‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 2)Chapitre 15 sur 87 · XXTI ESSAI BIOGRAPHIQUE £T HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXTI ESSAI BIOGRAPHIQUE £T HISTORIQUE

Traduit devant un tribunal incompétent, jugé par se ennemis personnels qu'il tenta vainement de récuser faiblement protégé par la timide intercession de Tarn bassadeur français, Barheveld fut envoyé à Téchafaud Il se défendit en bomme libre et mourut en martyr Avant de livrer sa tête aux bourreaux, il dit au peupb assemblé : « Je meurs pour avoir défendu la liberté e les droits de la patrie 1 )>

Les mêmes commissaires instruisirent le procès d'Hoo gerbertz et de Grotius. L'un et l'autre furent mis au se* cret et traités avec la plus grande rigueur. On espérait, en lassant leur constance, les contraindre à s'avouer coupables : c'était à ce prix qu'on mettait l'indulgence qu'on leur permettait d'attendre. Mais les deux prisonniers dédaignèrent une grâce qu'il fallait acheter au prix de l'honneur.

Le crime de Grotius était d'avoir secondé Barneveld dans les actes qui avaient conduit ce martyr politique! la mort; d'avoir été député des États auprès du s^iud d'Amsterdam, pour détacher cette ville du parti dei Contre-RemontrantSy ou partisans de Gomar; enfin d'** d'avoir engagé la ville d'Utrecht à se défendre contre b prince d'Orange. Dès son premier interrogatoire, il dé clina la compétence des commissaires choisis pour h juger, réclama ses juges naturels, et, repoussé dans toutfli ses réclamations, protesta contre la violence qui lui était faite. La fermeté de sa défense irrita ses persécOf teurs : après ce premier interrogatoire, le papier et l'eii' cre lui furent retirés. On continua de l'interroger, 61 choisissant de préférence les moments où sa force étail abattue par la maladie, et en lui refusant même la leci ture de ses interrogatoires. Grotius demanda la faculti d'écrire sa défense ; on lui donna cinq heures de temfi

SUR aROTTUS ET SON TEMPS. XXVII

et une feuille de papier. Enfin le 18 mai 1619, cinq jours après le supplice de Barneveld, Grotius fut condamné à une prison perpétuelle, et ses biens furent confisqués. On lui donna pour prison la forteresse de Louvestein. Il fut incarcéré le 6 juin 1619. On lui assigna vingtrquatre sous par jour pour sa nourriture. Mais sa femme eut la noble fierté de rejeter cet indigne secours, et déclara à ses oppresseurs qu'elle avait assez de bien pour nourrir son mari.

Ici commence la partie anecdotique de la captivité de Grotius.

L'ami de Barneveld fut d'abord rigoureusement traité. « Son père demanda vainement à le voir; on le permit à sa femme, mais en la prévenant que si elle sortait une fois, elle ne devait plus espérer de rentrer. Cette condition n'effraya point son courage; elle vint s'enfermer avec son époux. Peu après, comme il arrive presque toujours, ces rigueurs se relâchèrent : elle obtint de sortir deux fois par semaine, avec la permission du gouverneur. Le prisonnier eut la faculté de faire venir des livres; l'étude consola sa disgrâce : il s'occupa du droit et de la morale, traduisit les Maximes des poètes^ de Stobée, composa en vers hollandais un traité de la Vérité de la religion chrétienne^ et commença plusieurs autres ouvrages.

» Dix-huit mois s'étaient écoulés ainsi. Dans cet intervalle, la femme de Grotius avait épié, sans pouvoir la saisir, l'occasion de rendre son mari à la liberté* Cette occasion parut enfin s'offrir. Les livres que Grotius renvoyait à ses amis, le linge qu'il envoyait blanchir à Gorcmn {\ille voisine de Louvestein), étaient déposés dans nu coffre qui voyageait alternativement de la forteresse ih ville, et de la ville à la forteresse. Pendant la pre-

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mière année, la {^ardc de senice visita soigneusemot ce coffre. Insensiblement, accoutumés à n'y voirqoeàl linge et des livres, les gardiens devinrent plus coafianlL Les visites furent d'abord moins sévères; elles cessèrent bientôt tout à fait. Ce relikcliement ne put longtempi échapper à Tœil observateur d'une épouse attenthn. Elle conçut la possibilité d'une évasion ; elle en fit put à son mari. L'entreprise n'était pas sans difficulté. O n'était pas assez de détourner les soupçons du gouve^ neur et de la garnison tout entière, dans une tentative où la défiance, la curiosité, le simple caprice d'un seul homme, suffisaient pour tout perdre. D'autres dangers se présentaient encore. Le coffre n*avait que trois pieds el demi de longueur : il fallait s'y placer dans la posture la plus contrainte, y demeurer pendant tout le trajet de Louvestcin à Gorcum, au risque d'étouffer pendant li route. Arrivé à Gorcum, il fallait que ce coffre fût ouvert par des mains amies et complices de l'évasion; il était donc indispensable de confier à des tiers le secret de l'entreprise. L'amour de la liberté brava tous ces périls. Deux serviteurs fidèles furent mis dans la confidence; des trous furent pratiqués aux parois du coffre, pour que l'air pût s'y renouveler. Le prisonnier s'assura, par des épreuves réitérées, de la possibilité d'y rester enfermé pendant le temps nécessaire au trajet. Quand tout fut disposé, on attendit le moment favorable.

« A quelque temps de là, le gouverneur fut obligé de s'absenter. Aussitôt la femme de Grotius fait courir le bruit que son mari est malade. Quand ce bruit est suffisamment répandu, elle va visiter l'épouse du gouverneur, et dans le cours de la conversation, lui parle du désir qu'elle a de renvoyer à Gorcum un cofiQre plein de livres; elle ajoute que Grolius esl à&\ï& xoi V/^\ é.tQLt de

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