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loin si une grève ne pourrait pas avoir légitimement d’autres buts (1). É
Mais, plaçons-nous en présence de grèves ayant pour cause une modification de salaires. Et demandons-nous si vraiment ces grèves sont inutiles, comme le prétend M. Bouloc.
Ce n’est pas ici le lieu de rechercher les effets économiques des grèves sur le taux des salaires. La question est très complexe et les statistiques des résultats des grèves, qui seules permettraient de la solutionner, sont loin de fournir exactement tous les éléments de la discussion (2). La plupart des économistes estiment cependant que la grève peut contribuer à élever les salaires (3). Toutefois, 1l ne faut pas exagérer les effets de la grève. Celle-ci ne pourra, semble-t-il, aboutir à une amélioration de la rémunération de la classe ouvrière que si l’état de l’industrie permet au patron de consentir à une augmentation, sans travaïller à perte. Car, dans cette dernière hypothèse, il est bien évident que le patron préférerait fermer son établissement. En d’autres termes, la grève n’a pas pour vertu de modifier les conditions économiques influant sur la variation des salaires, elle est simplement la cause qui déclanche l'élévation du taux des salaires, quand celle-ci est devenue possible par suite d’une transformation des conditions économiques (4).
Mais cela suffit pour décider que la grève est efficace et par suite légitime ; car, le patron, poussé par son intérêt personnel, aura tendance à profiter de sa force économique pour garder un bénéfice exagéré et priver les ouvriers de la rémunération à laquelle ils ont droit en justice.
Mais, ajoute-t-on, en admettant même que les grèves soient utiles, elles ne sont pas nécessaires. La coalition, sans la grève, suffirait à l’ouvrier pour lui permettre d'obtenir satisfaction.
C’est encore M. Bouloc qui formule cette objection. « La
{4) Voir infra, ch. III, sect. I, 8 2.
(2) Voir notamment sur cette question Picquenard, Les bilans financiers des grèves et leur influence sur les salaires, dans le Droit de grève, op. cit., pp. 161 ss. et Rev. d'Economie politique, mai 1908, pp. 356 Sss.
(*) En ce sens, Cauwès, 0p. cil., p. 135 ; Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, p. 398 ; Gide, Economie sociale, pp. 119 ss. et Cours d'Economie politique, pp. 723-724.
(:) Villey, op. cit., p. 442 ; Levasseur, Salariat et saiatres, p. 297.