SAUVAL, op. cit., t. II, p
8. Les lieux sacrés sont encombrés des objets de toutes sortes, que l’on y dépose en sûreté : cf. BEAUREPAIRE, 0p. cit., 1854, p. 163.
9. LEsnr, Histoire de la propriété ecclésiastique en France, t. I, 1910, p. 390. Le bienfaiteur d’un monastère se réserve souvent, dans la charte de donation,
sacrés reçoivent des réfugiés; mais les grands sanctuaires
francs, dont parle surtout Grégoire de Tours, doivent au
patronage des grands saints dont ils portent le nom, d’avoir
une clientèle extrêmement nombreuse : ce sont, en particulier, Saint-Martin de Tours, Saint-Denis de Paris, Saint- Aignan d’Orléans, Saint-Médard de Soissons, Saint-Marcel de Châlons, Saint-Germain d'Auxerre, Saint-Hilaire de Poitiers, Saint-Martial de Limoges, Saint-Sernin de Toulouse, etc:
Les réfugiés sans ressources vivent, souvent avec leur famille et leurs domestiques, aux dépens de l'Eglise 1; les grands y mènent large vie?, alors que la vengeance qui les poursuit attire aux églises les pires vexations ; beaucoup s’y livrent aux déprédations et à la débauche; certains y trouvent un lieu de départ avantageux pour de fructueuses expéditions dans le voisinage. Vers 559, Wilichaire, beaupère de Gontran, révolté contre Clotaire, son père, craint d’être atteint par le courroux du roi et gagne avec son épouse la basilique de Saint Martin de Tours; mais, si nous en croyons Grégoire de Tours, ils s’y livrent à de tels désordres que le feu céleste s’abat sur le sanctuaire 3,
On passe d'église en église espérant être mieux protégé : vers 580, Leudastès, comte de Tours, quitta la basilique de Saint-Pierre à Paris, où il se croyait menacé, et s’installa en maître à Saint-Hilaire de Poitiers ; Mais, comme il s’y livrait aux pires débauches et en sortait régulièrement pour piller les maisons voisines, la reine Frédégonde fut obligée de l’en faire chasser, par respect pour le lieu saint 4 L’épouse du duc Ragnovald, fuyant Desiderius, agent de Chilpéric, se réfugia, en 582, à Saint-Caprais d'Agen et à Saint-Sernin de Toulouse et, en 584, dans la basilique de la Daurade de cette même ville, où elle demeura jusqu’au retour de Ragnovald 5.
la faculté de se retirer auprès des moines en temps de guerre : Cart. du Mont Saint-Michel, Carta de Poillei, citée par BEAUREPAIRE, op. cit., 1854, p. 165.
1. Historia Francorum, VII, 22 et 26 (29) eod.L., p. 269 et 276.
2. Mérovée, fils de Chilpéric, réfugié à Saint-Martin de Tours, traite Grégoire de Tours à sa table : Historia Francorum, V, 8, eod. ED'AL65:
3. Historia Francorum, IV,13,et X,31,eod.L., p.122 et 463 ; Chron. d’Apxé- MAR de CHABANNES, I, 27, éd. Chavanon, p. 29-30.
4. Historia Francorum, V, 49 : « Egrediebatur de basilica et, inruens in domibus diversorum, praedas publice exercebat. Sed et in adulteriis saepe in ipsa sancta portico deprehensus est. Commota autem regina, quod scilicet locus Deo sacratus pollueretur, jussit eum a sancta basilica eici » ; il ne fut d’ailleurs pas arrêté et partit dans le pays de Bourges, eod. L., p. 203-204,
5. Historia Francorum, NI, 7 et VIL 10, eod.l., p. 220 et 260.
Grande est l'insécurité des cleres, fréquemment menacés par leurs hôtes puissants. Mérovée, fils de Chilpéric, croit qu'il ne jouira pas de la protection de saint Martin, s’il est écarté de la communion par saint Grégoire : ce dernier est obligé de l’y admettre, car il parle de massacrer tous les cleres !.
Le long séjour dans la basilique de Tours du chambrier Eberulf, accusé par Gontran de la mort de son frère Chilpéric, y provoque, en 584, les plus grands troubles. Il y commet les pires orgies : installé dans l’église avec ses serviteurs, il y donne des festins où coulent les vins du Latium et de Gaza ; fréquemment ivre, il frappe et blesse gravement les prêtres, qui tardent à lui donner à boire. Lorsque ceux-ci se sont retirés à la fin de la journée, ses esclaves et ses servantes envahissent l'église; ce que voyant, le clerc, chargé de la garde de la basilique, se décide, un jour, à fermer la porte unissant le sanctuaire à la sacristie, où, par crainte de Gontran, Eberulf s’est retiré. S’en apercevant, celui-ci entre dans une furieuse colère et, se précipitant dans l’église au moment de l'office du soir, il adresse à Grégoire de Tours de telles injures qu'il l’oblige à arrêter les vigiles et à s’en aller. Au même Grégoire qui lui raconte qu'il l’a défendu dans un songe contre les tentatives faites par le roi pour s'emparer de lui, il répond : « J’ai résolu que, si le roi essaye de m’enlever d'ici, je te tuerai auparavant, ainsi que tous les prêtres que je pourrai atteindre »?.
Le duc Gontran-Boson, condamné à mort, tient le même langage à Magnéricus, évêque de Trêves, en se réfugiant dans son église : « Ou bien, lui dit-il, tu réussiras à me sauver, ou bien nous périrons tous les deux »$.
On comprend, en lisant de tels récits, le souci de saint Cuthbert, qui, en mourant, témoigne sa satisfaction d’être enterré hors de son monastère, dans l'intérêt de la paix et de la solitude de ses moines : « Je crois qu’il sera plus avantageux pour vous, leur dit-il, que je repose en cet endroit, à cause du concours de fugitifs et de criminels de toutes sortes, qui pourraient venir implorer asile auprès de mon Corps... ; il vous faudrait sans cesse intercéder auprès des puissants