‹ Le Droit d'AsileChapitre 307 sur 365 · A.N., L 508, no · texte numérisé non relu

A.N., L 508, no

6. Jules II accorda « un pardon pour les franchises violées, où ceux qui avoient aydé à sauver Zurflue, grand ennemy du Saint Siège, s’estoient enfuy, si toutes fois d’absolution avoient besoing »; BINDSCHEDLER, op. cit., P. 33 et suiv.

7. « Dominus Johannes Charpentier, presbiter de Juseriis, emendavit pro eo quod apprehendit per se et suos certos complices quosdam... in cimiterio ecclesie parrochialis de Fontenetto Sancti Petri, qui illuc gratia immunitatis confugerant, violans immunitatem ejusdem cimiterii illosque ad carceres judicis secularis de Juseriis traxit et conduxit », A.D. Seine-Inférieure, G 386, fo 21 vo.

Quelle est l’attitude de l’Eglise en face des violations du droit d’asile ? Avant tout, elle veut que le réfugié soit réintégré dans l’immunité ; comme il est rare que les coupables, surtout si ce sont des sergents royaux, «ayant reconnu qu’en rompant la franchise, ils ont attenté contre l’état d’'Eglise », ramènent spontanément leur prisonnier au lieu où ils l’ont pris — comme firent les officiers qui avaient enlevé, en 1472, Jean de la Motte du cimetière de Truttemer !; — l’Eglise doit se montrer énergique. Dès qu'il est averti par les curés ou les chefs des établissements ecclésiastiques, l’évêque met en mouvement les sanctions canoniques, dont nous pouvons

suivre la mise en œuvre dans le procès fait en 1532 à Pierre de Villeneuve, coseigneur de Vence, devant la Cour spirituelle de cette ville pour violation du droit d’asile de la chapelle du Saint-Esprit ?. Dans une brève réquisition, le promoteur expose les faits et demande l’ouverture d’une information qui est décidée par l’official; l’interrogatoire

1. A.N., JJ 197, n° 335, fo 181, cité par LE CAcHEUX, Annales de la Manche, 1909, p. 31.

2. Le 30 janvier 1521-1522, Gaspard Giraud, promoteur et clavaire de la Cour spirituelle, dénonce les faits intervenus à la Cour, présidée par l’Official de Vence, et demande l’ouverture d’une information, qui est accordée,

Le jour même, les témoins sont entendus et ainsi questionnés : « Qui ceperunt eumdem Spanholi ante dictum altare ? An aliquis illorum percussit dictum Spanholi infra dictam ecclesiam ? Si fuit aliqua sanguinis effusio in dicta ecclesia ? Si M. Petrus de Villanova erat ibidem ? ».

Le promoteur requiert ensuite la réintégration : «Clare constat officiales temporales nobilis Petri de Villanova.. vi ac violencia ac de facto una cum certis eorum complicibus extrassisse ab ecclesia Sancti Spiritus existentem infra muros presentis civitatis magistrum Bartholomeum Spanholi... in eadem ecclesia et immunitate confugientem et in altari et super altare dicte ecclesie existentem et gaudere immunitate velle clamantem illumque sic a dicta ecclesia vi et violencia extractum ad ejus carceres transduxissent, illum temere sic ecclesia, ejus immunitate et libertate de facto spoliando. Ideo petit sibi et dicte immunitati ecclesiastice provideri et providendo eosdem officiales censura ecclesiastica aliisve remediis juris opportunis ad restituendum dictum Spanholi in dicta immunitate et prestina libertate et ecclesia ipsa sic de facto spoliata moneri ac pro tanta injuria dicte ecclesie illata per eosdem et alios culpabiles satisfieri juxta juris dispositionem et culpabiles puniri.… ».

« Dictus vicarius et official, visis informationibus et audita requisitione per dictum clavarium curie facta.. ordinat moneri magistrum Petrum... necnon magistrum Gauffredum sub quorum posse dictus Bartholomeus Spanholi detinetur, quatenus dictum Spanholi in eorum carceribus detentum relaxare habeant et in loco immunitatis et ecclesie Sancti Spiritus restituere infra tres horas.. et hoc sub pena excommunicacionis late sententie.. ita quod, si infra dictas tres horas illum non restituerint, ordinat contra eos processum continuari et continuando litteras aggravatorias et reaggravatorias usque ad interdictum inclusum … », A.D. Alpes-Maritimes, non classé

(Ce document nous a été signalé par M. l’Archiviste Départemental des.

Alpes-Maritimes, à qui nous sommes heureux d’exprimer notre gratitude),

des témoins vise surtout à connaître l'identité des coupables et à savoir si le réfugié a été frappé dans le lieu sacré jusqu’à effusion de sang. L’instruction terminée, le promoteur requiert la réintégration et l’official adresse aux violateurs, parfois par l'intermédiaire des curés, des monitions par lesquelles ils sont sommés, s'ils veulent éviter l’excommunication, de remettre le réfugié dans le lieu d’asile d’où il a été extrait, le plus souvent dans un délai très court.

1. M. AUBENAS a publié récemment un Recueil des Lettres des Officialités de Marseille et d'Aix des XIVe et X Ve siècles (Paris 10937 EI 1938) dans lequel se trouvent plusieurs formules de monition, utilisées au cas de violation du droit d'asile : « Officialis. Cum ad nostri.. noticiam noviter pervenisset quod nobilis vir Johannes talis vicarius… et nonnulli tam clerici quam laici.… armati diversorum armorum generibus, animo hostili.… de simiterio ecclesie Sancti Salvatoris aquensis, quod est ante foras ecclesie et in introytu ipsius, Jacobum talem et Johannem talem, aquenses, ubi tanquam ad tutum refugium aufugerant et salvaverant se timore regie curie aquensis… extraxerunt violenter et ad carcerem regium aquensem duxerunt eosdem in Christi contumeliam et tocius clerici offensam ac jurium ecclesie non modicam lesionem, nos igitur... processimus.… et recepimus informationem.….. et quia ex dicta nostra informacione nobis constat quod dictus dominus vicarius regius.. et ali... extraxerunt. contra immunitates et libertates dicte ecclesie.. volumus... quathinus moneatis.. dictos dominum vicarium et subvicarium regios et alios omnes.. ut dictum Jacobum et Johannem reducant in dicto simiterio, de quo ipsos extraxerunt… infra duos dies proximos a die monicionum vestrarum.… ; si vero causam voluerint racionabilem in contrarium allegare, die ultima dictorum duorum dierum Aquis in archiepiscopali curia perhemptorie compareant hostensuri quare ad predicta non teneantur, monentes.. eosdem superius nominatos ne interim aliquid innovent contra dictos Jacobum et Johannem si sentencias excomunicacionis latas tam a canone quam a jure et provinciali statuto cupiunt evitare … » (t. II, n° 264, p. 89).

Lorsqu'il s’agit d’un clerc, le dispositif est le suivant : « Precipimus… quathinus, visis presentibus, ex nostri parte, semel, secundo, tercio et perhentorie prefatos. ut dictum clericum nobis et nostre curie velut justiciabilem nostri remictant... pro suis demeritis puniendis... alioquin pronunciamus et declaramus ipsos... in excommunicacionis sentenciam.…. incidisse et per consequens faciemus ipsos pronunciari excomunicatos.… » (t. I, n° 77, pe 91)

Un autre groupe de formules rappelle que la violation du droit d’asile entraîne l’excommunication ipso facto d’après la doctrine canonique récente (cf. p. 273, n. 4); par bienveillance, l’official adresse d’abord une monition, espérant qu’elle constituera un avertissement suffisant : « Officialis... Cedit quod... nobilis et circonspectus vir dominus N. vicarius curie reginalis civitatis massiliensis cum nonnullis aliis sibi associatis. extraxerunt à cimiterio.. quod factum est tam contra jura divina quam humana…. et licet propter premissa, idem dominus vicarius et alii in hac parte conscii ac dantes consilium, auxilium et favorem, in sentenciam excomunicacionis… inciderint, et proinde possemus eos facere publicari excomunicatos, tamen de benignitate canonica, volentes aliter agere cum eisdem, vobis ideo tenore presencium, in virtute sancte obediencie et sub pena excomunicacionis… precipimus et mandamus quathinus, statim receptis presentibus, moneatis ex nostri parte. ipsum dominum vicarium.. ut dictum.. ad dictum locumreductant et remictant.. alioquin si sic moniti premissa non curaverint adimplere, prefatum dominum vicarium et alios. excomunicatos ex tunc in vestris ecclesiis publice nuncietis…, predicentes eisdem quod si ulterius premissa facere distulerint, totam civitatem Massiliam et ejus suburbia supponemus canonico interdicto. » (t. IT, n° 120, p. 17; Formulaire de l’officialité de Marseille de Raphaël d'Aix, xv° siècle, A.D. Bouches-du-Rhôné, n° 300, E 54, fo 36).

C'est ainsi que Raynaud, évêque de Limoges et conservateur apostolique des privilèges de l’ordre des Frères Prêcheurs dans la province de Toulouse, mande en 1305 aux curés du diocèse de Carcassonne de fulminer l’excommunication par lui lancée contre les malfaiteurs qui ont rompu l’immunité du couvent des Prêcheurs de Carcassonnet. L’évêque de Tarbes obtient en 1344, au moyen d’une simple monition, le départ des gardes qui surveillaient dans l’église même de Luz trois criminels qui y étaient venus en fränchise?. En 1357, Perrin Macé ayant été arraché de Saint-Merry par Robert de Clermont, maréchal de France, et conduit au supplice, Jean de Meulant, évêque de Paris, ordonna de dépendre le corps et de l’apporter à Saint-Merry, où, par les soins d’Etienne Marcel, fut organisée une grande cérémonie ; Robert de Clermont, excommunié à la suite de cette violation, fut massacré un mois après par Marcel et l’évêque défendit de le mettre en terre sainte ; mais les religieux de Sainte- Catherine du Val des Ecoliers ne lui obéirent pas. Au début du XVIE siècle, l’évêque de Rennes excommunia les sergents qui avaient enlevé du cimetière le sacristain de la cathédrale Saint-Pierre et obtint immédiatement réparation 4.

1. Coll. Doat, t. LXIV, fo 320 ; MaAœHUL, Cartulaire et archives des communes de l’ancien diocèse et de l'arrondissement administratif de CRraSonE Paris, 1882, t. VI, p. 463.

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