LXX ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIOUE
dentés allures éviter tout soupçon de conformité aveeki maximes séditieuses du jésuite Mariana, dont le livre nnait d'être condamné à Paris. Partisan respectueur di pouvoir, Grotius est éloigné cependant de partager ki théories absolutistes de Machiavel et de Hobbes. c TA vu le Traité du Ct/oyen, écrivait-il à son frère, le 11 ami 1643. Cependant je ne puis approuver les fondementi sur lesquels l'auteur établit ses opinions. Il croit que ton les hommes sont naturellement en état de guerre, et fl établit quelques autres choses qui ne s'accordent point avec mes principes '.... o
J.-J. Rousseau^ a reproché à Grotius d'avoir confondu le fait avec le droit, et les devoirs des nations avec leur pratique. Hallam repousse timidement cette insinuation, a Scrupuleux, dit-il, comme casuiste, jusqu'à un excès qui se concilie à peine avec le bien-être et la sécurité des honnêtes gens, Grotius fut le premier qui fit entendre aux princes les préceptes d'une religieuse innocence. Il est vrai qu'en reconnaissant la légitimité de l'esclavage, et en poussant trop loin les principes d'obéissance au gouvernement, il paraîtra peut-être avoir enlevé aux hommes quelques-unes de leurs garanties contre l'injustice ; mais il y a infiniment loin de là à une sanction de cette même injustice. Un respect implicite pour ce qu'il considérait comme la vérité divine, était le premier axiome de la philosophie de Grotius. S'il se trompa quelquefois dans l'application de ce principe, son erreur tenait aux idées de son temps; mais ceux qui rejettent entièrement l'autorité, manquent d'un lien commun au moyen duquel ils puissent rattacher ses
* Àffpmd» EpùU, 648.
3 Contrat sociai.
SUR OROnUS ET soN|temps. lxxi
spéculations de philosophie morale avec les leurs '. » D'autres objections moins sérieuses ont été dirigées contre Grotius. On a blâmé Tordonnance de son ouvrage, Domme peu scientifique '. Il est certain que la loi de nature aurait pu être assise sur sa base, avant de passer outre à toute discussion de ses rapports avec des communautés indépendantes. Il en serait résulté un notable changement dans l'objet principal que Grotius avait en vue; et son traité, sous le rapport de la méthode, se serait rapproché beaucoup de celui de Pufiendorf. a Mais Grotius admettant, comme il le faisait, l'autorité reconnue par ceux pour qui il écrivait, — celle des Ecritures, — il était moins porté à insister sur les preuves que fournît la raison à l'appui de la loi naturelle, quoique pleinement convaincu de sa validité, même sans avoir recours à l'Être suprême ^. »
On a refusé à Grotius cette sagacité subtile et pénétrante, nécessaire aux investigations métaphysiques. « M. Grotius, écrivait Leibnitz à Thomas Burnet, était d'un très-grand savoir et d'un esprit solide; mais il n'était pas assez philosophe pour raisonner avec toute l'exactitude nécessaire sur des matières subtiles, dont il ne laissait pas d'écrire^. » Mais Leibnitz n'a point aperçu que le mérite de Grotius a été surtout d'avoir porté dans les matières politiques et positives une raison indépendante et droite, et d'avoir résolu la question du droit naturel sans le secours de la théologie, en se servant — ce qu'on
1 Hallam, Libr, ettof., t. III, p. 323.
3 Mackintosh. Voir ma traduction du discours de ce publiciste anglais, sur VÉtude du droit de la nature et des genSt à la suite de mon édition de Vattel, Droit des gens (édit. Guillaumin, 1863), t. Ill, \). 343.
8 Hallam^ Libr. eikU,, t. Ill, p. 324, •^ OFuvres de letbniijgf édit. DalCDs, I. V/, !'• partie, p. TIV