ENQUÊTE AGRICOLE DE 1866 LXV
La suppression absolue du glanage ferait naître dessentiments d'irritation entre la classe riche el la classe pauvre, et je crois qu'il ne serait ni prudent ni sage de la part du législateur ou du gouvernement de prendre une mesure pareille, alors surtout que la classe pauvre possède aujourd'hui les droits politiques que le suffrage universel lui accorde.
Les conseils municipaux sont aujourd'hui composés en général des propriélaires les plus riches, qui ont tous un grand intérêt à réprimer les abus. Il y a pourtant des choses qu'il faut tolérer. Jusqu'à présent le glanage n'a pas empêché, que je sache, les fortunes importantes de se maintenir. En supprimant le glanage d'une manière absolue, on froisserait singulièrement une partie de la population quitient à un usage déjà exercé par les générations précédentes. Il est toujours très grave, je le répète, de toucher à des usages aussi anciens que celui-là.
M. Suin. Je voudrais répondre à une observation de M. de Béhague.
M. de Béhague disait tout à l'heure que le glanage est nuisible dans les pays où l’on bat le blé sur place, aujourd'hui surtout que, l'emploides locomobiles qu'on transporte d’un champ à un autre tendant à se répandre, on laisse les moyettes sur place.
Je suis dans un département où l'usage des moyettes existe depuis longtempset où l'on bat beaucoup sur place; les locomobiles sont méme transportées de village en village et louées à raison d'une somme de tant par hectolitre battu. Eh bien, je ne crois pas que la raison qu'invoque M. de Béhague soit une raison puissante; voici pourquoi: c'est que le glanage ne doit s'exercer qu'après l'enlèvement complet de la récolte, de sorte qu’il suffit qu'il reste sur terre quelques moyettes pour que le glanage ne s'exerce pas. Ainsi il n'y aurait donc pas encore là un obstacle à l'exercice non pas du droit, mais de l'usage du glanage.
Je sais que cet usage s'exerce partout, et qu'il existe de temps immémorial. Il y a peut-être quelque danger à le supprimer dans un temps de suffrage universel, et il ne faut pas se faire illusion sur ce point, à savoir que la classe pauvre est un peu dominante désormais dans les élections. Si un maire ou un