‹ Le Droit d'AsileChapitre 82 sur 365 · Cf. par-exemple, p. 112, n · texte numérisé non relu

Cf. par-exemple, p. 112, n

5. Grégoire de Tours, Historia Francorum, 1X, 8 (587) : «Cum se cerneret in discrimine, Veredunensem eclesiam petiit, per Agericum prosum episcopum, qui Le reges pater ex lavacro, veniam impetrare confidens », éd, Poupardin,. p. 352.

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L'ORGANISATION ET L'APOGÉE DU DROIT D'ASILE it"

simple particulier et il commettrait une ‘usurpation, s’il intervenait dans une affaire privée : l’intercession est, de ee fait, rendue plus difficile.

D'autre part, les peines afflictives qui n’ont jamais complètement disparu deviennent plus fréquentes : la pratique de la composition obligatoire permet la formation d’un nouveau droit criminel public, encouragé par les rois barbares : en particulier pour l’homicide, la peine de mort. tend à remplacer la composition !.

Le droit de grâce est ainsi facilité?; mais il ne suffit plus à l'Eglise qui lutte contre la violence des mœurs et pour l’adoucissement de la répression. Elle exigera désormais que le réfugié ne soit pas enlevé du lieu saint par la force et que, dans tous les cas, il soit à l’abri de la mort et des mutilations ; l'Eglise ne combat pas la justice, mais veut simplement éviter les châtiments irréparables et les violences injus-— tes. À l’époque barbare, une telle idée ne peut vivre qu’en prenant un corps : le bienfait qui n’était obtenu que par l'intercession est attribué directement au refuge dans l’église ?.

Ce changement correspond parfaitement aux mœurs de l’époque. Les droits politiques individuels ont pratiquement disparu sous le gouvernement despotique des empereurs romains ; la curie est désertée par les magistrats municipaux. Les églises, dont le nombre s’est accru avec la diffusion du christianisme, deviennent le refuge de tous. La vie qui se déroule dans un cadre restreint se concentre autour d'elles : le barbare, comme le Gallo-Romain, s’y rend pour les offices, mais aussi pour les affaires ; pour se purger des accusations, c’est là qu’il amène ses cojureurs. Le peuple s’y réfugie à l’approche des pillards et y dépose ses biens en sûreté *. Malades et infirmes espèrent y recouvrer la santé; ils couchent dans l’église 5 et y passent parfois des mois entiers,

1. Fusrez de CouLANGEs, op. cit., t. ILI, p. 459 et suiv. ; DEcLAREUIL, La justice privée dans les coutumes primitives, N.R.H.D., 1889, p. 175 ; CHÉNON, op. cit., t. I, p. 267; cf. en particulier, pour les lois des Burgondes, VALAT, op. cit., p. 49-50.

2. Lex Visig., NI, 1, 6, M.G.H., Leges, t. I, p. 256; Lex Bajuw., II, 9, M.G.H., Leges, t. V, p. 302-303.

3. Ces hommes « rudes et naïfs » n'avaient guère l’idée de subordination au droit et l'Eglise devait faire impression sur eux ; €}. GRÔLL, 0p. cit., p. 136

- et suiv.

4. Grégoire de Tours, Historia Francorum, II, 12; VAL 30: 1x, 12, éd. Poupardin, p. 87, 285 et 358.

5. Grégoire de Tours, Historia Francorum, VII, 16, eod. IA SLA: cCI- MARIGNAN, op. cit., t. II, p. 194; La médecine dans l'Eglise, Paris, 1887.

6. Grégoire de Tours, Historia Francorum, V, 6,.eod. L., p.160.

surtout lorsque de nouvelles reliques y sont apportées; on s’y bat, on y danse, on y organise des banquets 2. C’est là que, pour résoudre les difficultés les plus diverses, on sollicite l’intervention des clercs.

L'intercession, qui suppose une autorité importante, est surtout le fait des évêques. La multiplication des lieux de culte, la vie locale et les inconvénients des distances ont eu leur part dans le développement du droit d’asile ; le culte des saints occupe une telle place dans la liturgie et les croyances populaires que l’on voit dans l’organisation nouvelle la mise en œuvre de l’intercession du protecteur de l’église 8.

Cette transformation, qui apparaît clairement dans les lettres de Gélase et ailleurs 4, peut s’appuyer sur des textes :

les nombreux fragments des Pères dans lesquels le recours à

l'intercession de l’évêque est rendu par l'expression ad auxilium ecclesiae confugere et surtout la loi faussement attribuée à Constantin par les Actus Sylvestri, qui semblent pouvoir être datés de la fin du Ve siècle5. L'existence et le succès de cet apocryphe symmaquien, qui accorde l’i mpunité à tous ceux qui se réfugient dans une église quelconque, s’expliquent par l'habitude, très générale au Moyen-Age, de présenter toutes les innovations sous l’autorité d’un texte ancien ou présenté comme tel.

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