LXIV ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE
seulement avant réditioii de Barbeyrac, a été l'œuvre de plusieurs traducteurs, et paraît ne pas avoir joui d'une grande réputation, à l'époque même où elle a été donnée au public ^
La première traduction allemande a été publiée en 1707; elle a été faite par M. Schutz, autrement nommé P. B. Sinoldus, conseiller des comtes de Reussen, et directeur des fiefs. Thomasius y joignit une grande et curieuse^réface, contenant l'histoire du droit naturel jusqu'à Grotius'.
La bibliographie raisonnée du droit des gens, publiée à la suite du Précis de Martens, si savamment annoté par M. Ch. Vergé ', rappelle que d'Ompteda, dans sa littérature du droit des gens, cite 45 éditions jusqu'à 1758. Les meilleures sont : Cum notis J.-F, Gronovii, AmS" tel, 1700, 1701, 1702 et 1712, in-8«; Cum notU Gronovii etJo, Barbeyracii, AmsteL , 1719, 1720; 2' édit., Amstd.,
* Histoire critique de la République des Lettres, t. VIII, p. 393, 394. — Il a été publié en 1853, en Angleterre, une édition de Grotioi dont voici le titre : Hugonis Grotii, De Jure BeUi et Pacis, lihri très, accompagnied by an abriged translation by William V^hewell D. D., master of trinity collège, and professor of moral philosophy in the uniyersity of Cambridge; with the notes of the author, Barbeync and others. Cambridge^ 1853 (John W. Parker).
Cette édition est en trois volumes. Le texte latin de Grotîas forme le corps de l'ouvrage; puis viennent les notes de Grotius, et quelqMi notes des commentateurs ; enfîn la traduction anglaise, qui n'est, di reste, qu'une abréviation^ qu'un sommaire du texte de Grotius, et nos une traduction. Le premier volume contient une préface de l'éditeur; la dédicace de Grotius à Louis XIII; les deux préfaces de Barbeyrae, dt 1720 et 1735; les prolégomènes de Grotius; le livre I*'et le livre II jusqu'au chap. viii inclusivement. Le second volume comprend les chapitres IX à xxvi inclusivement du second livre; et le troisième voïume, tout le livre III.
3 Thomasius a reproduit et continué, depuis, cette histoire du droit nitureJ, dans sa : Paûlô plenior Historia Juris naturalis,
» Êdit. Guillaumin (2* édil.), t. U, p.^^1.
SUK GROTIUS ET SON TEMPS. LZV
3« édit. LipsÙB, 1753, 2 vol. in-8«; nouvelle édition demann, Utrecht^ 1772, in-S®; avec commentaire, Van derMeulen, UUraj., 1796, 1700, et Amstel, \ vol. in-fol. ; avec commentaire, de H. GocceiuSi 3 vol. in-4®. La traduction française de Jean Bar- , 1724 et 1729, Baie, 1746 et 1750; 4« édit., Àmst., n-4»; 5» édit., 1759, in-4»; 6*» édit., BrfZe, 1768, en La traduction française de M. de Gourtin a été ir une dernière édition de 1667, conférée avec une i de 1631. Antoine de Gourtin avait été envoyé rdinaire de Charles-Gustave, roi de Suède, auprès is XIY ; puis, résident général de la cour de France 3 princes et États du Nord. Il mourut à Paris, en Jn imprima peu de temps après sa mort sa tra- 1 en 2 volumes in-4^. Cette traduction fut aussitôt imée à La Haye, en 3 volumes in-12, en 1688, et, veau, en 1703. On cite une autre traduction franpar A.-J. Dugour, publiée à Paris en 1792, 2 voU
rand nombre de ces éditions atteste la popularité érable qui s'est attachée à Tœuvre de Grotius. iiblication de ce traité, dit Hallam, fit époque dans re philosophique, on pourrait presque dire dans re politique de l'Europe. Ceux qui cherchaient un K)ur leur propre conscience ou pour celle d'aumx qui dispensaient la justice, ceux qui en appelU sentiment public du droit dans les rapports des 5 entre eux, eurent recours à ces copieuses pages trouver la règle de leur conduite ou la justificaleurs actes. Trente ou quarante ans après sa pu- ►n, l'ouvrage de Grotius était généralement reçu ; autorité par les professeurs des universités conles, et regardé comme nécessaire à l'étude du dîoVl
LXVI ESSAI BIOr.RAPIllQVE ET HISTORIOtJE
civil, du moins dans les États protestants de l'1B!al''^^'\|||| Angleterre, la différence des lois et quelques .^' causes retardèrent l'influence de Grotius, qui, en ^ ^ wtive, y fut bien moins générale. Il n'en jouit pas ^-ifAmt d'une haute considération comme le fondateur du ^^ v moderne des nations, science qui se distingue de ^^v! qui portait autrefois ce même nom, par ses rapportsf'^ intimes avec le droit naturel ^ »
L'ou\Tage de Grotius a cependant été l'objet de mftP^ breuses critiques. Il a particulièrement été attaqué p^ Dugald Stewart, dans sa première dissertation surl^ Progrès de la Philosophie.
Hallam a résume les objections de ce philosophe.
Dugald Stewart mentionne le but attribué à Grotins, d'avoir voulu donner, sous le titre de Jure BeUi ac Par ciSy un système complet de droit naturel, et il répond' que, suivant Condillac; Grotius aurait choisi ce titre o/in d'exciter une curiosité plus générale.
Hallam combat avec justice cette insinuation, a Grotius, dit-il, choisit ce titre parce qu'il exprimait mieux qu'aucun autre cet objet : la recherche des lois qui lient les communautés indépendantes dans leurs rapports mutuels de guerre ou de paix. Mais comme il n'était pas possible de poser des principes solides de droit intemar tional, avant d'avoir clairement établi les idées de droit, de souveraineté, de domination sur les choses et les personnes, de guerre même, il devint indispensable de s'asseoir sur une base plus large que n'ont cru devoir le faire des écrivains modernes sur le droit des gens, qui ont trouvé ce travail préparatoire tout fait *• Toute
« Histoire de la Littérature de VEurrpe, t, HI, p. 279, 280. 3 Barbeyrac explique autrement le titre que Grotius donna à son traité. Suîyaotlu'i, Grotius avait remarqué (vw*wtv At?^ \>VQAt«aw&«^ tlfeu de l'i»
. SUR GROTTUS ET SON TEMPS. LZVII
philosophie éthique, même dans ces parties qui ont un rapport intime avec la jurisprudence et le droit international, était du temps de Grotius un chaos d'idées incohérentes et arbitraires, tirées de différentes sources, des écoles de l'antiquité, de l'Écriture, des Pères, des canons, des théologiens casuistes, des rabbins, des juristes, ainsi que des coutumes et opinions de tous les peuplés civilisés, passés et présents, des Juifs, des Grecs et des Romains, des républiques commerçantes, des royaumes chevaleresques de l'Europe moderne. Si Grotius ne s'est pas toujours reconnu dans ce dédale, au travers duquel il se fraie péniblement un chemin à la lueur de la raison et dé la révélation, il a du moins déblayé une partie du terrain, et plus souvent encore mis les autres dans la bonne voie, lorsque lui-même n'a pas pu la suivre. Gondillac, suivant la citation de Stewart, aurait eu l'initiative de l'accusation reproduite par Paley contre Grotius, d'avoir cherché à appuyer ses conclusions sur l'autorité d'autnii, et entassé une masse de citations pour prouver
gnoranee du droit de la nature et des gens, était la licence prodigieuse de la guerre. Il voulait qne son livre fût lu surtout de ceux qui pouvaient efRcacement y porter quelque remède. Il savait, d'ailleurs, que rien n'est plus propre à introduire le goût d'une science, que Texemple des grands qui resliment ou la cultivent eux-mêmes. Pour les engager à lire son livre, il choisit un sujet particulier, qui ne pouvait que réveiller leur attention. Le Droit de la Guerre et de la Paix lui sembla un titre suffisamment c éclatant » pour frapper l'attention des personnes de tout ordre. Usant donc d'un innocent artifice, Grotius parut, par l'intitulé de son livre, se borner à ce qui regarde les ailiiires de la guerre et de la paix dont elle est suivie ; mais cependant il y fit entrer des principes généraux pour toutes les autres matières du droit naturel, du droit des gens et du droit public universel. Ainsi, ce qui était le principal dans l'intention de Tauteur, devint comme l'accessoire, mais un accessoire qui fournissait des matériaux pour bâtir un édifice plus régulier. Il est difficile de sê rallier à cette explication. La supercherie dont p^T\e B^tbeyrac eût été innoceate; niais eût-elle été digne du caractère àe GtoI\\x%'\