caractériser l'unité intime que présente la
Théorie société politique, se plaisent à parler de son
organique caractère organique. L'organisme social: il n'est pas d'expression plus en vogue, dont on ait tant usé et abusé.
Les adeptes du matérialisme n'hésitent pas à faire de la société un organisme matériel, un tout physique vivant, un animal.
D'autres se servent du mot par simple image, par métaphore, pour mettre en relief la variété et la complexité des éléments composant la société, qu'ils ont bien raison de ne pas considérer comme une simple aggrégation d'individus. Pour de Cepeda,par exemple (70),la qualification d'organique veut dire que la société n'est pas le résultat immédiat de l'union d'individualités, mais celle d'autres groupes inférieurs réunis en un plus grand. — C'est l'école historique allemande qui a le plus contribué à faire admettre la nature
(70) De Opeday professenr à TUniversité de Valence. ElémentB de Droit naturel. Traduction Onolair, pagre 405.
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organique de l'Etat («67wu lato) \ l'idée et l'expression ont été facilement acceptées par les adversaires des théories individualistea ou atomistiques de la société, par les sociologues (71) et, en outre, par de très nombreux écrivains préoccupés d'opposer à la souveraineté populaire la doctrine de la souveraineté nationale. La difficulté est de s'entendre sur le sens exact du terme organique et sur la signification précise de la théorie. Les explications qu'on peut lire sur ce sujet dans Fouillée (72), dans SchafFe (73), dans Herbert Spencer (74), dans Bluntschli (75) relèvent de l'imagination. Le Marquis de VareiUts-Sominières, qui les réduit à néant dans un chapitre étincelant de bon sens et de verve, ne voit dans le caractère organique affirmé de l'Etat qu'une abréviation de langage commode, usuelle, qu'une métaphore ingénieuse, utile, fondée sur d'intéressantes analogies, mais rien de plus (76).
L'écrivain italien, Antonio Burriy duns 106. L^Etat, son étude sur Le teorie politiche di Sun organisme Tomirvaso, maintient pour l'Etat (sensu lato) moral. la qualification d'organique, et démontre longuement que la doctrine d'Aristote et de S^ Thomas commande de considérer, en effet, l'Etat comme un organisme, mais un organisme wxnul ou spirituel (77). Il définit l'organisme un système d'éléments vivants unis de toile sorte que la vie de chacun conditionne la vie de tous les autres, et que la vie de l'ensemble en dé-
(71) Poartant l'idée d'organisme social a été répudiée lors du dernier Congrès de Sociologie.
(72) La science sociale contemporaine, Livre I.
(73) Baù und Lebm des Sooialen Eôrpers, 1. 1.
(74) Principes de Sociologie, t. II, chap. VI et 8.
(75) Théorie générale de TEtat, p. 14 ss.
(76) Principes fondamentaux, p. 169 ss.
(77) M. Grahay indique, dans une note, que la question n*a pas été traitée et professée par S. Thomas. — Meyer (y. la note 68) oppose la théorie chrétienne de l'organisme social de S.Thomas à la théorie païenne renouvelée par les contemporains, mais il omet d'exposer le fond même de la théorie.
pende également (78). Cette notion peut trouver son application dans le monde moral. Ce monde est composé de volontés, c'est-à-dire de forces dirigées vers des fins. Quand une même fin actionne plusieurs forces, elles prennent des directions identiques et s'affirment comme force unique.
Or, il y a dans la société un système de forces dépendantes l'une de l'autre sous l'action d'une fin immédiate qui les actionne, les forces s'unifient d'abord en forces plus complexes, lesquelles, sollicitées à leur tour par une fin supérieure, sont aussi amenées à l'unité. A l'ensemble systématique des fins correspond donc l'organisation des forces. Il ne s'agit évidemment ici que de forces morales, d'intelligences raisonnables, libres, conscientes du but à atteindre : d'où la conséquence, que l'organisme social n'existe que s'il s'est développé au sein de la nation un ensemble d'idées, de volontés communes, de dispositions générales à coopérer ensemble au bien public. « C'est l'unité de pensée qui organise les forces morales > (79). Or, dans l'existence de la société politique, les forces morales qui en sont les éléments actifs, sont unifiées par la communauté des fins à atteindre ; elles y tendent nécessairement dans tous leurs actes. Qu'elles s'attachent à la réalisation du bien commun, ou qu'elles poursuivent leur bien particulier, jamais elles ne doivent s'entre déchirer, puisque le bien propre & chacune est condition de but commun et vice versa, La connexion des buts associe les activités, et du tout, et des parties ; les parties^ et le tout sont astreints à se tenir d'accord et & réaliser l'harmonie, la paix sociale. L'idée de la société politique, pour S* Thomas, est donc bien celle d'un organisme moral établi par l'étroite relation des fins assignées à l'ensemble et aux éléments composants et par les rapports réciproques produits entre eux par l'action de ces fins. Les familles, le&
(78) LUdée de rorganieme, dit LoomaDs, o'est l'idée de parties diyenes, nnies par la nature poar nn but oomman, participant à la même vie et a» développant d'une manière continue. Des Sociétés nécessaires, pagfe 6.
(79) Burri, page 21. — Taparelli. Droit naturel, II, di. I, n* 304.
communes sont déjà des organismes; en se groupant en Etat, elles ne font que s'unifier, pour une fin plus élevée, en une association plus vaste qui, les unit organiquement.
L'homme, créature intelligente et libre, est, comme individu, une force morale; un groupe d'hommes formés en famille, en commune, a la même nature ; les citoyens, les familles les agglomérations locales, tous les éléments de la société politique sont des forces morales : cette société ne peut être non plus qu'un organisme moral.
Le lien qu'on y découvre, qui en cimente les parties, est aussi un lien moral : il est formé sous l'influence des fins diverses coordonnées vers une fin totale par la communauté dé pensées, de volontés, de sentiments.
Peut-être dira-t-on que si la