‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 2)Chapitre 39 sur 87 · LZX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

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dentés allures éviter tout soupçon de conformité avec les maximes séditieuses du jésuite Mariana, dont le livre venait d'être condamné à Paris. Partisan respectueux du pouvoir, Grotius est éloigné cependant de partager les théories absolutistes de Machiavel et de Hobbes. a J'ai vu le Traité du Citoyen, écrivait-il à son frère, le 11 avril 1643. Cependant je ne puis approuver les fondements sur lesquels l'auteur établit ses opinions. Il croit que tous les hommes sont naturellement en état de guerre, et il établit quelques autres choses qui ne s'accordent point avec mes principes '.... »

J.-J. Rousseau^ a reproché à Grotius d'avoir confondu le fait avec le droit, et les devoirs des nations avec leur pratique. Hallam repousse timidement cette insinuation, a Scrupuleux, dit-il, comme casuiste, jusqu'à un excès qui se concilie à peine avec le bien-être et la sécurité des honnêtes gens, Grotius fut le premier qui fit entendre aux princes les préceptes d'une religieuse innocence. Il est vrai qu'en reconnaissant la légitimité de l'esclavage, et en poussant trop loin les principes d'obéissance au gouvernement, il paraîtra peut-être avoir enlevé aux hommes quelques-unes de leurs garanties contre l'injustice ; mais il y a infiniment loin de là à une sanction de cette même injustice. Un respect implicite pour ce qu'il considérait comme la vérité divine, était le premier axiome de la philosophie de Grotius. SU se trompa quelquefois dans l'application de ce principe, son erreur tenait aux idées de son temps; mais ceux qui rejettent entièrement l'autorité, manquent d'un lien commun au moyen duquel ils puissent rattacher ses

* Append. Epist., 648.

^ CofOratsocM.

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spéculations de philosophie morale avec les leurs '. » D'autres objections moins sérieuses ont été dirigées contre Grotius. On a blâmé l'ordonnance de son ouvrage, comme peu scientifique '. Il est certain que la loi de nature aurait pu être assise sur sa base, avant de passer outre à toute discussion de ses rapports avec des communautés indépendantes. Il en serait résulté un notable changement dans l'objet principal que Grotius avait en vue; et son traité, sous le rapport de la méthode, se serait rapproché beaucoup de celui de Pufiendorf . « Mais Grotius admettant, comme il le faisait, l'autorité reconnue par ceux pour qui il écrivait, — celle des Ecritures, — il était moins porté à insister sur les preuves que fournit la raison à l'appui de la loi naturelle, quoique pleinement convaincu de sa validité, même sans avoir recours à l'Être suprême '. »

On a refusé à Grotius cette sagacité subtile et pénétrante, nécessaire aux investigations métaphysiques. « M. Grotius, écrivait Leibnitz à Thomas Burnet, était d'un très-grand savoir et d'un esprit solide ; mais il n'était pas assez philosophe pour raisonner avec toute l'exactitude nécessaire sur des matières subtiles, dont il ne laissait pas d'écrire ^. d Mais Leibnitz n'a point aperçu que le mérite de Grotius a été surtout d'avoir porté dans les matières politiques et positives une raison indépendante et droite, et d'avoir résolu la question du droit naturel sans le secours de la théologie, en se servant — ce qu'on

* Hallam, Libr. eitat., t. III, p. 323.

' Mackintosh. Voir ma traduction du discours de ce publiciste anglais, sur ['Étude du droit de la nature et des genSt à la suite de mon édition de Vattel, Droit des gens (édit. Guillaumin, 1863), t. III, p. 343.

s Hallam, lÀhr. citât., t. III, p. 324. ^* OEwore* de leibniijg, édit. Dutens, i. V/, V partie, p. ^TV.

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n'avait pas fait jusqu'à lui encore — des seules lumières de l'esprit individuel.

On a dit enfin que Grotius devait son ouvrage à Alberico Gentili. Il est vrai qu'il a emprunté plusieurs détails àcepubliciste italien. Comme Alberico Gentili, il adivisé son ouvrage en trois livres ; mais là se borne toute la ressemblance. L'auteur italien entasse les faits et ne les juge pas; il cite les textes, et ne tente jamais leur appréciation philosophique. Ce qui domine dans son traita De jure belli^ c'est l'empire absolu et l'autorité sans appel des faits et des textes. Grotius, au contraire, esprit étendu et juste, mêle le bons sens à l'érudition; il commence presque toujours par juger lui-même, et ce n'est guère qu'après le jugement instinctif de sa raison qu'il appelle à son secours les textes et les faits.

Il convient toutefois de faire la part delà critique. Rien n'est parfait dans ce monde, et Grotius n'a pas moins payé tribut que tout autre aux faiblesses de l'esprit humain. Les défauts réels de Grotius, et qui l'ont entraîné vers des décisions souvent erronées, paraissent avoir été plutôt un excès inutile de scrupules et un reste de vieux préjugés théologiques, dont il était à peine un homme de son temps qui se fût affranchi, pour peu qu'il ne fût pas tout à fait indifférent à la religion K S'il a formulé sur le droit naturel des principes généraux très-solides, il ne les a pas assez développés, et il faut beaucoup de méditation pour y suppléer. Il n'a pas montré suffisamment l'enchaînement des conséquences qui s'en déduisent, dans leur application aux sujets particuliers. Il n'a pas assez fait sentir, sur chaque matière, la liaison des preuves dont il s'est servi, avec les principes d'où il les a

^ Voir Uallam, Ubr. cito(.» t. Ul, p. ^U.

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