‹ Le Droit Augural Et La Divination Officielle Des RomainsChapitre 70 sur 102 · Cf Cic. Drvin., |, 41. — Paul, p. 16, s. v. Arcan · texte numérisé non relu

Cf Cic. Drvin., |, 41. — Paul, p. 16, s. v. Arcan

en étaient requis. En cas de refus, ceux-ci pouvaient leur infliger une amende et les contraindre à remplir leur mission.

Les augures n'avaient pas en retour le pouvoir de forcer les magistrats à suivre leurs avis sur-le-champ. Mais le magistrat qui agissait contrairement à la décision augurale commettait un acte nul. Les décisions prises par le collège lui-même n'avaient pas d'emblée force exécutoire ; le Sénat devait leur imprimer cette force par un sénatus-consulte.

En somme, la corporation des augures n'était qu'une sorte de comité consultatif, mais reconnu seul compétent en matière d’auspices, et en fait toujours ob6r.

Dans la vie commune, rien ne distinguait les augures des simples particuliers. Dans les cérémonies publiques, ils portaient la præterta vêtement sacerdotal, et ils étaient munis du lifuus, leur insigne distinctif (4). Exempts d'impôts en général, ils étaient encore dispensés, mais non exelus, du service militaire.

En fondant une colonie, les Romains avaient soin de la doter d’un collège de pontifes et d’un collège d’augures. C'est la commission chargée de l’établissement de la colonie qui nommait les premiers membres de ces collèges. Le recrutement S'en opérait ensuite comme à Rome.

1. Diclionn. des Ant. gr. el rom. de Daremberg et Saglio, I, p. 907.

Lorsqu'on étudie le fonctionnement du collège des augures romains et qu'on reporte ses regards sur nos imstitutions modernes, pour v chercher des points de comparaison, l'esprit S’arrête involontairement sur l’organisation des académies nationales.

St la science est véritablement appelée à Jouer dans la direction des affaires publiques, un rôle aussi important que celui de la divination dans l’antiquité, on peut se demander comment elle jouera ce rôle. IT faudra bien reconnaître une compétence officielle à certains savants. Qui parlera au nom de la science ? Qui tranchera les points controversés ? Qui indiquera chaque jour, dune façon désintéressée, la marche scientifique à suivre, tant aux législateurs qu'aux gouvernants ? . Ge sera probablement un collège de savants officiels.

Comment sera créé un tel collège 2 il est difficile de le dire. Mais une organisation scientifico-politique, quasi officielle et déjà puissante n'est-elle pas en train de se faire ? L'Institut de Droit international et tous les instituts nationaux, renfermant une académie des sciences morales et politiques n'en sont-ils pas les embrvons ?

Avant d'agir officiellement, les devins 1taliques agissaient par les éroyances qu'ils faisaient naître.

Aujourd'hui, les corps savants agissent par les idées qu'ils répandent. En France, institut trouve dans les nombreux prix qu'il décerne chaque année, un puissant moyen d'action (1). Dans la séance publique de académie des sciences morales et politiques, qu'il présidait en 1888, M. Gréard, s’écriait : « A recueillir depuis soixante ans les programmes de vos concours, on retrouverait l'histoire des idées qui ont ému lesprit publie, profondément marquée de l'empreinte de vos fermes et libérales directions » (D).

Le gouvernement à même eu recours déjà à l’influence qu'exerce cette académie. Nous en trouvons

(1) L'Institut décerne annuellement « 146 prix dont 9 seulement dits du budget et qui dépassent la somme de 725,000 francs.

Pour en donner un simple aperçu :

L'Académie française décerne Rent pe — désiinscriptions PME nt — des" sciences SMS . des beaux-arts 447 OR -— des sciences morales. . . 19 —

sans parler de plusieurs prix exceptionnels et souvent communs aux cinq académies ou distribués tour à tour par chacune d'elles.

L'Académie des sciences morales et politiques décerne, à elle seule, pour des questions de moräle, d'économie politique, de finance ou statistique, de philosophie ou de législation, une somme de 76.000 fr. » (Noudeau Dictionnaire d'économie politique, publié sous la direction de M. Léon Say et de M. Joseph Chailley, t. Il, p. 8r, article de M. Edmond Renaudin).

(aie Séances el travaux de l'Acad. des scrences mor. et pol, publ. par Vergé, I, p. 6. d.

le récit dans les paroles de M. Gellroy, président la docte assemblée en 1886 : «On vit un jour, il y à de cela trente-huit ans, au lendemain d'une révolution, le chef du pouvoir exécutif — c'était le général Cavaignac, un grand cœur — faire un patriotique appel à cette académie. I voulait qu'elle Paidät à rétablir l’ordre dans les esprits, qu'elle pacifiàt en éclairant, qu'elle réduisit les théories fausses et dangereuses en rappelant les éternels principes sur lesquels repose toute société. ET vous vous rappelez avec quel zèle et quel talent il fut répondu à ses vœux par tout un noble groupe sorti de vos rangs — notre bien-aimé confrère M. Barthéleny-Samt-Hilaire en était.

« Une série de petits livres, promptement devenus populaires, répandirent sous une forme éloquente les plus utiles vérités. M. Cousin parla de ces deux sentiments naturels : justice et charité, dont toute société doit être le développement harmonieux.

« M. Thiers réfuta les doctrines socialistes en monwant sur quelles bases solides le droit de propriété repose.

« M. Mienet retraça cette vie de Franklin, qui enseigne aux plus humbles comment le fils d’un pauvre artisan s’est élevé si haut à force de labeur, de prudence, d'économie, comment il a formé son esprit au savoir et son àme à la vertu.

«M. Barthélemy-Saint-Hilaire, lui, expliqua ce que est que la vraie démocratie et la vraie liberté...

Démocratie et liberté ! En avons-nous plus qu’alors la saine intelligence ? Est-on d'avis qu'il n’y ait plus lieu à de pareils enseignements ?

« Messieurs, la même tâche que jadis vous incombe encore; peut-être vous incombe-t-elle plus que jamais, et vous n'êtes pas près non plus de la vouloir récuser » ({).

L'Insütut tout entier sent fort bien qu'il a un rôle social, partant politique à Jouer dans la société moderne.

Pour l’Académie rovale des sciences morales et politiques d'Espagne, au dire de M. Léon Lallemand, correspondant de cet Institut ‘les gouvernements ont maintes fois eu recours à ses conseils... » (2)

Et à l'heure actuelle, tout le monde s'accorde à reconnaitre que les sciences sociales sont encore dans l'enfance. Que sera-ce done lorsqu'elles auront solidement pris corps ! lorsque surtout Popinion publique prendra au sérieux ces Sciences ! lorsque les organisations des sociétés Scientifiques, de nationales qu'elles sont généralement, seront devenues universelles !

Bluntschli écrivait à Rolin-Jacquemyns s'occupant de fonder lPlnstitut de Droit international : « Le point

1. Comble rendu des lrav, el Séances de l’Acad., publié par Ch. Verger, sous la direction de Jules Simon, prem. semestre 1887, p. 24-25,

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