W. Orro, Priester und Tempel, II, p
Dans une lettre de 156, adressée à un nommé Apollonios qui semble bien être un réfugié, des policiers lui demandent de les aider à mettre la main sur d’autres malfaiteurs réfugiés : « Surveille-les et, s’ils s’enhardissent à sortir de l'asile, fais-le moi savoir ; je me trouverai là, de compagnie avec toi, et nous ferons quelque chose. Il y aura une gratification de 3 talents que tu toucheras comme pour affaire personnelle et tu nous auras fait grand plaisir » (Pap. Par., N° 42 ; cf. BoucHé-LECLERCQ, 0p. cil., t. III, p. 207).
4. Jouauer, C.R. de l’Acad. des Inscr. et Belles Lettres, 1902, p. 354; von Woess, AovAia, p. 56.
5. Les épigones sont des colons, fils de clérouques et de cathœques, descendants d'étrangers fixés peut-être dans le pays comme militaires ; on trouve ainsi des mentions de «grecs de l’épigone », de «perses de l'épigone »..… La situation des répoar tic értyovñs était certainement inférieure à celle des autochtones ; cf. BoucHÉ-LEGLERCQ, op. cit, L. IV:21907, >p; 29 et-suiv., 45 ; von Woess, Aovkia et Z.S.St., R.A., t. XLIT, 1921, p. 641-643.
aucun temple 1 : ils renoncent ainsi à la faculté d'abandonner leurs biens à leurs créanciers et de se mettre, dans un asile, à l'abri de toute contrainte corporelle ?, ce qui était une pratique courante. Le propriétaire ou le créancier acquiert ainsi, sans nul doute, une arme qui lui permet de les arracher à l’asile s’ils n’observent pas leurs promesses.
La circonscription de l’asile comprend en général l’autel, le temple et le péribole%, mais elle est souvent plus vaste, sans arriver toutefois à l’étendue du circuit que nous trouverons autour de certains temples grecs. Elle est de 25 m. environ (50 coudées) pour le temple d’Isis Sachypsis à Théadelphie, sans qu’on puisse déterminer de façon nette si cette distance se calcule à partir du temple ou du péribole 4. L’aire de protection du temple de Pnéphéros, dans la même ville, semble avoir été plus étendue encore 5.
Pour avertir les suppliants et leurs poursuivants de ces limites, elles sont indiquées par des stèles sur lesquelles est gravé le décret d’asile 6.
L’asylie, par elle-même, mais surtout si sa protection s'étend sur un vaste territoire, présente de gros avantages pour la ville où est situé le temple privilégié : les richesses s’y amassent, la population afflue : c’est une garantie de prospérité 7.
Ces concessions devinrent très rapidement, pour ce motif, une arme politique. Assez rares au IIIe et au ITe siècles, elles se multiplièrent au début du dernier siècle avant notre ère et certaines régions que les Ptolémées voulaient particulièrement s'attacher par la reconnaissance, le Fayoum en particulier, furent gratifiées de nombreux privilèges d’asylie 8.
1. Oxy. XIV, 1639 (73 ou 44 av. J.-C. ; von Woess, Die &yoyiuoc-Klausel und die nmepoat tns entyovnc, Z.S.St., R.A., t. XLII, 1921, p. 194-195.
2. Papyri de 257-256 (PSI, 562) et de 3-2 av. J.-C. (PBGU, VI, 1245); von Woess, Aovhi«, p. 23 et suiv.
3. C'était le cas des temples d’Harchentechtaï à Athribis, de Memphis et de Bousiris : Inscription de 95 av. J.-C., publiée par de Ricer, Bull. de la Soc. Archéol. d Alexandrie, N° 11, 1909, p. 332.
4. LEFEBVRE, 0p. cit., p. 40-46, et Ann. du serv. des Ant. de l'Eg., t. X, 1910, p. 162.
5. L'inscription citée p. 14 ne donne qu’une dimension : 55 mètres environ (117 coudées) ; on n’a pu identifier les limites de cet asile au nord et au sud.
6. Ce sont ces stèles qui ont été conservées : nous en possédons deux pourle temple de Pnéphéros à Théadelphie et trois pour le temple d’Isis de la même ville ; le décret qui confère l’asylie à ce dernier temple indique que ces stèles doivent être placées aux quatre angles du circuit protégé.
7. LEFEBVRE, C.R. de l’Acad. des Inscr. et Belles Lettres, 1908, p. 778.
8. La ville de Théadelphie, assez peu importante, obtint l’asylie pourpresque tous ses temples,
es cl :ù L'INTERCESSION, ORIGINE DU DROIT D'ASILE 17
Le facteur religieux n’était plus qu’un prétexte traditionnel utilisé pour la constitution de véritables asiles territoriaux. N'existant que par la concession du prince, les privilèges des temples ne survécurent pas à l'établissement de la domination romaine.
20 Les Grecs.
Comme chez les Egyptiens, et probablement encore davantage, nous trouvons chez les Grecs !, non pas un droit d’asile général, mais de nombreux temples jouissant de l’asylie.
La fatalité aveugle qui domine ce peuple n’est pas étrangère à ce fait. Le criminel, chassé de la présence des hommes, « semble n'avoir plus de maisons que les temples, ni d’autres protecteurs que les dieux »?; dans le sanctuaire où il se réfugie, ce proscrit n’a conservé que l'empreinte du malheur. Il apparaît, d’ailleurs, parfaitement naturel qu'il réclame la dette de l’hospitalité que les dieux de l’Olympe ont contractée, d'après la mythologie, lorsque, fugitifs, ils ont cherché un asile sur la terre ?.
Mais tous les temples ne jouissent pas des mêmes droits et les Grecs connaissent la distinction entre l’ixereix et. l'äcvix 4. Tandis que Caillemer 5 croit qu’anciennement tous les sanctuaires possédaient l’asylie et qu’à la suite des abus inévitables, une réglementation intervint à l’époque classique, qui ne maintint le droit d’asile que pour un petit nombre de temples, d’autres auteurs croient à une évolution inverse, qui paraît plus vraisemblable 6.
L’ixereis appartient indistinctement à tous les sanctuaires : application d’un élémentaire respect pour le lieu saint, elle peut s'imposer à tous. Il en est autrement de l’asylie, qui produit à l’égard du réfugié des effets beaucoup plus impor-
1. OsIANDER, De Asylis gentilium, Thesaurus Graecae Antiquitatis, Venise, 1735, vol. VI; FoERSTER, De Asylis Graecorum, Breslau, 1847 ; JAENISCH, De Graecorum Asylis, Goettingue, 1868 ; SCHOEMANN, Antiquités Grecques, trad. Galusky, Paris, 1884-1885 ; CAILLEMER, 0p. cit. ; BLÉTEAU, De l’asile et du droit d'expulsion en droit français, thèse, Paris, 1886, p. 171 et suiv. ; BARTH, De Graecorum Asylis, Strasbourg, 1888 ; STENGEL, Real Encyclopädie der Classischen Altertumswissenschaft de Pauly et Wissowa, 2e éd., Vo Asylon, t. I, p. 1946 et suiv. ; Chapot, La province romaine proconsulaire d'Asie,Paris, 1904, Bibliothèque de l'Ecole des Hautes Etudes, Sciences Hist. et Phil. fase. 150.