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Aux quartiers généraux étaient rentrés enfin, Dans un état d'esprit difficile à décrire.
A leur récit piteux, Murray se mit à rire :
—Ma foi, tant pis, dit-il; no’ s avons devant nous Plus de temps qu’il ne faut pour réduire ces fous.
Je ne vois pas qu'il soit besoin qu’on se morfonde
A délogér ces gueux à l’autre bout du monde ;
Pour le moment, j'ai bien d’autres chiens à fouetter !
En somme, on décida de ne point se hâter.
Les semaines, les mois et les saisons passèrent ; Les souvenirs sanglants par degrés s’éffacèrent ; Puis Washington, levant son vaillant étendard, Acheva d'attirer les esprits autre part.
Engagés désormais dans une immense guerre,
Nos orgueilleux vainqueurs ne se souvinrent guère, Dans les anxiétés poignantes des combats,
Que le drapeau français flottait toujours là-bas. Cadot fut oublié.
À leur serment fidèles, Tous les ans, quand venait le mois des hirondelles, Les trois héros songeaient à mourir bravement. Ils vieillirent. L'un d’eux, on ne sait trop comment,
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Périt dans la forêt. Sur s1 couche brûlante, Un autre succomba, rongé de fièvre lente.
Et Cadot resta seul, sans espoir, sans appui, Avec l'immensité déserte autour de lui!
Vingt ans sont écoulés ; Cadot n’est plus qu’une ombre. Dans les ennuis sans fin, dans les transes sans nombre, Mais sans que son courage ait un instant failli,
Le pauvre solitaire avant l’âge a vieilli.
Il est tout blanc ; sa main tremble sur la détente
De son mousquet rouillé dont la voix éclatante N'’éveille plus l'écho des grands bois giboyeux.
seul avec un vieux chien sauvage au poil soyeux, Fidèle compagnon de sa vie isolée,
Il montait quelquefois sur la tour ébranlée
Où flottaient les haïllons troués du drapeau blanc ;
Et là, pensif, courbé sur son bâton tremblant,
Comme s’il eût encor rêvé de délivrance,
Il regardait longtemps du côté de la France ;
Et puis s’agenouillait, pendant que de ses yeux
De longs pleurs de vieillard coulaient silencieux.
Il vivait de gibier, de poisson, de racines.
Quelquefois les Indiens des bourgades voisines
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Venaient le visiter, et, dans son abandon, D'un peu de pémican fumé lui faisaient don.