‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 2)Chapitre 27 sur 87 · L ESSAI BIOGRAPHIOUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

L ESSAI BIOGRAPHIOUE ET HISTORIQUE

la propriété. Plus tard, dans son ouvrage De jure betti H pacis, il devait s'appliquer à prouver la vérité de ce principe d'une manière générale, et sans aucune vue particulière et restreinte. On sait que le traité de Grotius sur la Liberté des mers^ fut combattu par Selden dans un ou* vrage intitulé : Mare Clausum, publié en 1635. Le but de cet auteur avait été de justifier la prétention élevée par l'Angleterre sur la souveraineté exclusive des mers qu'on appelait si orgueilleusement les mers britanniques. Lb publiciste anglais s'efforça de prouver, dans cet ouvrage, que la mer est susceptible d'être possédée à titre de propriété par une nation '. Le livre de Selden fit tant de plaisir au roi d'Angleterre, dont il flattait l'amour-propre, en caressant la chimère de la nation anglaise, qa'il en ordonna le dépôt en trois exemplaires : l'un dans les archives de la Tour de Londres, un second dans celles de l'Échiquier et le troisième dans celles de l'Amirauté'.

La Hollande récompensa son avocat par l'exil.

Mais l'ouvrage le plus remarquable de Grotius, celui auquel Grotius lui-même assignait le premier rang parmi ses écrits, ce fut l'immortel traité De la Guerre et delà Paix '.

Pour apprécier à sa juste valeur l'importance du livre de Grotius, il faut remonter par la pensée aux temps

* Voir, Hautefeuille, Des Droits et des devoirs des nations neutres,,,, 'l* édit.,Guillaumin, 1858, 1. 1, p. 46 et suiv. ; Histoire des origines du Droit maritime,,,, édit. Guillaumin, 1858, p. 268; Caucbt, le Droit maritime international^ édit. 1862, t. II, p. 92 et suiv.

3 Massé, le Droit commercial, dans ses rapports arec le Droit des gens, etc., édit. Guillauoiin, 1861, t. I, p. 87.

' Il s'exprime ainsi dans une lettre à son frère, du 31 décembre 1628, en lui envoyant l'exemplaire augmenté, sur lequel devait se faire la nouvelle édition : « Mitto libros de Jure helli ac pacis, cum non exiguà accessione. Horum curam tibiet amicis eommendo, utinter mea opera^ si quid rectèjudico, eminenti%im, n Âppend, tpist. 196.

SUR 0ROTinS ET SON TEMPS. LI

qui avaient précédé l'œuvre de cet illustre précurseur.

L'antiquité païenne n'avait pas séparé le droit naturel de la morale. Il ne pouvait être question de droit naturel là où régnait le panthéisme, qui, confondant Dieu et la création, l'homme et la société, faisait de l'univers un engrenage de puissances maîtresses les unes des autres, et empêchait l'humanité d^avoir la conscience de ses droits. Certes, dans la Grèce antique, le citoyen s'éleyait jusqu'au sentiment de sa liberté; mais cette liberté, au lieu d'être conçue comme un droit inné et inviolable de l'homme, était acceptée comme un don octroyé par l'État qui eût pu absorber la liberté, comme il absorbait la personnalité du citoyen. Pythagore, Platon, Àristote, n'approuvaient-ils pas d'ailleurs l'institution de l'esclavage, la promiscuité des femmes et autres attentats contre le droit naturel? Sénèque et Cicéron ont écrit à Rome d'admirables pages sur la loi naturelle ; mais les sévères théories du Portique ne pouvaient s'entendre que de la morale. C'était du cri de la conscience que parlait Cicéron dans sa magnifique amplification du livre III de la République; c'était dans le même sens que les jurisconsultes romains invoquaient la raison naturelle et l'équité^.

Les changements introduits par le christianisme dans le droit public et dans la législation civile des peuples furent profonds ^. Par l'esprit d'égalité qui l'animait à son origine, il tendit à égaliser les hommes dans l'ordre moral et social comme dans l'ordre religieux. Il rappro-

< Voir EscHBACH, InlrodticHon générale à l'étude du Droit, 3* édit., 1856, p. 20.

3 Voir notamment le remarquable ouvrage de M. Troploxg, De Vinflueneedu christianisme sur le Droit romain, et l'ouvrage de M. Schmidt, iniilulé : Essai historique sur la société civile dans le fn(ynde rotnaxn, et sur sa transformation par le c/iristianisme, (StrasboWT^, \^^'i,^

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