‹ Le Droit aerienChapitre 104 sur 124 · L’AÉRONEF ENNEMI PUBLIC ET PRIVÉ ET LA CONDITION DE L'ÉQUIPAGE · texte numérisé non relu

L’AÉRONEF ENNEMI PUBLIC ET PRIVÉ ET LA CONDITION DE L'ÉQUIPAGE

Si la direction des aéronefs était encore un problème entièrement à résoudre, s’il était tout à fait impossible de diriger des projectiles du bauL des airs, on pourrait proscrire les aéronefs de la guerre avec apparence de raison et cette proscription serait facilement réalisée. L'emploi d'aéronefs de tout genre pouvant violer, indépendamment de la volonté de l'équipage, le territoire des neutres ou les lois communes de la‘guerre, serait interdit pour des raisons analogues à celles qui valent contre remploi des mines sous-marines mobiles. Mais dans les conditions actuelles, et surtout dans l'incertitude pleine d’optimisme qui règne au sujet de la navigation aérienne, la restriction de I emploi des aéronefs aux seules communications pacifiques ne recueillerait pas les suffrages de tous les Etals,

Et leur emploi à la guerre, une fois admis, ue pourrait pas être limité aux services d'exploration et d'observation comme le demandait M. Gemma, au Congrès de Vérone, dans son projet de Convention (art. XII) : << L'aéronef ne pourra être employé en guerre que comme instrument d'observation et d'in forma Lion. » Cette limitation n'aurait pu être respectée qu'avec 1 adoption, d'ailleurs impossible, d’une antre règle interdisant de tirer du sol sur les aéronefs employés par l'ennemi a ce service. Sans

l’aéronef ennemi public et privé et l’équipage 169

cette sauvegarde, les aéronefs en reconnaissance chercheraient naturellement à se défendre, ou sc livreraient à des actes de représailles pour répondre à des destructions d'aéronefs effectuées par Fennemi, ce qui supprimerait inévitablement toute limite dans les hostilités aériennes. Ou reste M. Gemma ne sc faisait pas Fillusion (■)) que sa proposition eût un grand succès; et M. Meili reconnaissait à la même époque que les Ifats les plus forts sont déjà trop engagés dans la lutte d’émulation en vue de la constitution de puissantes flottes aériennes, pour qu on puisse espérer qu'ils acceptent de limiter remploi de celles-ci en cas d’hostilités.

M. Meili gg) faisait pourtant une autre prévision; si elle se vérifiait, le rêve cher aux humanitaires se trouverait réalisé précisément par les instruments les plus meurtriers qu’ils combattaient. lies aéronefs, et spécialement les dirigeables, employés pour la guerre paraissaient à M, Meili les plus efficaces des facteurs de paix justement en raison des si grands dommages et des massacres si graves qu'ils peuvent causer. Mais c’est là encore une utopie, tout comme la prophétie qui avait vu dans les torpilles la On de la guerre mari lime, sous prétexte que c’était une absurdité morale et juridique qu’un grand navire fût détruit subitement et perfidement par un ennemi petit et invisible contre lequel il était impossible du se défendre.

La conscience individuelle et collective d’un âge donné s’habitue à de? grandeurs et à des intensités de chiffres, d’espaces, de richesses, de douleurs et de rapports qui paraissaient inconcevables à un âge antérieur; et de même que la torpille n'a pas rendu impossible la guerre maritime, et que les applications les plus colossales elles plus rapides de l’artillerie n’ont pas empêché la guerre terrestre de se perpétuer, de même F efficacité guerrière des aéronefs n’arrêtera pas le progrès de la guerre

(î) V. Rapport cite, p> Fi.

(a) Meili, / problemi f/ittrulm delTaviazione^ ComunicaxicMS *1 tév* iÛIO, pp, HT-118.

Ri vîsta detle

Page 1