LIT ESSA.I BIOGRAPHIQUE ET HISTOBIQUE
cha les conditions, il effaça les différences désavouées par la nature. L'état des personnes, Tesclavage, le mariage, les secondes noces, le divorce, les degrés de parenté, le concubinat, lespuissances paternelle et maritale, tout fut changé, et une modification correspondante s'opéra dans l'ordre des choses : la succession et le droit de propriété reçurent de notables réformes. L'influence du christianisme sur les législations du Moyen Age ne fut pas moins considérable. Partout il substitua des maximes plus élevées et des formes plus douces aux lois et aux coutumes barbares ^ Les Pères de l'Église commencèrent à formuler une nouvelle théorie du droit opposée à la doctrine de l'antiquité; mais chez eux la notion du droit était encore plus ou moins confondue avec la religion et la morale. C'est au commencement du xiv* siècle qu'apparaissent, dans le domaine de la jurisprudence, les premiers ouvrages dans lesquels Marsilius de Padoue, Gkûllaume d'Occam, Léopold de Bebenburg, revendiquent les droits du pouvoir séculier contre les prétentions de la papauté, et soutiennent que l'empire romain n'a pas été transféré aux rois francs par le pape, mais par le consentement du peuple *.
La Réforme religieuse ouvrit au Droit naturel une ère nouvelle, En reprenant l'élément personnel et subjectif de la conscience par la consécration du libre examen, en favorisant les recherches sur les origines historiques et philosophiques de toutes les institutions, cette glorieuse émancipation de la pensée donna naissance à un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels les questions de droit
* Voir les profondes et célèbres Leçons de M. Guizot sur la civilisa^ tion en Europe, et la civilisation en France,
3 Voir Ahrens, Cours de Droit naturel, v* édit., 1860, p. 544 et suiv.
SUR GROnUS ET SON TEMPS* Lin
et de politique forent examinées avec un esprit plus ou moins critique. Mais les précurseurs de Grotius considérèrent longtemps encore l'Écriture comme la source unique du droit, n'accordant à la raison que la simple faculté d'interpréter. Avant Grotius, les écrivains de la Réforme n'avaient point encore distingué avec précision, parmi les devoirs de l'homme, ceux dont l'accomplissement ne relève que de sa conscience, et ceux à Texécution desquels il peut et doit être extérieurement contraint. Les auteurs de cette époque antérieure au livre de la Guerre et de la Paix, concevaient, il est vrai, le droit naturel conune une science spéciale, mais ils rattachaient cette science aux dogmes et aux préceptes de la religion chrétienne. Ils faisaient découler le droit naturel de la nature humaine; mais comme cette nature a été pervertie par le péché originel, et que la raison a été obscurcie et affaiblie, ils pensaient que le droit naturel a besoin de l'appui de la théologie, et que la raison doit être éclairée et fortifiée par la révélation K
Une place importante appartient dans ce mouvement d'idées à la scolastique.
Le livre de Suarez peut servir d'exemple typique de ce genre de théologie, de métaphysique, de morale, de jurisprudence, qui remplit les in-folios des xvi® et xvii» siècles, surtout ceux qui appartiennent à l'Église de Rome, et auquel on peut donner en général le nom de méthode scolastique^. Deux caractères remarquables
* ÂHRENSf LCbr, cit., p. 151,
3 Suarez, suivant Hallam, « l'homme le plus éminent dans la science de la philosophie morale, que l'ordre de Loyola ait produit dans ce siècle » (Libr, ùiUU,, t. III, p. 237), fut le précurseur de Grotius et de Puffendorf. Il naquit en 1548, et mourut en 1617. Il exploita la plus grande partie du terrain qui fut plus tard occupé par les deux publicistes que nou&NenoTA de citer. Son lirre, intitulé: vTractatuide ligikut OC Deo legitlotore,