‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 2)Chapitre 25 sur 87 · TLVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

TLVI ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE

Grotius fut également distingué comme savant et comme homme pratique. Il tut en même temps avocat éloquent, savant jurisconsulte, historien célèbre, homme d'État dévoué à sa patrie, et théologien versé dans tontes les parties de cette science, a Dans un siècle particulièrement en proie à de violentes discussions sur les matières religieuses, dit Wheaton, il sut se tenir au-dessus de toute exagération, et quoique activement engagé dans

par la paix de Munster, le fit son résident auprès des Étals-Généraix, Nommé Pensionnaire de la ville d'Amsterdam en 1660, il exerça honorablement cet emploi pendant sept ans. En 1668, il fut envoyé eonuM ambassadeur auprès des couronnes du Nord. Après avoir rempli la postes les plus importants, il mourut dans une maison de campagne pièi d'Amsterdam, sur la fin du xvii* siècle. On doit à ses soins rédition des OEuvres théologiques de son père, en 3 volumes in-folio, 1679, dédiée à Charles II, roi d'Angleterre. La carrière de Dideric n'oCTrit rien de remarquable. Comélie avait épousé le vicomte de Mombas, appartenait à Tune des plus illustres familles françaises, et qui, après avoir i^ailltinment servi dajis les arnnées de son pays, alla s'établir en Hollande, parce que sa femme ne pouvait supporter le climat de la France. On présente par erreur, dans quelques biographies, Corneille comme le nevea de Grotius, et on en fait un fils aîné de Guillaume Grotius, frère puiné de Hugues. Ce Guillaume naquit à La Haye en 1597, et mourut en 1662. l\ suivit avec distinction la carrière du barreau. Il refusa, en 1638, U place de Conseiller Pensionnaire de la ville de Delft : en quoi il fut approuvé par son frère, « attendu, disait ce dernier, le malheur des tempe où nous vivons, et où il est difficile de concilier Thonneur et le devoir. » L'année suivante il fut nommé avocat de la Compagnie des Indes. Guillaume Grotins fut le principal correspondant de son frère. l\ a écrit, entre autres ouvrages, les vies de quelques jurisconsultes, et un manuel des principes du droit naturel, m-^". — Sur les faits relatifs à la vie de Hugo Grotius, et à sa famille, on peut con<^ulter, indépendamment de la biographie qui se trouve à la tête de l'édition de Cocceius : BoRiG?iT, Vie de M, Bug. Grotius, Paris, 1752, 2 vol. in-12 ; W., de Brandt et Catterabourg. Dordrecht, 1727 et 1732, 2 vol. in-folio. ; ScHROsaH, Biographie des savants célèbres, t. II, p. 257 et suiv. ;Lddex, Grotius, d'après sa vie et ses écrits, Berlin, 1807, in-8« ; Bîjtlér Life of Grot, Londres, 1827; Jérôme de Vrics, Hug. de Groot, et Maria dé Beiges- ^^f., Amsterdam, W7

SUR &ROnUS ET SON TEMPS. XLYH

les discussions entre les Arminiens et les Gomaristes, sa tolérance lui fit ménager toutes les opinions, catholiques et protestantes : tolérance rare en ces temps de persécution * ! » Jurisconsulte, il composa une Introduction à la jurisprudence hollandaise, et illustra plusieurs endroits du droit romain, qu'il savait profondément, dans sa Ftorum spartio ad jus Justinianeum, Historien, il rédigea les Annales de son pays, qui ne furent imprimées qu'après sa mort. Théologien, il écrivit un Traité de la vérité de la religion chrétienne, et un Commentaire sur le Nouveau Testament, qui furent considérés, par son Église, comme à la fois profonds et méthodiques. Grotius, enfin, a fourni un ample contingent à la philologie ancienne. Il traduisit en latin les Phéniciennes d'Euripide. Ses éditions d'Aratus, de Stobée, des fragments des drames grecs perdus, de Lucain et de Tacite, ne furent qu'une partie de celles qu'il publia. Son goût et son amour de la poésie, non moins que sa vaste érudition, Font fait distinguer dans l'art d'illustrer un écrivain à l'aide de passages parallèles ou ressemblants, tirés d'autres écrivains , souvent fort éloignés. Si dans la critique proprement dite il n'a pas montré une connaissance tout à fait aussi profonde du grec que du latin, il a du moins prouvé que la littérature de la Grèce antique lui était complètement familière. Sa latinité est belle, et certes, à son époque, ce n'était point un médiocre mérite.

Les hommes qui aspiraient à une réputation de goût et d'éloquence, s'étaient attachés à bien écrire le latin, la seule langue, en deçà des Alpes et des Pyrénées, qui fût considérée comme susceptible de choix et de poli dans l'expression. Mais quand le français fut plus cul-

* Histoire des prc^êf du ÛTûtt des ffens, t. I, p. 54.

ILYIII ESSAI BIOGRAPHIOin ET HUrTOUQUE

tivé et eut une critique à lui, il devint en France linstrument naturel des bons écrivains, et le latin fut abandonné aux érudits proprement dits, qui en négligèrent les beautés.

En Angleterre, le latin n'avait jamais été beaucoup cultivé sous le rapport du style; et quoique Templdde la langue nationale ne fût fort commun ni en iUlemtgne, ni dans les Pays-Bas, le latin ordinai^ de la littérature y était toujours négligé, et souvent barbare. Eq Italie même, le nombre des écrivains en cette langue était alors très-restreint.

Grotius parait avoir visé, avec plus de discernement que quelques autres, à imiter la brièveté nerveuse de Tacite. Quoiqu'il ne soit pas toujours exempt d'une certaine dureté, qu'il ne soit pas assez coulant, et qu'il soit par conséquent inférieur en élégance à plusieurs écrivains du XVI* siècle, on peut néanmoins considérer ses écrits comme un monument de style vigoureux et expressif *.

Voici les principaux ouvrages de Grotius :

Recueil de poésies. La Haye, 1601.

Mare liberum, seu de jure quod Batavis competit ad Indica com-

mercia. 1609.

De Antiquitate reipublica) batavicae. 1610. De Veritate religionis christianae.

Ordiuum Hollandiae et WestfrisiaB Decretum pro pace ecclesiarum,

munitum S. Scripturae, Conciliorum, Patrum, confessionum et

theologorum testimoniis.

De Imperio summarum potestatum circa sacra. Defensio fidei catholic», de Satisfactione Christi^ adversùs Faus-

tum Socinum Senensem.

Gonciliatio dissidentium de re praedestinatoriâ atque gratiâ opinio-

num.

* Hallam, Histoire de la littérature de l'Europe, t. HI, p. 14 et 15.

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