‹ Le droit constitutionnel de la Belgique (volume 2)Chapitre 93 sur 137 · La Science politique doit se demander · texte numérisé non relu

La Science politique doit se demander

Explication pourquoi la Division des pouvoirs n a pu être

du connue dans Fantiquité^pourquoi cette théorie

Droit si simple, si élémentaire en soi n a pas même

antique, été soupçonnée par les anciens ?

Ce fait peut s'expliquer par les considérations suivantes.

L'antiquité n'a pas eu la notion des droits individuels ; et dès lors n'a jamais pu comprendre le rôle de l'Etat ; elle a confondu le but de l'Etat avec celui de la société, considéré les progrès de cette abstraction,de cette idole,que l'on appelle l'Etat, comme constituant la félicité universelle. Les individus sont sacrifiés ; l'Etat antique réunit en lui tous les pouvoirs; sa Souveraineté ne supporte aucune limitation,son omnipotence est absolue. Cette notion domine la civilisation antique. L'essence du pouvoir social pour les anciens, c'est la Toute Puissance. Toute autre notion du pouvoir public leur échappe. Leur esprit ne conçoit pas la détermination, l'analyse, la division des Fonctions de l'Etat. Durant toute l'antiquité,ce problème n'a pas été soulevé.A peine peut-on citer quelques lignes A'Ariatotey ayant vaguement rapport à la question.

D'autre part, cotte Souveraineté, confondue avec la toute puissance, n'appartient qu'à un petit nombre de citoyens. L'immense majorité des individus, le peuple, dirions-nous aujourd'hui,est exclu de rEtat,ot réduit à l'esclavage. Au dessus du peuple, faisant peser sur lui le joug de la servitude, une étroite aristocratie, orgueilleuse de ses droits, se disputant l'exercice de cette Souveraineté ahaoluey sous laquelle la

LES POUX OIBS. 349

Société est accablée. Nul d'entre les citoyens, ne songe à amoindrir le rôle de rÉtat,mais Vexercice de la Souveraineté, la distribution des droits qu'elle comporte et de la puissance qu'elle confère, fait l'objet de luttes incessantes entre les citoyens.Toute l'histoire politique de l'antiquité tourne autour de ce problème : distribution de la Souveraineté, problème des formes de gouvernement, et participation de tov,s aux affaires pvhliques, L'exiguité des États, des cités, rendait d'ailleurs possible l'exercice direct du pouvoir, par les citoyens.

Notons aussi que la théorie de la Division des pouvoirs est plus abstraite, plus délicate que celle des formes de gouverTicTnent Le problème des formes de gouvernement surgit nécessairement et de lui même.A l'origine, on voit le pouvoir exercé par un seul (Monarchie). Les abus de ce pouvoir froissent certains intérêts, soulèvent certaines oppositions. Les citoyens dont les intérêts sont lésés se révoltent contre la Souveraineté d'un seul et les plus forts se distribuent entre eux l'exercice du pouvoir.

Plus tard,les autres citoyens s'insurgent également contre les abus de raristocratie,la forcent à leur concéder une part dans l'exercice des fonctions souveraines.Le régime démocratique prend naissance. Cette évolution est naturelle et s'est accomplie à différentes reprises dans l'antiquité.

Mais la notion des pouvoirs, de leur distinction et de leur indépendance est plus abstraite. Elle exige un examen réfléchi, un travail d'analyse plus délicat. Elle suppose des études juridiques. On conçoit que ce second problème ne se soit posé qu'après l'autre.

L'histoire démontre que toujours les notions con/yrètes devancent les principes abstraits.

L'esprit humain va des réalités aux théories, du complexe au simple.

350 THEORIES FONDAMENIALES

Page 1