VIII ANNEXES
tenant recité tend aussi à cela. Car Dieu ordonne qu’en moisson, en vendange, et en battant les oliviers, comme on bat ici les noyers, qu'on ne soit point trop chiche pour attrapper iusques au dernier espic, iusques à la dernier grappe, et iusques à la derniere olive : mais que celuy qui a moissonné son champ, se contente, et qu'il laisse glener les povres, comme les orphelins, les vefves, les estrangers qui n’ont point de possession. Voila donc une equité que Dieu met ici : afin que nous sachions, si Dieu nous a donné des biens outre nostre usage, qu’il ne faut point que nous en soyons par trop chiches : mais que ceux qui en ont faute en soyent aucunement soulagez. Il y a la promesse adioustee pour corriger ceste defiance qui est aux hommes. Car Dieu dit, que quand on en fera ainsi, il augmentera ceux qui auront esté larges pour subvenir aux povres et disetteux. Et puis il ramentoit aux luifs qu'ils ont esté amenez en ceste terre qu’ils possedoyent, et qu'ils la tenoyent de luy : comme si un seigneur foncier disoit à ceux qui tiennent de son fief : Comment? la terre est mienne : et ie la vous ay bailiee à telle condition : c’est pour le moins que ren aye la cense et le revenu. Dieu donc se reserve comme une espece d'hommage, la glenure, et les autres choses, que les povres puissent grapper, qu'ils puissent recueillir les olives. Dieu dit que c’est son droict qui luy appartient, et qu'il le donne, et le quitte à ceux qui en ont faute ; afin qu'il ne face point mal aux riches, comme s'ils avoyent perdu quelque chose, et qu’on leur ostast de leur substance, il dit : Et tout est mien. Voila donc en somme ce qui est ici contenu. Or notons que nostre Seigneur ne veut point que les povres soyent tellement secourus, que les riches soyent despouillez de ce qu'ils ont en main. Car quelle confusion seroit-ce? Notons bien donc que Dieu laisse à chacun ce qu’il a, soit d’heritage, ou par vendition, où par quelque autre iuste tiltre. Et par cela les povres sont admonnestez de ne point piller ne ravir tout ce qu’ils rencontrent: comme il y en a beaucoup