INTRODUCTION
Cette étude sur une variété de pensionnés monastiques procède du désir de rassembler une documentation aussi étendue que possible sur un sujet qui n’est pas entièrement inédit mais à propos duquel il a paru nécessaire de pousser davantage les sondages dans les dépôts d’archives et d'essayer une explication, sur divers points, plus complète que celle qui, jusqu’à présent, avait été fournie. D’autre part, il a semblé de même utile d'aborder certains aspects du problème posé et laissés dans l’ombre par ceux qui, auparavant, ont fait paraître sur cette question des travaux d’une valeur incontestable.
C’est ainsi que Dom Besse qui a repris de nos jours les traditions de l’illustre et savante congrégation de Saint-Maur, a, dans deux articles de la Revue Mabillon (1), donné une vue générale sur le « droit d’oblat » en France, envisagé surtout sous l’angle de l’histoire monastique, comme il était naturel. De leur côté, M. Robert Burnand, dans sa thèse sur l’Hôtel royal des Invalides (2), et M. Prévost, dans son esquisse sur l'assistance aux invalides de guerre avant 1670 (3), n’ont pas manqué d'apporter quelques précisions nouvelles quant aux sources ou aux références bibliographiques mais ces auteurs n’ont retenu dans les oblats que les traits qui pouvaient les faire considérer comme les ancêtres des vétérans que pensionna Louis XIV et cette préoccupation était de leur part absolument justifiée. Enfin, par un mémoire consacré à la « familia » dans les monastères de son ordre au Moyen-Age, Dom Ursmer Berlière dont on sait la docte activité, s’attacha quelque peu à l’aspect international du problème (4). Toutes ces études qui, à des titres divers, méritent hommage et gratitude, n’en demeurent pas moins fragmentaires et incomplètes ; sans parler de
(4) R. P. Dom Besss. Le Droit d’oblat ans les anciens monastères français (Revue Mabillon), 1907, pp. 1 et s., 116 et s.
(2) Robert Burnan. L'Hôtel royal des Invalides (1670-1789), Paris, 1943.
(8) Prévosr (M.). L'Assistance aux invalides de guerre avant 1670. (Revue des Questions historiques, 1914, t. XGvI).
(4) Dom M. Beruière. La familia dans les monastères bénédictins du Moyen- Age. (Mémoires de l’Académie royale de Belgique, lettres, 2° série, t. xxx), Bruxelles, 1930. 7
XII DROIT D'OBLAT quelques erreurs (5) et d’hypothèses hasardées, il est facile de constater que le problème juridique a été laissé de côté ainsi que le rôle économique ou social qu'a pu jouer cette institution. Le détail même de son fonctionnement s’est trouvé seulement esquissé et son évolution telle qu’elle a été tracée dans leurs travaux ne permet guère de dégager les enseignements que normalement elle parait comporter. + Sans vouloir apporter dans ce domaine des solutions définitives, nous nous sommes permis de penser qu’une revue d'ensemble, aussi large et approfondie que l’autoriserait la collécte des documents, valait la peine d’être tentée et quoique portant sur un sujet d'apparence assez mince, présènterait quelque intérêt. Nous n’avons nullement l'illusion d’avoir pleinement réussi dans notre tâche.
Du moins le labeur prolongé auquel elle a donné lieu n’a pas été sans noûs ménager de profondes satisfactions, au contact d’un passé toujours intéressant à revivre et au service d’une discipline pour laquelle nous avons sans cesse éprouvé un irrésistible penchant. Si l’histoire tout court a exercé sur nous une constante séduction, nous nous en voudrions de ne pas reconnaître ici tout ce que nous devons à nos maîtres : le regretté M. Larcher, professeur à la Faculté libre de Paris, qui nous fit aimer l’histoire du droit ; le vénéré professeur Emile Chénon, de la Faculté de l'Etat, qui accueillit avec tant de bienveillance nos démarches et voulut bien guider nos premiers pas en ce domaine, et le R. P. Dom Charvin, qui succéda si dignement à la direction de la Revue Mabillon, après la mort de Dom Besse, nous embaucha et nous aida de son mieux à travailler dans les chantiers de l’histoire monastique. Nous désirons enfin que tous ceux qui, à un titre quelconque nous ont si obligeamment facilité notre tâche, trouvent à cette place l'expression de notre sincère et profonde gratitude. Qu'il nous soit permis d’ajouter que notre maître M. François Olivier-Martin, membre de l’Institut et professeur à la Faculté de droit de Paris qui avait bien voulu succéder au Professeur Chénon comme président de notre jury de thèse, avait aimablement accepté de préfacer cet ouvrage : la mort ne le lui a pas permis. Que par delà la tombe il veuille bien être assuré de notre reconnaissance attristée.
(5) La thèse de M. Burnand contient nombre d'erreurs notamment quant aux dates. Quelques-unes portent sur les faits aussi. L'article de M. Prévost en comporte de même un certain contingent ; l’étude de Dom Berlière assez peu, et celle de Dom Besse presque pas. De toute façon, elles n’eussent pas été suüffisantes pour demander une nouvelle publication.