‹ Le drapeau de la FranceChapitre 50 sur 54 · de B · texte numérisé non relu

de B

Biographie et fragments Inédits des manuscrits du baron de Vuorden, diplomate attaché à l'ambassade d Espagne auprès de Louis XIV, plus tard grand bailli des Étals de Lille, etc., par C. db Vendkgies. Paris, Aug. Aubry, 1870, in-8° de 285 p.

Ceci n'est point à proprement parler un texte original. C'est un résumé, avec extraits, des correspondances, mémoires, journal de voyage, etc.. de M. de Vuorden, conservés à la bibliothèque de Cambrai. M. de Vendegies nous dit qu'entre une simple analyse et une reproduction intégrale il a cru devoir prendre un moyen terme , « faire disparaître les longueurs, compléter des textes l'un par l'autre, et enfin conserver in extenso les passages qui pouvaient l'être sans fatigue pour le lecteur. » Nous pensons que l'éditeur a trop songé au lecteur et

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point assez à l'historien. Si pour l'un ce résumé peut suffire, il ne saurait en être de même pour l'autre : rien ne remplace le texte même. J'ajouterai que ce que nous Usons de la plume de M. de Vuorden doit inspirer le regret que, sans reproduire tous les manuscrits laissés par le soldat diplomate, on n'ait point fait un choix et donné intégralement les fragments publiés.

Quoi qu'il en soit, nous avons là — avec les éléments d une biographie qui aurait dû précéder le texte, dans les conditions que nous indiquons, mais qu'il faut chercher dans l'analyse et dans les extraits — quelques détails intéressants sur les guerres de Flandre (1653-56) et d'Italie (1657-58. , sur la paix des Pyrénées et l'entrevue de Louis XIV avec Marie-Thérèse, sur la cour depuis le 6 février jusqu'au 6 avril 1661 (le journal tenu à cette époque par Vuorden est ici reproduit textuellement), et la mort de Mazarin, etc. Vuorden , qui était né à Ghièvres, sujet espagnol, en février 1629, passa en 1668 au service de la France , et donne de curieux détails sur l'entretien qu'il eut alors avec la reine. U fut nommé grand bailli des États de Lille, reçut le titre de baron en 1679 et mourut le 3 août 1689, laissant le souvenir d'un esprit cultivé, lettré même, d'un brillant militaire, d'un diplomate estimé, d'un parfait honnête homme et d'un noble cœur.

Nous espérons que la publication de M. de Vendegies, faite avec luxe et tirée seulement à cent exemplaires, n'est que l' avant-goût d'une édition plus complète et plus critique des manuscrits du baron de Vuorden.

Fr. db F.

Les Assemblées provinciales sons Loali XVI et les divisions administratives del?89,

par le vicomte de Luçay. Paris, G.

de Graét, 1871, gr. in-8° de vm- 636 p. (Publication de là Société bibliographique.)

M. de Lavergne avait surtout étudié en historien la grande réforme opérée aux derniers jours de la monarchie par Louis XVI. M. de Luçay l'apprécie au contraire, presque exclusivement, au point de vue administratif. Une introduction, riche de faits et d'observations, initie le lecteur à l'organisation de la France à la fin du xviii* siècle ; intendances, contributions directes et indirectes, administration des pays d'États, tout est décrit avec soin, et offre ainsi le tableau le plus complet que nous ayons de notre ancien régime ; on pourrait seulement réclamer, dans une matière si embrouillée, des résumés encore plus clairs à la fin de chaque chapitre.

M.de Luçay examine ensuite les plans de Turgot, les plans de Necker, montre que l'administration provinciale constituait une notable amélioration sur l'état précédent, et que, malgré les faibles moyens d'action, souvent contestés, dont disposaient les Assemblées, elles amenèrent cependant des résultats matériels importants : suppression générale de la corvée, abonnement des vingtièmes, adoucissement des tailles, révision du cadastre , forte impulsion donnée aux travaux publics, etc..., tout ce qui préparait le rapprochement entre les classes de la société et surtout l'abandon des privilèges, car on voyait la noblesse et le clergé renoncer à l'exemption des impôts. C'étaient là, il faut en convenir, d'heureux fruits d'une innovation qui, venue en d'autres moments que ceux de la lutte entre le Roi et le Parlement, eût pu empêcher les emportements qui, au

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lieu d'une réforme nécessaire, amenèrent la Révolution.

M. de Lucay nous a donné un très-bon travail sur les divisions administratives de 1789 , et sur l'organisation des corps municipaux lors de la constitution de l'an III et de la loi du 28 pluviôse. On reconnaît le légiste maître de son sujet. Enfin, un travail très-curieux, comparant les généralités avec les départements qui en ont été formés, termine cet ouvrage, dont la première édition, parue en 1857, a été considérablement augmentée. Dans ce tableau comparatif, on voit que les provinces payaient, les unes plus, les autres moins que les départements actuels, par rapport aux recettes totales du budget.

Ainsi l'Alsace payait un et demi pour cent de l'ensemble des contributions du royaume ; les deux départements formés de l'Alsace payent deux pour cent des recettes totales du budget. Le Languedoc payait six et demi pour cent de l'ensemble des contributions; aujourd'hui les départements qui le composent payent quatre et demi. Le Bourbonnais payait un. sept dixièmes pour cent, les départements qui en ont été formés payent deux, un dixième pour cent. La Normandie payait dix pour cent, les départements payent aujourd'hui huit, neuf dixièmes pour cent, etc... L'ouvrage de M. de Luçay nous paraît très-utile pour connaître et apprécier notre organisation administrative ancienne et nouvelle. Le titre ne dit pas assez tout ce que renferme ce savant tra-

HUtoire de la Révolution dans le département de l'Aisne, 1789, par Alfred Dbsmazores.

Vervins, irap. Flern ; Paris, Déoembre-Allonnier, 1869, in-b°;de:3Il p.

En lisant sur le titre : « Ouvrage

couronné par la Société académique de Saint-Quentin, » on s'attend à trouver ici un travail sérieux, calme, impartial, fait d'après toutes les sources, imprimées ou inédites, soigneusement compulsées, et utilisées avec l'intelligence et le tact du véritable historien. Nous avouerons avec regret qu'il n'en est rien, que le livre de M. Desmazures laisse de tout point à désirer, que les recherches sont insuffisantes, que la part de l'inédit est nulle ; qu'enfin, les défauts sont aggravés par le style déclamatoire de l'auteur et par les fantaisies révolutionnaires les plus exagérées. Ainsi, d'après Fauteur, l'ère ouverte dans la nuit dd 4 au 5 août « allait donner à la France plus de grandeur en cinquante ans que pendant les quatorze siècles passés sous les institutions détruites ; » a h jeune France épousait le droit ; » « sans les excitations réactionnaires, la monarchie constitutionnelle aurait été établie pour longtemps en France; »

Louis XVI avait beau protester, a l'armoire de fer devait... montrer la fausseté de ses sentiments ; » après Varennes, « il ne pouvait plus être considéré que comme un ennemi, par la nation comme un prévenu, » etc., etc.

Ainsi, à un endroit de son livre, l'auteur réfute le Catéchisme de la Révolution qui avait la naïveté d'admettre le culte catholique et de croire aux miracles; ailleurs il discute un bref de Pie VI, et démontre— victorieusement cela va sans dire — que le Pape n'entendait rien au véritable esprit évangôlique ; il n'a que des éloges pour l'évéque constitutionnel Marolles, le prélat qui dans un sermon « à ses ouailles » disait que « depuis quatre cents ans la nation gémissait sous le plus dur esclavage, et que, sous ce funeste gouvernement, un seul homme était libre et des millions étaient esclaves, «etc.

Bst-ce à dire que tout soit répré-

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hensible dans le livre de M. Desraazures, et que Ton n'en doive tirer aucun profit? Je me garderai bien d'aller jusque-là. L'auteur nous donne d'intéressants renseignements sur l'assemblée provinciale de 1787 et sur les opérations qui précédèrent les élections aux États généraux ; il analyse longuement les cahiers. Seulement ici, il tire des conclusions exagérées quand il prétend voir la souveraineté nationale se substituant, dans la pensée des électeurs, à la souveraineté royale. Il constate d'ailleurs que le clergé, « à part quelques vœux rétrogrades dictés par le désir de maintenir son importance, demandait une bonne partie des réformes qui allaient s'accomplir; » que « la noblesse renonçait à ses privilèges et s'engageait à supporter toutes les impositions consenties par les États généraux; » qu' enlin « les principales réformes à faire à la monarchie sont écrites dans les cahiers du clergé et de la noblesse. » M. Desmazures est naturellement fort hostile à l'émigration, qu'il trouve antipatriotique et sans motifs légitimes. Il nous apprend pourtant que, dès les mois de juillet et d'août 1789, te la foule se portait aux derniers excès contre les châteaux et les nobles, » et que « les chartriers et les terriers, preuves du droit des oppresseurs, étaient brûlés au milieu des saturnales d'un peuple enivré de liberté et d'égalité, » Il nous montre l'exaspération qui régnait après le décret du 4 août. En juin 1790, les bandes armées pillaient les châteaux de Gercy, de Puiseux, de Le Hénie, de Sains, etc., et chaque bande était suivie d'un notaire pour faire signer aux seigneurs des actes de renoncement à tous leurs droits féodaux. « C'étaient, dit l'auteur, les représailles des opprimés. » — A côté de ces dispositions menaçantes et de cet esprit révolutionnaire qui gagne les masses, on constate un attache-

ment persistant à la royauté : « L'amour d'un roi qui, depuis son avènement au trône, s'est montré le père de son peuple..., disait en juillet 1790, le directoire de l'Aisne, va devenir le devoir impérieux et l'habitude constante de tous les Français. Il sera, comme il a toujours été, le caractère et la passion de tous les citoyens du département de l'Aisne. » Et ces protestations se renouvellent jusqu'à la veille du 10 août. L'auteur avoue luimême, à la date de juin 1791 , que a les chefs de l'armée, de la marine, le clergé, la noblesse, une bonne partie du peuple étaient royalistes. » Il ressort donc, au fond, de la lecture de ce livre : 1° que les réformes demandées par la France royaliste auraient pu être accomplies sans la Révolution; 2° que c'est une minorité violente et factieuse qui a imposé sa loi au pays. Le pays, qui pouvait se régénérer en se transformant, a été ainsi conduit, de catastrophes en catastrophes, à la lamentable situation où nous le trouvons à l'heure présente.

G. de B.

ta Justice révolutionnaire ,

août 1792, prairial an Ult d'après des documents originaux, la plupart inédits, par M. Berriat Saint- Prix, conseiller à la cour impériale de Paris. Tome 1er. Deuxième édition.

Paris, Michel Lévy, 1870, gr. in-8° de xxxi-490 p.

M. Berriat Saint-Prix, enlevé au mois de septembre 1870. au moment où il venait d'imprimer le présent volume, avait passé vingt ans à recueillir dans nos dépôts de Paris et dans toutes les archives provinciales, les matériaux du vaste ouvrage dont il avait publié une ébauche en 1861, et dont les remaniements successifs avaient paru depuis dans le Cabinet historique. La Revue a pu ainsi, à plus d'une reprise, mettre ses lecteurs

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au courant des travaux du savant magistrat, que je rencontrais souvent à cette bibliothèque du Louvre, si précieuse, si favorable à l'étude, et que, hélas ! nous ne retrouverons plus. M. Berriat Saint-Prix apportait à cette enquête les dispositions qui lui étaient propres : c'était comme une révision de tous ces procès qu'il entreprenait, et dont il consignait les résultats dans ces études sur chaque tribunal révolutionnaire que nous retrouvons ici groupées. Avec quelle patience, quel zèle, quel soin minutieux ce travail Ait poursuivi, c'est ce dont se rendront compte tous ceux qui liront ces pages, où la Vérité seule se fait entendre, et où les erreurs, les mensonges, les calomnies, de quelque côté qu'ils viennent, sont réduits a leur juste valeur. Il n'y a pas d'époque — l'auteur en fait la remarque — pour laquelle on ait commis plus d'omissions et d'erreurs, môme chez les historiens les plus respectables. Que dire de ceux qu'inspirent la passion et la haine? M. Berriat Saint- Prix a non - seulement la conscience et la sévérité du juge, mais aussi le calme et l'impartialité qui sont également ses attributs, a Je me suis, dit-il, imposé la plus grande modération de langage ; habituellement j'ai laissé parler les laits ; quel relief, d'ailleurs, mes réflexions auraient-elles ajouté aux horreurs, aux infamies que j'ai mises en lumière ?» Et il termine son avertissement par ces lignes qui sont bonnes à méditer aujourd'hui: « La peine que ce livre m'a coûtée ne saurait se dire -, mais je la bénirai si ce labeur peut contribuer à ouvrir les yeux sur les malheurs et les crimes qui, fatalement, arrivent et se commettent, lorsque l'ignorance, la bassesse, le fanatisme dominent. »

L'ouvrage s'ouvre par une introduction où l'auteur expose ce qui se rap-

porte aux cent soixante-huit tribunaux révolutionnaires (divisés en quatre classes : tribunaux révolutionnaires, commissions révolutionnaires, commissions militaires, tribunaux criminels des départements), et présente les traits généraux de son livre, a Sous la domination de Robespierre, dit-il.

cent soixante-huit tribunaux révolutionnaires envoyèrent à la guillotine ou à la fusillade, dix-sept mille personnes, le plus grand nombre sans formalités et sans preuves. » Dans une première partie, l'auteur esquisse l'histoire des tribunaux de l'Ouest (Nantes, Carrier à Nantes, Loire-Inférieure, Maine-et-Loire, Sarthe, Mayenne, Orne, Manche. 1 Ile-et-Vilaine, Cotes-du-Nord, Finistère, Morbihan, Vendée, Deux-Sèvres et Charente-Inférieure, p. 1-290) ; dans la seconde, il passe en revue les actes des tribunaux du Midi (Gironde (Bordeaux), Landes, Basses et Hautes- Pyrénées, Ariége, Pyrénées-Orientales, Lot-et-Garonne, Gers, Tarn, Haute-Garonne, Aude. Hérault, Gard, Bouches-du-Rhône (Marseille), Var, Corse. Basses-Alpes, Vaucluse (Avignon et Orange), Ardôche, Drôme, Hautes-Alpes et Isère, p. 291-478).

La partie la plus importante de ce premier volume est celle relative à Nantes et à la Loire-Inférieure, qui ne comprend pas moins de 134 pages.

Nous espérons que la mort du regrettable auteur n'empêchera pas la publication du second volume, consacré au Centre, à l'Est et au Nord, et dont la rédaction devait être bien avancée ; c'est au moins ce qui ressort d'une lettre de M. Berriat Saint-Prix à M. Louis Paris, datée du 19 août 1870, — moins d'un mois avant sa mort.

G. de B.

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I/assassinat de Bastatt. Études historiques, par P. Ristelhubbr.

2* édit. Paris, Ern. Thorin, gr. in-8° de 38 p.

L'événement de la nuit du 28 avril 1798 est resté enveloppé d'un profond mystère : deux des plénipotentiaires français au congrès de Rastatt avaient été assassinés par les hussards de Barbaczy, comme ils quittaient la ville, et le troisième n'avait échappé à la mort que par hasard. Quels étaient les instigateurs du crime? Quel en était le mobile? La question a été souvent posée. A-t-elle été résolue d'une manière définitive ? C'est ce que n'a point pensé un écrivain allemand, M. Mendelsohn-Bartholdy, qui a repris une version peu accréditée, d'après laquelle l'assassinat devrait être mis au compte des émigrés français. Getie thèse a été contredite par MM. Zandt et de Reichlin Meldegg (voir au sujet de ces ouvrages le Courrier allemand d'octobre 1869, t. VII, p. 632-33, où notre collaborateur a accepté trop facilement une erreur de l'écrivain allemand faisant du comte de Toulouse un Bourbon). M. Ristelhuber a repris l'examen de la question d'après ces écrivains, mais sans arriver à dissiper les doutes et à faire luire la lumière. Après avoir lu sa brochure, on n'est guère plus avancé qu'auparavant, et si l'on écarte l'inculpation qui atteindrait les émigrés, on ne sait vraiment pas si. comme l'auteur incline à le faire croire, il faut mettre au compte de l'Autriche le procédé violent, et qui entraîna mort d'homme, au moyen duquel on aurait voulu se saisir de papiers fort importants. G. de B.

lies économistes français du dixhuitième siècle, par M. Léonce de Lavergne, membre de l'Institut.

Paris, Guillaumin, 1870, in-8° de 496 p.

Ce nouvel ouvrage de l'historien des T. x. 1871.

Assemblées provinciales sous Louis I Vf nous montre un des meilleurs et des plus estimables côtés de l'histoire du xviii6 siècle ; nous sommes transportés dans cette époque de discussions et de recherches, où toute question était agitée, toute amélioration proposée, toute réforme commencée ; où les questions économiques, agricoles ou financières, se révélant pour ainsi dire l une après l'autre, prônaient aux yeux du public un certain charme de nouveauté. La vogue se mettait de la partie ; c'était l'âge d'or de la conversation, et Ton discutait dans les salons la loi des céréales ou la réforme du code criminel. Il y a assurément pour nous un intérêt réel à assister à ces efforts d'une société qui cherche sa voie, et nous ne savons pas combien certaines institutions, dont il semblerait que nous avons toujours joui, ont demandé de peine et de laborieux essais.

L'ouvrage se compose d'une série de notices sur les principaux économistes de la deuxième moitié du xvm* siècle : l'abbé de Saint-Pierre, esprit curieux et inventif, qui a touché à toutes les questions, et dont les plans ne sont pas d'ailleurs si chimériques qu'une bonne partie n'en ait passé, de nos jours, dans la pratique -, — Quesnay, l'un des fondateurs de l'économie politique : l'auteur donne ici un exposé complet et une critique de sa célèbre doctrine ; — le marquis de Mirabeau, auteur d'un traité sur la population, et qui fut célèbre sous le titre de Y Ami des hommes. — La notice qui suit est consacrée à plusieurs noms illustres, aux disciples de Quesnay : Gournay, La Rivière, Baudeau, Letrosne, etc..., toujours écrivant, toujours discutant, tantôt raillés par Grimm ou Voltaire, tantôt comblés par les souverains étrangers de marques de conliance. — Viennent ensuite Turgot, qui aurait été l'homme

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le plus capable d'épargner à la France les malheurs de la révolution en lui en procurant les bienfaits ; — le marquis de Chastellux, homme de cour, érudit, militaire, voyageur, publiciste, type accompli de cette génération de gentilshommes ardents et confiants qui débutaient avec La Fayette dans la guerre d'Amérique, et dont la plupart furent si malheureusement emportés par la tourmente qu'ils ne pouvaient encore prévoir. — Les deux biographies qui suivent, celles de l'abbé Morellet et de Dupont de Nemours, nous conduisent, à travers toutes les agitations de la période républicaine, jusqu'aux premières années de la Restauration.

Deux annexes terminent ce volume :

une sur la Société d'agriculture de Paris, fondée en 1761, sous l'inQuence du mouvement qui tournait les esprits vers les études économiques ; l'autre sur la première caisse d'escompte, créée par Turgot, en 1776, et que la Banque de France remplaça, sans pouvoir de longtemps l'égaler.

Nous n'avons pas à faire l'éloge des qualités littéraires qu'on est toujours sûr de rencontrer dans les ouvrages de M. de Lavergne ; plusieurs de ces études, remplies de faits curieux et de citations charmantes, sont d'une très-attrayante lecture ; c'est de Thisloire solide et sérieuse. Ce livre n'est pas non plus stérile en enseignements.

En Voyant au prix de quels efforts certaines vérités, qui nous semblent aujourd'hui incontestables, sont parvenues à passer dans la pratique, nous apprendrons sans doute à apprécier notre époque. D'autre part, les espérances sans bornes de ces hommes du xvin" siècle, leur généreuse confiance, leurs illusions vues à distance, à la lumière de notre situation présente, laissent bien une certaine impression de tristesse. On souffre de voir tant do réformes commencées.

tant de plans utiles, engloutis brusquement et pour si longtemps dans le gouffre ouvert en 1789. Quand donc la France aura-t-elle appris à préférer aux secousses et aux révolutions, le progrès sûr. et régulier des réformes pacifiques ?

R. de La Serbe.

Etude sur Cllcqnot-Blerrache, économiste du xtiu* siècle, par

Jules de Vroil. Paris, GuiUaumin, 1870, in-8° de ux-423 p.

Clicquot-Blervache, inspecteur général des manufactures, membre honoraire de l'Académie d'Amiens et de la Société d'agriculture de Paris, né en 1723, mort en 1796, fut mêlé, par ses fonctions, par ses études et ses travaux, au mouvement qui, dans la seconde moitié du xvuie siècle, poussait les esprits vers les études économiques. Dans ses mémoires, couronnés par plusieurs académies de province, dans ses écrits inédits, dans ses polémiques avec les auteurs du temps, il soutint constamment la cause de la liberté du travail -, et jusque dans l'exercice d'une profession qui n'avait sa raison d'être que dans l'esprit de réglementation, il fit encore prévaloir l'esprit libéral dont il était animé.

L'introduction de l'ouvrage de M. de Vroil est consacrée à la biographie de Clicquot-Blervache, le reste du livre à l'analyse et à des citations étendues do ses ouvrages, dont plusieurs sont inédits -, ils ont pour objet : le taux de l'intérêt, le commerce de la France au moyen âge, les maîtrises et jurandes, l'éloge de Sully, les règlements sur le commerce de la France avec les Echelles du Levant, le commerce extérieur de la France, l'agriculture et les habitants des campagnes, le traité de commerce de 1786, entre la France et l'Angleterre, plusieurs travaux spéciaux ù l'agriculture et au commerce de la Champagne, enfin des fragments

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de morale et quelques poésies. Peutêtre pourra-t-on trouver que le rôle historique du personnage n'exigeait pas une étude aussi complète, et que l'auteur n'a pas tout à fait échappé au reproche souvent adressé aux biographes, de s'exagérer à ses propres yeux l'importance et les mérites de leur héros. Cependant ce livre renferme bien des parties d'un intérêt réel ; c'est l'exposé du régime sous lequel vivaient l'industrie et l'agriculture il y a un siècle. Rien ne fait mieux connaître les abus, les vexations, les pertes de temps, d'argent et de travail que produisaient les règles sur les maîtrises et le compagnonnage, combinées avec les règlements sur la fabrication ; puis les procès sans nombre et sans fin, les améliorations rendues presque impossibles, et la loi amenée à s'exagérer elle-même et à devenir toujours plus tyrannique et vexatoire.

Les mémoires sur les maîtrises et jurandes et sur le commerce du Levant sont, par exemple, à cet égard, fort instructifs; et assurément il n'y a pas de meilleur moyen de juger l'époque présente et de préparer le progrès de l'avenir, que d'apprendre à connaître, en l'étudiant de près, notre ancienne société, déjà bien loin de nous après si peu d'années.

H. de La Serre.

Saint-Pierre de Saintes, cathédrale et insigne basilique.

Paris, Dumoulin ; Saintes, Mortreuil, 1871, in-8°de287 p.

L'auteur de Bernard Palissy, couronné par l'Académie française, des Etats provinciaux de Saintonge et de ÏEpigraphie santone et aunisienne, publiés cette année même (1870-1871), M. Louis Audiat, vient de faire la monographie de l'antique église fondée au ier siècle par saint Eutrope, disciple de saint Pierre et de saint Clément, représentée par la cathédrale de Saint-

Pierre qui a été l'année dernière érigée en insigne basilique. Outre l'histoire, on trouve dans ce livre une foule de documents importants, ou très-rares ou inédits : la liste des curés et des archiprêtres de Saint- Pierre, des chanoines en 1791 ; le testament de Léon de Beaumont, évêquo de Saintes, vicaire général et chanoine de Cambrai, neveu de Fénelon ; celui de Seguin d'Authon, archevêque de Tours, patriarche d'Antioche, archidiacre de Saintes -, de Guillaume Duplessis de Gestô de la Brunetière, d'Angers, évêquo de Saintes, prieur de Saint-Sauveur de Lomine au diocèse de Vannes, de Saint- Pasteur au diocèse de Meaux ; d'Alexandre de Chevriers de Saint-Maurice, trésorier du chapitre de Màcon, évèque de Saintes ; des lettres inédites sur la mission de Fénelon en Saintonge ; les saints de la Saintonge: saint Eutrope, saint Macoult, saint Anthème, saint Ago* bard, saint Pallais, saint Vivien, etc. ; les prêtres victimes de la Révolution ; les célébrités du chapitre, G. de La Châteignerie, de Sainte-Foi en Agenais, comte de Lyon, évêque de Saintes. Citons encore les chapitres suivants : le dernier jour du chapitre, en 1791 ; les massacres calvinistes de 1568 à Saintes; les chapellenies de Saint-Pierre ; la psalletle en 1791 -, les anniversaires ; le domaine du roi et celui de l'évêque dans la ville de Saintes ; le cardinal Bernard d'Albi, évêque de Rodez, archidiacre de Saintes ; le cardinal Simon d'Archiac, doyen -, Louis de Bassompierre, fils du maréchal et évêque de Saintes; Y Angélus à Saintes ; de nombreux extraits inédits du manuscrit du chanoine Tabourin du xvie siècle, des bulles ; enfin les diverses pièces relatives à l'érection de Saint-Pierre en basilique mineure, où sont contenus les titres qui ont valu cette faveur à l'antique cathédrale.

672 REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES

Recherches historiques sur l'ancienne abbaye de 1V.-D.

de Chartres, par P.-B. Barraud.

Cognac, impr. Mortreuil, 1870, in-12 de 35 p.

Il ne reste absolument rien de l'antique abbaye de Chartres, près de Cognac, au diocèse de Saintes, que l'église romane fort importante transformée en chaire. L'histoire en est contenue dans le Gallia Chrisliana, d'où M. Barraud l'a extraite pour la mettre à la portée du commun dos lecteurs. Mais il ne s'est pas borné à traduire MM. de Sainte-Marthe. Il a continué la série des abbés jusquà la Révolution et en a retrouvé quelquesuns qui avaient échappé aux Bénédictins. De plus, d'après des actes notariés, il a retrouvé certains faits inconnus. Quoique petite, c'est cependant une pierre du monument historique. N'est-ce pas déjà beaucoup qu'un supplément au Gallia Chrisliana ?

Histoire de la Tille de Troyes et de la Champagne méridionale, par T. Boutiot. Tome I. Paris, Aubry -, Troyes, Dufey-Robert, 1870, in-8° de xx-526 p., avec 4 planches.

Cette Histoire, destinée à avoir quatre volumes devant se suivre de près, mais dont le premier a seul paru, est une œuvre à laquelle M. Boutiot se consacre depuis longues années. Dès 1851, charge de mettre en ordre les archives municipales de la ville de Troyes, qui comptent plus de cent vingt mille pièces et dixhuit cents registres, il conçut le dessein do tirer protit pour lui et pour le public des documents précieux et inexplorés qu'il avait sous la main.

C'est là qu'il a pris ses renseignements les plus importants et les plus neufs ; il les a complétés par des recherches dans nos archives nationales, et à la bibliothèque Richelieu, qui ren-

ferme notamment la vaste collection de Champagne de Lévesque de la Ravallière. Chercheur intrépide et infatigable, il a parcouru dans tgus les sens le département dont il connaît tous les monuments et dont il possède parfaitement la topographie. A tous les ouvrages imprimés sur Troyes, il a pu joindre, pour les consulter, des manuscrits dont plusieurs n'avaient pas été mis à contribution jusqu'à ce jour ; aussi nous croyons pouvoir dire que peu de reproches pourront lui être adressés sur les sources qu'il a consultées. Il s'est, du reste, déjà fait connaître des érudits par un grand nombre de travaux historiques sur sa province.

Le premier volume, paru au début de la guerre, mais que la période difficile et douloureuse que nous venons de traverser nous a empêché de faire connaître plus tôt.embrasse toute l'histoire de Troyes, pendant l'époque où la Champagne conserva son autonomie, c'est-à-dire jusqu'à sa réunion à la France à la tin du xuie siècle, par le mariage de l'héritière des comtes de Champagne, Jeanne de Navarre, avec Philippe le Bel.

Le premier chapitre est consacré aux prolégomènes historiques ; M. Boutiot y a réuni tout ce que la science fournit sur la topographie, la géologie, les premiers habitants, les premiers lieux habités de cette montrée.

A peine sorti de cette époque, pour ainsi dire préhistorique, il embrasse la période romaine et gallo-romaine, pour ne commencer l'histoire proprement dite qu'au v« siècle, avec saint Loup et Attila. Il se presse un peu eu fixant comme définitif à Méry le lieu de la bataille d'Attila, tandis que les derniers travaux sur cette question si débattue, tout en circonscrivant le champ des explorations, ne sont pas encore arrivés à une conclusion formelle.

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Parmi les points qui nous semblent devoir fixer plus particulièrement l'attention, nous signalerons ce qui concerne les singuliers privilèges de l'abbesse de Notre-Dame-aux-Nonains, relatifs surtout à l'intronisation de l'évôqiief la fondation et le développement des divers monastères, trèsnombreux dans la ville et le territoire de Troyes, l'Hôtel-Dieu-le-Comte et les autres établissements de bienfaisance, les affranchissements, la condition des Juifs que nous voyons protégés par les papes, l'administration municipale, les grands jours, les foires de Champagne, si importantes autrefois, le développement du commerce et de l'industrie, l'état des personnes, etc...

M. Boutiot est plutôt annaliste qu'historien. Il relate les faits dans un ordre chronologique, sans trop les relier ensemble. Il fait bien passer sous les yeux tout ce qu'il a pu réunir sur tel ou tel point -, mais il ne généralise pas ; le lecteur doit faire par lui-môme un nouveau travail pour reconstituer, avec tous les éléments qui lui sont fournis, la société ou telle institution, comme elles fonctionnaient autrefois. Il juge peu, mais nous aurions à contredire plus d'une de ses appréciations; ainsi ce qu'il dit de saint Bernard ne nous parait conforme ni à la justice, ni à la vérité. L'auto^ de M. Ch. de Rémusat n'est pas de celles devant lesquelles on doive s'incliner sans réserve.

R. de St-M.

Etude* historiques sur lm ville de Cognac et l'arrondissement, par F. Marvaud. Niort, Clouzot, 1870, 2 vol. in-8<>.

La ville de Cognac a une réputation universelle, grâce aux eaux-devie de la contrée; elle n'avait pas d'historien. Avait-elle une histoire?

Elle a l'un et l'autre aujourd'hui ; e* nous en félicitons M. Marvaud. Il y a dans le passé de cette cité des faits intéressants, sinon bien éclatants. Il importait de les réunir. Cognac date du moyen âge, du ix* ou xe siècle.

C'était un port renommé pour le commerce du sel. La féodalité, en protégeant la ville naissante, s'attribua l'autorité et une partie des revenus.

De là, luttes et contestations. Pour en finir, il fallut une charte. Guy de Lusignan la donna en 1262. Mais ce n'était qu'un acte réglant les droits antérieurs, ne les créant pas, les formulant par écrit, ne les inventant pas, quelque chose comme le droit écrit succédant au droit coutumier. Il en a été ainsi presque partout ; les chartes de communes se bornent le plus souvent à consacrer définitivement ce qui existe. Cognac prospéra sous les Lusignan. Il atteignit son plus haut point d'éclat sous les Valois-Angoulôme. M. Marvaud s'étend longuement et avec plaisir sur Louise de Savoie et son lils François Ier, en des chapitres pleins d'intérêt. Puis viennent les troubles, d'abord des Pitaux à l'occasion de la gabelle ; puis, conséquence du malaise de la province, la facile introduction du calvinisme avec tous les fléaux qu'il traîna à sa suite. Théodore de Bèze donnait pour cause l'état prospère a d'un pays adonné entre tous autres à toutes manières de délices et à tout ce qui s'ensuit, » et constatait que ce trésor de la réforme a fut premièrement distribué aux plus débauchés. » Les abbayes de Chastres, de Bassac, de la Frenade, de Fontdouce, autour de Cognac, furent pillées, sans compter celles de Baignes, Saint-Jean-d'Angély, Saiut-Cybard d'Angoulôme, et les prieurés de Merpins, de Cognac, de Boutteville. La plupart ne s'en relevèrent pas. La tradition populaire a conservé deux chansons satiriques qui

REVUE DES QUESTIONS HISTORIQUES

se chantent encore, l'une contre Jeanne d'Albret :

Y a-t'-in oie dans thieu pranter...

et l'autre contre' Catherine de Médi-

cis :

Au printemps la mère Ajasse...

Le siège de Cognac sous la Fronde est un épisode important de l'histoire de cette ville, et le dernier. Après lui.

la ville a la vie des cités de province» régulière, monotone.

M. Marvaud a consacré un véritable monument à Cognac. Il y a bien des négligences de style, quelques petites fautes, des erreurs, mais peu importantes; des documents nombreux forment la moitié du volume : on ne s'en plaindra pas.

Louis Audiàt.

Victor Palmé.

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