SUR GROTIUS ET SON TEMPS. XXI
Vanini ; Giordano Bruno, Dominis, ont été brûlés sur le bûcher. L'Église romaine a fait violence à la pensée, au profit de l'autorité d'Aristote. Il n'y a pas de méthode ; la véritable philosophie naturelle n'existe pas encore. Voici Bacon, voici Descartes; ils vont entreprendre leur grande guerre contre la routine ; et Galilée, réduit par l'oppression qui restreint les bornes du monde moral à agrandir le monde physique, convie les penseurs de l'avenir à 'ne plus accepter les faits sans examen. Grotius, enfin, tant il est vrai que les grandes explosions de l'esprit humain sont inévitablement amenées par la force des choses et le progrès naturel des idées générales, ose opposer les mois justice et humanité, aux clameurs des champs de bataille, et s'adressant à la conscience des rois et des peuples, fait descendre au milieu de tant de fougueux capitaines la sévère majesté du droit.
Hugues de Groot, plus connu sous le nom de Grotius^ naquit le 10 avril 1583, à Delft, dans cette Hollande, terre d'industrie et de liberté, qui s'illustra aux xvi* et xvîi* siècles par sa résistance au despotisme de l'Espagne, et à l'ambition de l'Angleterre et de Louis XIV. »Son père, Jean de Groot, savant estimable, bourgmestre de Delft, et curateur de l'université de Leyde, cultiva par des soins éclairés les heureuses dispositions du jeune Grotius. L'intelligence précoce de cet enfant, l'étonnante facilité de sa mémoire, son ardeur pour l'étude, attirèrent bientôt sur lui l'attention des littérateurs et des savants. Daniel Heinsius écrivit à son sujet ces paroles remarquables : « Les autres ne sont devenus hommes que par la suite ; Grotius est né homme fait. » Dès l'âge de huit ans il faisait des vers latins qu'un poète n'aurait pas désavoués ; à quinze ans, en 1 597, il soutint des thèses
ESSAI BIOORA^HlOrS BT HISTORtOTTE sur la philosophie, les malliéuiuliqLes et la jurisprudence, avec un applaudissement général. Grotius avait eu pour maitre le célèbre Joseph Scaliger. Entré de bonne heure au barreau, il n'avait pas dix-sept ans lorsqu'il plaida sa première cause. Mais cette carrière ept d'abord peu d'attraits pour lui. Passionné pour les sciences el pour la litlérature, il s'arrachait avec peine à ces études séduisantes pour les travaux souvent ingrats de sa profession. Bientôt de plus vastes horizons s'ouvrirent à son activité. L'estime de ses concitoyens l'investit successivement du titre nouvellement créé d'historiographe des Provbices-Unies, et des i'onctions d'avocat général du tîsc pour les provinces de Hollande et de Zélande. Il n'avait que vingt-quatre ans lorsque cette place importante lui lui confiée. A ^iiigt-cinq ans il épousa Marie de Reigesberg, fille d'un ancien bourgmestre de Véer, et qui devait jouer un rAle si louchant quelques années plus tard. Le Pensionnaire de Rotlerdain, frère de l'illustre Barneveld, étant mort, Grotius fut choisi pour le remplacer. Déjà, dans sa première 'eunesse , Grotius avait suivi en France Barneveld , . nommé ambassadeur de Hollande. Présenté k la cour de Henri IV. il avait mérité par son esprit et par sa conduite les éloges du Béarnais, qui le gratilia d'une chaîne d'or'. Les nouvelles fonctions de Grotius établirent de plus intimes rapports entre Hugues de Groot et le Grand Pensiomiaire de Hollande. Ces deux hommes ne tardèrent pas à s'unir par les liens d'une estime et d'une affection mutuelles. Grotius s'associa aux destinées
< Grotius élait alora igé àe moine de quinze tm. Il te réIiciU dans UD« ^icM de vers UtlDS il'avoir été prégenlé à Henri IV, el d'avoir B touché celle miiii terrible dans les comhalt, et qui ne dut le Bceplre qu'i u valeur. ■