S^ Thomas, de deux feits concurrents : 1" la
L^unité composition complexe et organique de la so-
polltique. ciété, formée non simplement d'individus réunis en un groupe, mais d'individus groupés
(68) Burri^ page 24. — T, Meyer S.-J. La question ouvrière et les principes fondamentaux de la Sociologie chrétienne. Traduction de Vallemand, 1893, p. 48 SB.
LA SOCIÉTÉ POLITIQUE t67
d'abord en sociétés ayant chacune leur fin propre, familles^ agglomérations locales, associées à leur tour en un plus vaste groupement qui forme l'Etat et qui, lui aussi, a sa propre raison d être : pourvoir à des besoins plus généraux ; 2® l'idée de solidarité, le sentiment d'altruisme, la vertu de charité (Amicitia)y qui se manifeste au sein de tous ces groupements, et au service de la complexité des besoins et des buts et qui, non seulement en maintenant chacun à sa place» mais en obtenant de tous une coopération active à la poursuite du bien général, réalise l'accord des esprits, des cœurs et des volontés.
Ce n'est pas, comme le pensait Platon, la communauté de biens externes, femmes, enfants, propriétés, qui peut produire l'union, 1^ pnix sociale : les dissensions auxquelles donnent lieu la corruption et les passions humaines rendent, au contraire, impossible le communisme ; et la paix sociale est plutôt assurée par certaines distinctions et certaines inégalités, nécessaires au maintien de l'harmonie : Inter cives expedit ad civitatem servandam, ipsorum divitias esse distinctas. (De regimine principum, 1. IV, ch. IX).
Le lien social est un lien interne, moral : c'est l'amour, l'amour des autres s'entend, l'esprit d'altruisme ou de solidarité sociale. Omnia tainen unita in vinculo societatis, quod est ainor suorum civium. (De regimine principum, liv. IV, ch. IV). — L'amour réciproque des citoyens les uns pour les autres engendre dans la société un état d'harmonie, la paix, qui maintient chacun à son rang, assure l'accomplissement de tous les devoirs, tant des citoyens entre eux que des citoyens vis à vis du pouvoir, et fait vivre tous les membres d'un même corps politique d'une même vie.
Cet amour du prochain a des d^rés et des formes diverses, dans les diverses sociétés où il surgit et agit: partout il apparaît comme le sacrifice de soi-même à autrui, le sacrifice d'un bien particulier à un bien plus général. Et ce sentiment unique va toujours s'étendant, s'élargissant, unit entre elles, non seulement les personnes, mais les sociétés super-
168 THEORIES FOXDAMENTALES
posées, et groupe à la fois les uds et les autres en un seul tout moral, qui est l'Etat {senaxÂ, lato), la société politique. Ce sentiment est donc bien le principe vital ou, si Ton yeut, r&me du corps social.
Donc, superposition de sociétés ayant des buts distincts, mais dépendant l'un de l'autre, idée d'un bien général sollicitant l'adhésion des esprits et la coopération des volontés, provoquant l'alliance des cœurs, les dévouements réciproques, l'union des efforts; tel est, suivant Aristote et S* Thomas, l'élément éthique, qui donne à la société son intime unité. Cicéron, (Do republica, I, 25) exprime la même pensée : Poprdus autem non omnis hominuTn cœtua qtLOcumque modo congregatus, aed ajbtus TnuUitudinis juria conaeTiaw et utilitcitis co^LMumosEcongregattLS. C'est la communion ou la participation des esprits, des cœurs, des volontés à la recherche, à la défense et à la conquête du bien commun, qui crée le lien social.
Les auteurs modernes négligent ces
104^ notions, ou les dénaturent, ou en tirent
Personnalisation des conséquences outrées. Beaucoup
de la société notamment n'hésitent pas à incarner
politique. cette union des esprits, des cœurs et des
volontés, à individualiser la conscience
nationale, à personnaliser la société politique, à en faire un
tout vivant, un être moral complet, ayant une existence et
un développement aussi réels que Tindividu lui-même.
BLuntschli va, jusqu'à rechercher le sexe de l'Etat, pour se
donner sans doute le puéril agrément de lui assujettir
l'Eglise, qu'il dote du sexe féminin.
< La France, quelle est cette femme ? » disait de Maistre, cité par de Laveleye (69). Pas plus que la famille, la société politique n'est une personne ; elle n'est qu'une communauté, une association de personnes. — La Philosophie et le Droit
(69) I, p. iO. — Tout 06 chapitre IV est à lire, bien que Tintitalé en sôit inexact.
ne répugnent pas sans doute aux fictions. Dès qu elles sont nécessaires, ou simplement utiles, elles se font même aisément accepter. Mais il n y a nul intérêt à personnaliser la société politique. Impossible d'imaginer un droit dont elle serait titulaire, ou une obligation dont elle serait débitrice comme telle.
Il n'est pas rare, certes, dans le langage usuel, d'entendre parler de la société politique, de ses droits, de ses devoirs^ de ses volontés. Si l'on veut bien y prendre garde, l'on s'apercevra aisément qu'il n'y a dans cette manière de s'exprimer qu'une métaphore, aisée à expliquer, mais qu'une terminologie scientifique rigoureuse condamne. Comme nous le verrons ci-après, c'est VEidi pouvoir que le Droit moderne, mais non l'Etat {aerisu lato), individualise.
La plupart des publicistes modernes, pour