités, tous les mensonges qu'il entasse sans sourciller. Ce qui est amusant, quand on parcourt les philippiques des républicains rouges anglais, c'est de voir l'aplomb avec lequel ils décident des affaires de notre pays, et aussi le ton d'arrogance qu'ils prennent pour lancer, comme des axiomes, les sophismes les plus grossiers, eux surtout qui nous recommandent de ne rien croire sur parole.

— La Westminster Review n'offre aucun travail bien saillant dans son dernier numéro ; je citerai pourtant un résumé sur Abailard et un compte rendu assez curieux de la situation religieuse en Ecosse. Le journaliste commence par nous donner un tableau fort amusant de ce qu'il appelle le rigorisme puritain qui règne au nord de la Tweed, et qui s'est conservé depuis l'époque de Jean Knox. Il montre ensuite que sous cet extérieur sévère il est facile de remarquer la dégénérescence du véritable esprit religieux. La cause de cette transformation remonte, ajoute-t-il, au système de théologie qui prévaut encore en Ecosse. Lorsque le calvinisme le plus triste ne tonne pas du haut de la chaire, on voit à sa place une érudition indigeste puisée dans les in-folio de Buxtorf ou de Grotius, sans la moindre concession faite aux idées modernes. — Les idées modernes! c'està-dire, comme je l'ai indiqué tout à l'heure, l'indifférentisme religieux le plus complet. Ne serait-ce pas plutôt en renonçant à ces idées que l'on s'approcherait de la vérité ?

— La Qnarterly Revkw s'occupe aussi de M. Darwin, à qui elle

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reproche d'avoir fait un fiasco pitoyable précisément dans la partie essentielle de sa doctrine. Il n'a pour la métaphysique, dit l'auteur, qu'un mépris absolu, aussi est-il puni par où il a péché. Avec un peu plus de philosophie, il n'aurait pas donné tant de prise à la critique, il ne se serait pas exposé à des reproches si fondés. La même livraison de la Quart erly contient un article sur l'Autriche, depuis la campagne de Sadowa, et un résumé des Mémoires d'Alexandre Dumas.

Gustave Masson.

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Campagne de Marina dans la Gaule, suivi de Marins, Marthe, «Imlie, devant la légende de* saintes Maries, pari. Gilles.

— Paris, Thorin, 1870, in-8°dexiv- 2*20 pages, et plusieurs planches, dont trois photographiées.

Ainsi que l'indique le titre que nous transcrivons, l'ouvrage de M. I. Gilles se divise en deux parties. La première partie, consacrée à l'examen de la campagne de Marius contre les Cimbres, contient quelques vues nouvelles.

L'auteur, qui a passé toute sa vie dans la contrée où Marius se prépara à combattre les Barbares, a toute autorité pour juger certaines questions topographiques se rattachant à cet épisode de l'histoire de la Gaule ; aussi admettons-nous, comme infiniment probable, sa conclusion que Plutarque et d'autres écrivains anciens se trompaient en nous montrant Marius, dérivant la plus grande partie du Rhône dans le canal qu'il fit creuser par ses troupes. M. Gilles démontre que la prise d'eau, l'eùt-on voulu faire à Arles, était une entreprise difficile, à raison du peu de pente du fieuve, lm75, sur une longueur de près de 50 kilomètres ; ces conditions auraient effectivement entraîné des travaux presque impossibles à une armée en campagne et dont il resterait des traces très-apparentes. L'erreur de Plutarque serait, toutefois, peu im-

portante, car Marius aurait dérivé la Durance non loin de son embouchure. Un des meilleurs arguments de M. Gilles, à l'appui de sa conjecture, en dehors des conditions locales, est certainement l'inscription de saint Gabriel (Ernaginum), qu'il considère comme le port des Fosses Mariennes ; cette inscription est relative à Marcus Fronto Eupor, patron jles mariniers de la Durance et des utriculaires d'Ernaginum.

La seconde partie du livre de M. Gilles nous paraît moins solide. Suivant notre auteur, le bas-relief des Trois- Maries (les Trémaié), que l'on voit aux Baux, ne serait autre qu'un monument élevé en l'honneur du vainqueur des Cimbres, et les personnages qu'elle représente seraient Marius, Julie sa femme, et la Syrienne Marthe. Marthe, connue seulement par le récit de Plutarque, passait pour prophétiser, et jouissait de toute la confiance du consul, qu'elle accompagna dans la province romaine -, mais rien ne prouve que sa présence ait assez profondément frappé nos populations, pour qu'elles en conservassent le souvenir.

La prophétesse aurait été identifiée plus tard avec son homonyme, Marthe, la sœur de Lazare , qui , suivant les légendes chrétiennes, aurait abordé, après la mort du Christ, en Provence, avec son frère et sa sœur, Marie-Ma-

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deleine; et, en même temps, le christianisme aurait converti Marius en Lazare, et confondu Julie avec Marie- Madeleine. Enfin, le peuple ne verrait plus aujourd'hui, dans les trois ligures de la stèle de3 Baux, que trois femmes, les trois Maries. Les légendes relatives à l'apostolat de la Provence par desdisciples immédiats du Christ, n'auraient pas d'autre fondement.

Mais, bien <[ue l'origine romaine du monument soit incontestable, il nous semble hardi de supposer qu'il représente Marius : les preuves que M. Gilles prétend en donner, nous semblent bien peu décisives. Le nom môme du monument, les Trémaïé, auquel on attribue le sens de très Marii imagines, est un argument bien peu concluant, car, en usant de la plus grande liberté, Trémaïé ne pourrait se traduire que par les « trois Marius, » et non pas les « trois images de Marius. » Au reste, on peut signaler dans l'ensemble du travail de M.

Gilles, une tendance à vouloir retrou- • ver partout le souvenir du vainqueur des Cimbres : il serait représenté, en compagnie de Marthe, dans une autre stèle des Baux qui, pour cette raison, serait nommée les Gaié, c'est-à-dire, à l'avis de l'auteur, Caii imagines.

Les noms de Mont gaié ou Mont Maié donnés à une montagne voisine de Fos, et sur laquelle s'élèvent des camps romains, rappelleraient de même leur occupation par le consul romain, Caius Marius. Mais est-il admissible que la tradition provençale eût conservé le souvenir du prénom de Marius et le désignât tantôt sous son nom, tantôt sous son prénom ? Aussi, ne croyons-nous pas qu'on doive apporter grande attention à ces dénominations de montagnes et de monuments, mais bien plutôt se garder d'admettre les conclusions de M. Gilles au sujet de la légende des saintes Maries. Auguste Longnon.

Deasdetlit, presbyterl car di salis tltnli A po» Colora m In Emdoxla, collectif» canonnm e codice Vallcano édita a PioMartinucci, prsefecto altero bibliothe- C£C Vatican». Venetiis, ex typographia iEmiliana, 1869, gr. m-8° de xx-520 p.

Depuis longtemps, les savants désirent la publication de plusieurs anciennes collections canoniques inédites, parce que ces recueils renferment des restes précieux de documents aujourd'hui perdus. La collection du cardinal Deusdedit, contemporain de S. Grégoire VII, était au nombre de celles que l'on attendait avec le plus d'impatience, grâce à l'étude que les Ballerini lui avaient consacrée dans le siècle dernier. Aussi, l'annonce de l'ouvrage de M. Martinucci a-t-elle été accueillie avec faveur. La vue de son beau volume, si bien imprimé, augmente encore les bonnes dispositions de l'amateur studieux, qui se promet une pleine et entière satisfaction.

Mais, hélas ! dès qu'on veut se servir du livre, quel désappointement ! Pas de table; pas de notes, pas une seule, du commencement à la fin -, rien qui permette de distinguer ce qui est inédit de ce qui ne l'est pas ; le discerne* ment entre les documents apocryphes et authentiques laissé tout entier à la mémoire du lecteur; enfin, pour les textes imprimés, aucune indication qui facilite la comparaison entro la leçon qu'on nous présente et les leçons déjà connues.

Quel a donc été le rôle de l'éditeur?

Son livre s'ouvre par une préface de quinze pages, dont huit sont empruntées aux Ballerini. Restent sept pages pour l'éditeur. C'est peu, mais c'est assez, si elles renferment tout ce que l'on sait sur la personne du cardinal, sur ses œuvres, et sur les manuscrits qui nous en restent. Après la préface, vient le texte, publié avec une fidélité

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que je me permets de trouver exagérée.

Car enlin, quel besoin avons-nous de savoir qu'un copiste distrait ou ignorant a écrit pementinetibus pourpertinentibus (p. 316), lerroriis pour territoriis (p. 20), EmilUie pour Emilie, etc., etc.? S'il s'agissait d'un texte obscur dont le sens puisse changer, suivant que l'on adopte telle ou telle correction, je comprendrais qu'on reproduisît brutalement les bévues de son manuscrit. Mais quand le sens est aussi certain que la faute est évidente, je ne partage plus le culte des fautes d'orthographe et des solécismes.

Je ne sais si cette fidélité outrée déplaira à tout le monde. Mais au moins suis-je assuré que tous regretteront le manque de notes, d'éclaircissements et de dissertatious. Et cependant, ce n'était pas, certes, la matière qui faisait défaut. Les Ballerini s'étaient donné la peine d'indiquer plusieurs des travaux à exécuter. Us avaient affirmé, par exemple, l'existence de variantes importantes entre l'ordo n° 9 de Mabillon, et sa reproduction par le cardinal Deusdedit. Ils avaient signalé des rapports instructifs entre len°CXLlIlldu livre III, et le Liber censuum de Gencius Camerarïus, postérieur d'un siècle. Dans cette comparaison, que de renseignements sur les domaines temporels du Pape au xu« siècle, sur la géographie ecclésiastique, etc., etc.? Le temps sans doute a manqué au savant bibliothécaire pour donner à son œuvre tout le développement qu'elle comportait. Si M. Martinucci a rendu à la science un vrai service, il l'a donc rendu d'une façon très-incomplète.

Histoire et théorie du symbolisme religieux, par l'abbé Auber, chanoine de Poitiers. Poitiers, A. Dupré, 1870, 1. 1, in-8<>.

Cet ouvrage comprendra quatre vo- T. x. 1871.

lûmes dont le dernier contiendra des tables particulières et générales qui en feront un véritable dictionnaire d'archéologie, de symbolique et d'art chrétien. Ce sera un livre d'art et de philosophie, à la fois à l'usage des artistes, des amateurs de l'antiquité et des savants qui y trouveront des aperçus nouveaux exposés avec une méthode et une clarté qui étaient assez difficiles à obtenir en présence d'immenses matériaux réunis depuis nombre d'années. Le premier volume et le second sont imprimés, mais celui-ci n'est pas encore livré au public ; ils sont consacrés à exposer les théories élémentaires d'après lesquelles on doit étudier et reconnaître la science du symbolisme. Les troisième et quatrième volumes appliqueront ces théories à l'architecture, à la peinture et à la sculpture chrétiennes : fauteur espère y expliquer toutes ces énigmes semées sur les murs, sur les chapiteaux, aux voûtes des églises.

Le premier volume est une introduction à l'œuvre d'ensemble, établissant l'existence et l'emploi du symbolisme dans les usages de tous les peuples, et les rapports de la société de tous les temps. L'auteur y examine les langues écrites ou parlées, les sciences, les nombres, les hiéroglyphes, les croyances divines et païennes, et les arts chez les anciens. A propos de ceux-ci, M. l'abbé Auber développe des idées neuves, en général.sur l'esthétique des arts d'imitation par la peinture et la statuaire, et sur l'architecture; il entre dans ces détails sur le symbolisme des couleurs si oublié aujourd'hui. Il critique les systèmes plus ou moins contestables d'auteurs et d'artistes en renom, et il le fait avec une modération qui n'enlève aucune valeur à la force de son argument.

Le nom de M. l'abbé Auber, l'un des savants les plus laborieux du Poitou,

est une garantie éloquente pour le lecteur qui voudra s'initier à une science trop négligée depuis trois siècles. A. deB.

Histoire de France depuis les temps les plus reculés J as qu'en 1789, racontée à mes petits enfants, par M. Guizot. Ouvrage illustré d'environ 200 gravures sur bois d'après les dessins d'A. de Neuville. Paris, Hachette, 1870-71, t. I (25 livraisons ont paru, p. 1-410), in-4°.

Il ne peut entrer dans notre pensée de rendre compte ici de X Histoire de France de M. Guizot et d'apprécier cet ouvrage. Nous le ferons, quand le moment en sera venu, à une autre place que celle-ci; mais il n'est pas possible de différer plus longtemps de présenter à nos lecteurs une œuvre que le nom de l'auteur recommande suffisamment à leur attention, de lui dire brièvement ce qu'elle est et comment elleaété composée et traitée.

Laissons d'abord la parole à M. Guizot. Lui-même nous expose son but :

il a voulu, pour ses petits enfants comme pour le public, bien faire comprendre notre histoire, intéresser en satisfaisant à la fois l'intelligence et l'imagination, en la montrant à la fois claire et vivante « Pouratteindre, dit-il, le but que je me proposais, j'ai toujours pris soin de rattacher mes récits ou mes réflexions aux grands événements ou aux grands personnages de l'histoire... Les grands événements et les grands hommes sont les points lixes et les sommets de l'histoire-, c'est de là qu'on peut la considérer dans son ensemble et la suivre dans ses grandes voies. »

line faut donc pas s'attendre à trouver ici un récit suivi: Les grands hommes et les grands faits de l'histoire de France, tel pourrait être le titre de l'ouvrage de l'illustre écrivain. Il

prend les choses ab oco, et ses cent quinze premières pages sont consacrées à la description de la Gaule, aux peuples qui l'habitaient, aux expéditions des Gaulois, aux invasions romaines, aux campagnes de César, à la Gaule sous la domination romaine, à l'établissement du christianisme dans la Gaule. Enfin les Francs, et avec eux la France, apparaissent à la suite de ce long préambule, et l'historien arrive aussitôt à Glovis, après un rapide aperçu des invasions des barbares.

Nous voici en présence d'une de ces figures qui captivent l'attention, de ce « grand barbare qui, à travers tant de vices et de crimes, a fait ou plutôt a commencé deux grandes choses qui ont déjà duré quatorze siècles et qui durent encore, la monarchie française et la France chrétienne. » Après lui, il ne rencontre plus, pendant deux siècles, que de « ces personnages que la mort rejette dans l'insignifiance. »

Aussi l'historien glissent- il légèrement sur les Mérovingiens : c'est à peine s'il rappelle ces épisodes qui ont fait l'objet du livre célèbre d'Augustin Thierry, et s'il s'arrête un instant à Dagobert qui « à tout prendre, fut, après Glovis le plus distingué des rois francs et le derniei vraiment roi de la race des Mérovingiens. » Voici venir les Garlovingiens : la rude figure de Charles-Martel et la majestueuse grandeur de Charlemagne vont apparaître dans une lumière éclatante sous la plume de l'historien. Ses pages sur le grand empereur (p. 193- 232) sont dignes de lui : a Charlemagne a aspiré et atteint à toutes les grandeurs : la grandeur militaire, la grandeur politique, la grandeur intellectuelle ; il a été un habile guerrier, un législateur actif, un héros poétique. Et il a réuni, il a déployé tous ces mérites dans un temps de barba rie générale et monotone où, sauf dans l'Église, les

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esprits étaient inertes et stériles. »

Charlemagne mort, les grandes ligures ne sont plus dans la famille régnante, mais dans la maison qui bientôt va s'appeler la Maison de France. L'historien raconte le démembrement de l'empire, les faiblesses de Louis le Débonnaire, les divisions intestines de ses tils; il rend justice, en passant, aux « vertus et aux bonnes intentions » de quelques-uns des Carlovingiens ; mais pour trouver des hommes, il faut s'adresser à la race qui arrêla le flot des invasions normandes, et qui, pendant laplus grande partie du x* siècle, exerça de fait le pouvoir. Ceci conduit l'historien à exposer les origines de la féodalité et à apprécier ce régime féodal, demeuré si a odieux à l'instinct public, » et qui apparaît alors comme « une sorte de pis-aller nécessaire. » « La féodalité seule a pu naître du sein de la barbarie ; mais a peine la féodalité estelle établie, qu'on voit naître et grandir dans son sein, la monarchie et la liberté. » Les premiers Capétiens, la conquête de l'Angleterre, les Croisades, tels sont les faits qui remplissent les dernières livraisons parues de YHisloire de France de M. Guizot.

11 nous est impossible de suivre plus longtemps le grand historien. Plus son récit avance, plus il prend d'ampleur, plus les événements se déroulent avec cette clarté dans 1 exposition et cette sobriété dans le style qui n'appartiennent qu'aux maîtres. Une grande équité domine tous les jugements, et l'on ne rencontre guère la trace de ces passions et de ces préventions dont, d'ailleurs, l'historien de la civilisation française a su plus qu'aucun écrivain de notre temps se montrer exempt. Nous citerons en passant cette appréciation des Croisades :

« Leur œuvre n'a pas été vainc, car dans l'ensemble de l'histoire du monde, les croisades ont marqué le

temps d'arrêt de l'Islamisme, et puissamment contribué à la prépondérance décidée de la civilisation chrétienne. »

Un mot en terminant à l'adresse des éditeurs. Ils n'ont h coup sûr rien négligé pour placer cette œuvre importante dans les meilleures conditions typographiques ; ils ont conOé à un artiste habile le soin des illustrations. Mais ont-ils bien réussi à joindro l'exactitude au pittoresque ? A côté d'un récit aussi grave et aussi sobre, pourquoi des gravures si dramatiques et parfois si échevelées? Pourquoi des scènes sur lesquelles l'œil de l'enfance ne saurait s'arrêter sans inconvénients (voir p. 43 et 163) ? Il y a là un défaut d'harmonie que nous regrettons et que nous croyons devoir signaler à la vigilante attention des éditeurs.

G. de B.

François de Ter»ac, baron de Montneraud. Essai biographique ren fermant quelques lettres inédites d'Henri III, d Henri IV et de Catherine de Mèdicis, par l'abbé Jules de Carsalade du Pont. Auch, 1871, F. Foix, in-8° de 29 p. (Extrait de la Revue de Gascogne).

Un hasard que M. l'abbé de Carsalade a bien raison d'appeler heureux, lui a mis sous la main une douzaine de lettres inédites adressées, les dix premières, par Henri III et par Catherine de Médicis à François de Tersac, les deux dernières, par Henri IV. l'une à Jean-Jacques de Tersac, frère du baron de Montberaud (10 mars 1577).

l'autre à M. de Badens (26 juin 1594). Les neuf lettres d'Henri III sont ainsi datées: 2 janvier 1577, 4 mai 1579 (celle-là, signée à la fois par Henri III et par sa mère, à Nérac), 8 février et 13 avril 1580, 30, 31 juillet et 30 septembre 1585, 24 mai et 24 septembre 1586. La lettre de Catherine de Médicis fut écrite à Agen, le 20 mars 1579. Ces divers documents et l'excellent

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commentaire dont M. l'abbé de Carsa- Iade a su les entourer, aident à mieux connaître l'histoire des guerres «le religion en Guyenne et en Languedoc, et font revivre le souvenir d'un vaillant chevalier gascon, a dont la vie tout « entière se passa à combattre non « sans gloire pour les plus saintes « causes : Dieu et le roi, et dont le « nom cependant manque à tous les « grands recueils biographiques et « nobiliaires. » A de nombreux détails sur le maréchal des camps et armées du roi, M. l'abbé de Garsalade a joint de nombreux détails sur la généalogie de la maison de Tersac de Montberaud. Signalons aussi (p. 17-21) un rôle inédit de la compagnie de gens d'armes levée par François de Tersac, tiré des archives du séminaire d'Auch, et renfermant une cinquantaine de noms, qui tous appartiennt àlanoblesse gasconne. Enfin, n'oublions pas de dire que la lettre du roi de Navarre à J.-J. de Tersac, constalantja présence du prince à Mirande, le 10 mars 1577, permet de combler une des lacunes de l'Itinéraire de Henri IV, itinéraire dans lequel le mois de mars de ladite année était resté complètement vide. Tous ceux qui recherchent dans les renseignements historiques la nouveauté et la sûreté, seront contents du travail de M. l'abbé de Garsalade, et souhaiteront, comme moi, que ce consciencieux chercheur nous donne le plus possible de travaux du môme genre.

T. de L.

lie premier président de Goor* eues et le duc d'Epernon, par

Louis de Villbpreux. Paris, Cotillon, 1870, in-8°de 103 p.

Le mémoire de M. de Villepreux, après avoir été honoré d'une médaille d'or par l'Académie des sciences, arts et belles-lettres de Bordeaux, a paru dans la Revue critique de législation et

de jurisprudence. C'est une consciencieuse étude sur le premier président du parlement de Bordeaux, et sur le lieutenant général du roi en Guyenne.

L'auteur a retracé d'une plume rapide la biographie de ces deux personnages, mais il s'est occupé tout particulièrement de l'histoire de leur vie dans la période comprise entre les années 1623 et 1628. M. de Villepreux n'a rien négligé pour raconter avec une minutieuse exactitude, les querelles de l'homme de robe et de l'homme d'épée. Car, non-seulement il a consulté Leaucoup de livras, soit de leur temps, soit de notre temps, mais encore beaucoup de manuscrits, et, parmi ces derniers, les Registres secrets du parlement de Bordeaux, conservés à la bibliothèque de cette ville, et la correspondance inédite de M. de Magnas de Saint-Gery, cousin du duc d'Epernon, et chargé par lui de diverses missions à la cour, correspondance qui fait partie des papiers de famille de M. le baron de Saint- Gery, a Marmande, sans parler des nombreux documents réunis dans le 17' volume de la collection Dupuy. M.

de Villepreux, entre Marc Antoine, de Gourgues, et Louis de La Valette, duc d'Epernon, a pris nettement parti pour le magistrat dont il glorifie a le noble caractère et la haute indépendance, » et qui maintient avec tant d'énergie « les droits et l'autorité du parlement contre U plus hautain et le plus turbulent des grands seigneurs de cette époque. » Je n'ai que des éloges à donnersoit au récit, soit aux appréciations de M. de Villepreux. Je relèverai seulement une petite erreur du lauréat de l'Académie de Bordeaux:

Marie de Médicis n'était pas prisonnière à Angers (p. 11), mais bien au château de Blois, quand le duc d'Epernon la délivra et l'amena triomphalement à Angoulème. T. de L.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Etat de l'instruction primaire dans l'ancien diocèse d'Autan pendant les XVIIe et X VIIIe siècles, par À. de Charmasse. Autua, Michel Dejussieu, 1871, in-8° de 107 p.

11 est de mode aujourd'hui de qualifier de barbares les siècles passés, et de faire dater de la Révolution française le progrès dans tous les genres.

A lire les écrivains modernes, nos pères auraient vécu au milieu de l'ignorance la plus complète, et bien des gen^ encore prétendent que l'Eglise et l'Etat refusaient l'instruction aux peuples, pour mieux les asservir. L'étude que M. de Charmasse vient de publier sur l'instruction primaire dans l'ancien diocèse d'Autun, pendant les xvue et xvme siècles, met à néant toutes ces calomnies. C'est une véritable enquête basée sur une foule de documents originaux. L'auteur établit d'une manière irrécusable que, en 1789, dans une grande partie de la Bourgogne, il n'y avait, pour ainsi dire, pas une paroisse qui ne fut dotée d'une école, et ce fait est fort remarquable s i on considère qu'à cette époque les paroisses étaient bien plus nombreuses qu'aujourd'hui. Mgr de Roquette, évôque d'Autun, est certainement un des hommes qui ont le plus fait pour l'instruction primaire. Ses règlements, à cet égard, donnent bien l'idée de la touchante sollicitude qui l'inspirait.

« C'est un ordre de l'Esprit-Saint, prononcé par la parole du Sage, dit-il, déformer les enfants dès leur bas âge... Pour satisfaire à une telle obligation, nous ordonnons que les curés et prêtres tiendront de petites écoles, ou choisiront, avec les habitants de la paroisse, une personne de probité, capable d'enseigner ce s jeunes enfants, et l'acte de leur choix, les attestations de probité, et leur capacité ayant été reconnus par Nous ou par Nos grands vicaires, il leur sera donné permission de tenir ces écoles »

Quant au salaire, il était lixé ù l'amiable par l'instituteur et la commune, qui pouvait y consacrer une partie des revenus de ia fabrique, ou prélever à cet effet un impôt sur les habitants. Les écoliers payaient en outre une redevance plus ou moins élevée, suivant qu'ils apprenaient ù lire ou à écrire. Du reste, il était formellement recommandé aux maîtres « de recevoir les pauvres avec la môme affection que les riches, et d'avoir également soin de leur instruction. »

— a Ces modestes écoles, dit M. de Charmasse, ne se proposaient pas seulement le but étroit de donner aux enfants une instruction plus ou moins bornée* L'éducation, telle qu'on l'entendait au xvne siècle, c'est-à-dire l'éducation chrétienne, y était placée au premier rang, préoccupation bien naturelle et bien légitime, puisque l'esprit chrétien était alors l'esprit public. » La surveillance des écoles était coniiée aux archiprétres, qui devaient s'informer si les maîtres avaient reçu l'institution do l' évôque, s'ils étaient de bonnes mœurs, s'ils étaient instruits des principaux points de la religion, enfin, si les classes n'étaient pas insalubres. Les visites des archiprétres avaient lieu publiquement, et chaque habitant pouvait ainsi faire valoir devant eux les plaintes qu'il croyait fondées. Il faut dire, à la louange du clergé, que bien souvent, dans les paroisses trop pauvres pour payer un maître, le curé instruisait lui-môme les petits enfants, ajoutant cette nouvelle tâche aux fonctions de son ministère.

Qu'il nous soit permis, en terminant, d'exprimer un vœu, * celui de voiries mômes recherches appliquées à toutes nos anciennes provinces, et étendues môme au moyen âge. L'Eglise, si attaquée de nos jours, n'a besoin, pour se défendre, que de la vérité. Il ne serait pas inutile de mon-

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trer à ses détracteurs les efforts qu'elle avait faits pour organiser l'enseignement : aussi bien, à une époque où chacun parle de décentralisation, il est intéressant de connaître les résultats obtenus sans l'intervention de l'Etat.

E. de Lachbsnais.

Ijes anciens non lllés des paroisses incorporées an diocèse de Troyes en 1801, par M. l'abbé Lalorb. — Troyes, Gaffé, 1870, in-8° de 80 p.

La circonscription qui fut assignée au diocèse de Troyes, à la suite du Concordat de 1801, est fort différente de l'ancien diocèse. Le nouveau diocèse, en adoptant les limites du département de l'Aube, perdait un territoire assez étendu au nord -ouest (l'archidiaconé de Sézanne, et une partie du doyenné de Pont), un certain nombre de paroisses au nord-est et à l'est; mais il recevait, par compensation, au sud, cent seize paroisses de l'ancien évèché de Langres, et vingt de celui de Sens. Le pouillé du diocèse de Troyes, rédigé en 1407 et publié, en 1853, par M. d'Arbois de Jubainville, ne fournit naturellement aucune notion sur ces localités soumises actuellement à l'autorité spirituelle de l'évôque de Troyes-, aussi, M. l'abbé Lalore a-t-il cru utile d'extraire d'anciens pouillés inédits des diocèses de Langres et de Sens, les articles concernant les paroisses annexées au diocèse de Troyes.

Dans une introduction (p. 5-44), M.l'abbé Lalore examine les documents dont il s'est servi pour sa publication, consacre quelques notices aux anciennes divisions ecclésiastiques (archidiaconés et doyennés), dans lesquelles étaient comprises les paroisses annexées, et résume au point de vue topographjque les données des pouillés. Il publie ensuite les fragments

des plus anciens pouillés connus des diocèses de Langres et de Sens, datant du xv siècle, et des additions tirées de pouillés plus modernes. L'éditeur a eu soin de donner en notes, au bas des pages, l'indication du vocable des églises, et, ce qui est non moins précieux, les différentes formes de noms de paroisses usitées dans le moyen âge.

Ce travail consciencieux sera utilement consulté. Cette considération nous autorise à signaler à son auteur deux petites erreurs. C'est à tort que le village de Maisons (Aube) est indiqué (p. 51, n° 46) comme correspondant à Mansioin Campania, lieu nommé dans une charte de 1227 ; M. l'abbé Lalore n'a qu'à recourir à cette pièce pour voir que Mansio in Campania, nommé avec Loisy-sur-Marne, ne saurait désigner que le village de Maisons (Marne), contigu à celui de Loisy. Il est impossible que le villago deChassenay (Aube), nommé Cancenneium, en 1083, dans une char.e de l'abbaye de Molêmes, soit identique au Castrum Censurii, ou Castrum Ccnsorium, mentionné, en 1095, dans le cartulaire du môme établissement; Castrum Censorium désigne évidemment Châtel-Censoir, au canton de Vézelay (Yonne).

Auguste Long non.

Monnmentsinéditssnrl'htstoire du Tiers-Etat. Cartulaire municipal de la ville de Montélimar (Drôme), publié d'après les documents originaux conservés aux archives delà commune,etc., par l'abbé C.-V.-J. Chevalier, correspondant du ministère de l'Instruction publique, officier d'Académie. Montélimar, 1871, gr. in-8° de 352 p.

M. l'abbé Chevalier, en publiant le Chartularium civiiatis Montilii Ademarii, n'a pas, comme on pourrait le croire, reproduit un manuscrit qui aurait renfermé les cent soixante-cinq

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documents dont se compose le volume qu'il met entre nos mains: il a formé — ce qui était autrement pénible et difficile — un cartulaire factice, tirant telle pièce des archives de la ville de Ifontélimar, telle autre de diverses collections particulières, d'autres, enlin, des dépôts publics de Paris, de Carpenlras, de Grenoble, etc. A force de patientes recherches, M. l'abbé Chevalier a réuni une série d'actes qui remonte jusqu'au 12 avril 1164 et qui descend jusqu'au 5 mars 1412. Je ne mentionne pas les sept premiers actes (du 3 mai 790 au 22 février 1161), parce que ces actes sont apocryphes, et que le savant paléographe les donne seulement pour montrer le peu de cas qu'il faut faire des indications qu'ils contiennent et qui ont été si souvent utilisées, comme incontestables, dans certains travaux généalogiques. M.

l'abbé Chevalier nous promet do compléter bientôt le Cartulaire de Montélimar par une introduction et par une table, peut-être môme par un supplément. Puisse-t-il ne pas nous faire trop attendre la réalisation de ses promesses ! On ne se résigne pas aisément aux . longues échéances, quand il s'agit de choses aussi précieuses.

T. de L.

Archives municipales de la ville de Blaye, précédées dune table chronologique des documents qui concernent l'histoire de celle ville et qui se trouvent dans d'autres archives. Bordeaux, imprimerie Gounouilhou, 1871, in-4° de 124 p.

La Société des archives historiques du département de la Gironde avait extrait, en 1863, du tome V de ses publications, ïEsclapot ou cartulaire de Monségur (in-4° de 98 pages). Félicitons-la d'avoir extrait du tome XII un ensemble de pièces qui peuvent presque tenir lieu d'une histoire de la

ville de Blaye. La première de ces pièces, de l'an 1261, est intitulée:

Libertés, privilèges et franchises de la ville de Blaye ; la dernière, du 12 janvier 1698, est un procès-verbal ds nomination d experts pour les travaux faits dans les marais de Blaye. Ces diverses pièces que renferment le recueil proviennent des collections de la Bibliothèque nationale, des archives départementales de Bordeaux et surtout des archives municipales de Blaye. Quelques autres documents sont tirés do la collection particulière de M. Jules Delpil, lequel a rédigé avec tout le zèle et toute l'exactitude que l'on avait le droit d'attendre de lui, la Table chronologique qui occupe les douze premières pages du recueil et qui est pleine de toutes sortes d'utiles renseignements. En voici un que j'emprunte à la page xi : les auteurs du Gallia Chrisliana n'ont pas mentionné l'abbé du monastère de Saint- Sauveur de Blaye que le roi d'Angleterre, Henri VI, nomma, le 21 octobre 1450, membre du Conseil royal d'Aquitaine.

T. dbL.

Recherches sur l'organisation eommu nale de la ville de SJalnt- Malxeat, Jusqu'en 1700, par

Alfred Richard , ancien élève de l'Ecole des chartes , archiviste du département de la Vienne. Poitiers.

Dupré, 1870, in-8* de 245;p.

Au moment où la question des franchises locales est présente à tous les esprits, il n'est pas sans intérêt de voir ce qu'était une de ces villes privilégiées désignées sous le nom de communes. A ceux qui s'occupent des affaires publiques, je recommande la lecture du livre de M. Richard, comme aussi celle de l'histoire de la commune d'Aumale de M. Semichon : ils y trouveront des enseignements précieux, que l'histoire seule peut donner aux législateurs.

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Née seulement ù la lin du moyen âge. <m 1440, la commune do Suint- Maixeat n'a pas eu une origine illustrée par ces émeutes qui oui, de nos jours, des historiens sympathiques.

On n'y trouve pas de révolte ni de lutte sociale, mais uu témoignage de reconnaissance du roi Charles VII envers ses lidèles sujets, qui venaient, au prix de leur sang, de donner à la Couronne des gages de leur lidélité Née au moment où le pouvoir royal était déjà fort, la commune de Saint- Maixent n'eut pas de charte, mais seulement le droit de s'administrer ol le- môme. Ce ne fut pas sans peine qu'elle conserva ce privilège si envié.

Après s'être orgauisé, le corps de ville se trouva bientôt en butte aux obsessions des agents du pouvoir (ce que nous appelons aujourd'hui la bureaucratie), qui cherchaient à amoindrir celte puissauce locale, et la tirent enlin disparaître, en 1692, avec toutes les autres communes.

De cette date jusqu'à la Révolution, M. Richard a retracé le tableau des variations du régime accordé aux villes, tantôt libérales, tantôt oppressives, suivant les besoins des tinances.

Ce n'était plus qu'un fantôme d'administration, lorsque 1789 vint anéantir cette organisation complètement modifiée déjà par l'abus de la centralisation.

Outre la liste de maires et d'échevins, complément do son travail, l'auteur y a joint 18 pièces justificatives parmi lesquelles nous citerons, outre la charte de 1440 et les statuts du corps de ville (1506), doux chartes d'Alphonse, comte de Poitou (1239), des lettres de rémission pour une tentative de soulèvement communal (1 352), et divers actes du roi Charles VII, qui complètent les renseignements que I on possédait déjà sur les guerres de la Praguerie.

Le livre de M. Richard est simple-

ment écrit, il a consulté les sources avec discernement, et la critique la plus sévère ne peut que rendre justice à l'érudition de l'auteur, en même temps qu'à la méthode sobre avec laquelle il a traité un chapitre intéressant de l'histoire de son pays natal.

A. de B.

Documents historique* Inédits sur le Dauphiné. Cinquième livraison. Nécrologe et Carlulaire des dominicains de Grenoble, publiés d'après les originaux, avec plan et table alphabétique, par C.-U.-J.

Chevalier, prêtre, correspondant du Ministère de l'instruction publique, etc. Romans, 1870, in-8° de 82 pages.

M. l'abbé Chevalier continue avec la plus admirable activité à publier des documents inédits relatifs à l'histoire de sa province natale. Aujourd'hui, il nous donne réunis, dans une même livraison, le Nécrologe du couvent des dominicains de Grenoble d'après l'original malheureusement incomplet conservé aux archives de l'cvéché de Grenoble (p. 1-16), et le Carlulaire du môme couvent, d'après les documents (tantôt originaux, tantôt à l'état de copie) conservés aux mêmes archives (p. 17-71). Le volume, orné d'un ancien plan de la ville de Grenoble, est terminé par un index des personnes, des lieux et des choses dont il est question, soit dans le Nécrologe, soit dans le Cartulaire, et par un index onomastique où les mots, formes et acceptions qui n'ont pas été recueillis par Du Cange, ont été imprimés on lettres italiques, précaution dont il faut remercier M. l'abbé Chevalier. Sans avoir une haute importance historique, comme le savant éditeur le reconnaît lui-môme, le Nécrologe, rédigé vers l'an 1400, et le Carlulaire, qui renferme trente-deux pièces comprises entre le 28 juillet 1288 et le 12 mai 1497, méritaient de

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voir le jour. L'état de délabrement des manuscrits déchiffrés et reconstitués par M. l'abbé Chevalier, permet de dire que sa publication a tous les mérites, même celui de la difficulté vaincue.

T. de L.

larentaire analytique des archives du château de La Barre, par Alfred Richard, archiviste du département de la Creuse. Paris. Dumoulin, 1868-1869, 2 vol, gr.

in-8- de ccv-287 à 504 p. — 15 fr.

Les titres anciens échappés aux désastres de tout genre qui ont décimé les archives, se perdent souvent de nos jours par l'incurie de leurs propriétaires. M. Richard a cherché à signaler ce fait regrettable, et n'a pas hésité à prêcher d'exemple. Il a donc entrepris l'inventaire d'une riche collection de titres conservés dans un vieux manoir du Poitou, et y a fait entrer tout ce qu'ils pouvaient offrir d'intéressant à différents points de vue.

Pour faciliter le travail de ceux qu'il invite à l'imiter, il a donné un cadre de classement très-simple, et auquel peut être adapté tout ce que contiennent les dépôts de même nature.

— Une préface relève sommairement les renseignements fournis par ces documents au sujet de la condition des personnes et des terres ; puis une table alphabétique, venant en aide à ceux qui s'occupent de recherches locales, donne tous les noms de lieux ou de personnes du Poitou, de l'Anjou, de l'Ile-de-France, etc., au nombre de près de 7,000, mentionnés dans le cours de l'ouvrage ; enOn, à l'analyse très -complète des textes, il faut ajouter quelques pièces insérées in extenso, telles que le testament d'un bourgeois de Poitiers, en 1443, un de ces espiciers qui prêtaient sur gages aux

gens bien nés, dont les finances réclamaient des expédients onéreux, A. db B.

Généalogie des marquis da

Causé de Nazelle, par Jules

DB BOURROUSSE DB LàFFORE. Bor-

deaux , Gounouilhou , septembre 1870, in-4" de 77 p.

Cette généalogie, tirée à cent exemplaires qui ne seront pas mis dans le commerce, n'attirerait pas, quoique très-bien faite, l'attention de la Revue, si, au milieu des renseignements fournis par M. de Laffore sur la famille, aujourd'hui champenoise et jadis agenaise, du Cauzé de Nazelle, ne se trouvait (p. 13-22) une dissertation historique intitulée : Conspiration du chevalier de Rohan, conspiration dont les auteurs (Louis de Rohan-Guémenée et Georges du Hamel, sieur de Latréaumont) furent découverts et dénoncés par Jean-Charles du Cauzé, écuyer, seigneur de Nazelle, alors étudiant à Paris (1674). M. de Laffore, pour raconter cet épisode de l'histoire du grand règne, ne s'est pas contenté d'interroger les mémoires contemporains (Lafare, Cosnac, etc.), ni la relation de M. Pierre Cléraent( Trois drames historiques, 1857); il a voulu avoir recours aux pièces oflicielles du procès conservées à la Bibliothèque nationale dans le tome CCXXVI de la collection du cinq cents Colbert, etc.

Il a pu ainsi arriver, le premier, à connaître toute la vérité sur cette affaire. Une excellente note sur la marquise de Villars (Louise-Anne de Sarrau) complète (p. 67-69) la notice sur la conspiration à laquelle fut mêlée cette demi-sœur du savant Claude de Sarrau, et permet de rectifier, au sujet de ce conspirateur en robe de soie, comme l'appelle M. de Laffore, bien ;des renseignements erronés qui ne se trouvent pas seulement dans le

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roman d'Eugène Sue, Latréaumont (1837).

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