‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 38 sur 113 · XLVIII ESSAI BIOGRAPHIOUE ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XLVIII ESSAI BIOGRAPHIOUE ET HISTORIQUE

tivé et eut une critique à lui, il devint en France l'instrument naturel des bons écrivains, et le latin fut abandonné aux érudits proprement dits, qui en négligèrent les beautés.

En Angleterre, le latin n'avait jamais été beaucoup cultivé sous le rapport du style; et quoique l'emploi de la langue nationale ne fût fort commun ni en Allemagne, ni dans les Pays-Bas, le latin ordinaire de la littérature y était toujours négligé, et souvent barbare; En Italie même, le nombre des écrivains en cette langue était alors très-reslreint.

Grotius parait avoir visé, avec plus de discernement que quelques autres, à imiter la brièveté nerveuse de Tacite. Quoiqu'il ne soit pas toujours exempt d'une certaine dureté, qu'il ne soit pas assez coulant, et qu'il soit par conséquent inférieur en élégance à plusieurs écrivains du xvi^ siècle, on peut néanmoins considérer ses écrits comme un monument de style vigoureux et expressif ^ .

Voici les principaux ouvrages de Grotius :

Recueil de poésies La Haye, i60i.

Mare liberum, seu de jure quod Batavis competit ad Indica com-

mercia. 1609.

De Antiquitate reipublicai batavicœ. 1010. De Yeritate religionis christianae.

Ordiuum Hollandiae et Westfrisiae Decretum pro pace ecclesiarum^

munitum S. Scripturs, Gonciliorum^ Patrum^ confessionum et

theologorum testimoniis.

De Imperio summarum potestatum circa sacra. Defensio (idei catholicae^ de Satisfactione Christi^ ad versus Faus-

tum Socinum Sencnsem.

Conciliatio dissidentium de re praedestinatoriù atque gratiâ opinio-

num.

' IIallam, Histoire de la liUérature de V Europe , t. 111, p. 14 et 15.

SUR &&OTIUS ET SON TEMÎS. XLIX

Disqaisitio^ an Pelagiana sint illa dogmata, quae nuDc sub eo no-

mine traducuntur.

Philosophorum veteruni sententiae de fato^ et de eo quod est in

nostrâ potestate.

Commenlarius ad loca qusdam Novi Testamenti de Antichristo. Dissertatio de Cœn» administratione, ubi pastores non adsunt. Via ad pacem ecciesiasticam.

Explicatio trium utilissimorum loconim N. T. in quibus agitur de

Fide et operibus.

Votum pro pace ecclesiasticA. De summo Sacerdotio. *

De Dogmatis^ Ritibus et Gubernatione ecclesiîe christianae. Apologeticus eorum qui Hollandiae^ Westfrisise et vicinis quibus-

dam nationibus ex legibus prsfuerunt ante mutationem, anni

1618. Parisiis, i622.

De Jure beiii ac pacis, libri très. Parisiis^ 1625. Excerpta ex tragediis et comediis gr^ecis^ tùm quse exstant^ tùin

qu» perierunt, emendata et latinis versibus reddita. 1626. Euripidis tragedia Phenisss> emendata ex manuscriptis^ et latina

facta ab Hugone Grotio. Parisiis> 1630.

Florum sparsio in jus Justinianeum et in loca qusedam juris civilis.

Parisiis, 1642.

De Origine gentium americanarum dissertatio prier. 1642. De Origine gentium americanaruiu dissertatio altéra^ adversus ob-

trectatorem opaca bonum quem fecit barba. Parisiis^ 1643. Historia Goihorum^ Vandalorum et Longobardorum. 1655. • Annales et historisB de rébus belgicis; ab obitu Philippi régis

usque ad inducias. Anni 1609. Amstelodami^ 1657. Hugonis Grotii EpistolaB. Amstelodami^ 1687.

Le traité de la Liberté des mersj publié en 1609, fut écrit pour combattre la prétention des Portugais à la navigation exclusive dans la mer des Indes, dont ils réclamaient la souveraineté contre la Hollande, en vertu des bulles du pape Alexandre 111. Grotius y soutint la théorie, devenue une règle du droit public moderne, que la mer est libre, et que nulle nation ne peut s'en arroger

L ESSAI BIOGRÀPAIOIJE ET HISTOKIQTTE

la propriété. Plus tard, dans son ouvrage De jure beUi et pacis^ il devait s'appliquer à prouver la vérité de ce principe d'une manière générale, et sans aucune vue particulière et restreinte. On sait que le traité de Grotius sur la Liberté des mers, fut combattu par Selden dans un ouvrage intitulé : Mare Clausum, publié en 1635. Le but de cet auteur avait été de justifier la prétention élevée par l'Angleterre sur la souveraineté exclusive des mers qu'on appelait si orgueilleusement les mers britanniques. Le publiciste anglais s'efforça de prouver, dans cet ouvrage, que la mer est susceptible d'être possédée à titre de propriété par une nation'. Le livre de Selden fit tant de plaisir au roi d'Angleterre, dont il flattait l'amour-propre, en caressant la chimère de la nation anglaise, qu'il en ordonna le dépôt en trois exemplaires : l'un dans les archives de la Tour de Londres, un second dans celles de l'Échiquier et le troisième dans celles de l'Amirauté *.

La Hollande récompensa son avocat par l'exil.

Mais l'ouvrage le plus remarquable de Grotius, celui auquel Grotius lui-même assignait le premier rang parmi ses écrits, ce fut l'immortel traité De la Guerre et de la Paicç 5.

Pour apprécier à sa juste valeur l'importance du livre de Grotius, il faut remonter par la pensée aux temps

* Voir, Hautefeuille, Det Droits et des devoirs des nations neu' tres^... !• édit.,Guillaumin, 1858, t. 1, p. 40 et suiv. ; Histoire des origines du Droit maritime,... édit. Guiliauinin, 1858, p. 2G8; Caucbt, le Droit maritime intemati anal ^ édit. 18G2, t. Il, p. 92 et suiv.

2 Massé, le Droit commercial, dans ses rapports arec le Droit des gens, etc., édit. Guiliaumiii, t80l, t. I, p. 87.

3 II s'exprime ainsi dans une letlie à son frère, du 31 décembre IG28, en lui envoyant l'exemplaire augmente, sur lequel devait se faire la nouvelle édition : « Mitto libros de Jure belli ac pacis, cum non exigud accessione. Horum curam tibiet amicis commendo, ut inter mea opera^ si quid rectè jvdico, eminentium. n Append. Epist. 190.

Stm GROTlUS ET SON TEMPS. LI

qui avaient précédé l'œuvre de cet illustre précurseur.

L'antiquité païenne n'avait pas séparé le droit naturel de la morale. Il ne pouvait être question de droit naturel là où régnait le panthéisme, qui, confondant Dieu et la création, l'homme et la société, faisait de l'univers un engrenage de puissances maîtresses les unes des autres, et empêchait l'humanité d'avoir la conscience de ses droits. Certes, dans la Grèce antique, le citoyen s'élevait jusqu'au sentiment de sa liberté; mais cette liberté, au lieu d'être conçue (lomme un droit inné et inviolable de l'homme, était acceptée comme un don octroyé par l'État qui eût pu absorber la liberté, comme il absorbait la personnalité du citoyen. Pythagore, Platon, Aristote, n'approuvaient-ils pas d'ailleurs l'institution de l'esclavage, la promiscuité des femmes et autres attentats contre le droit naturel? Sénèque et Cicéron ont écrit à Rome d'admirables pages sur la loi naturelle ; mais les sévères théories du Portique ne pouvaient s'entendre que de la morale. C'était du ci^i de la conscience que parlait Cicéron dans sa magnifique amplification du livre III de la République; c'était dans le même sens que les jurisconsultes romains invoquaient la raison naturelle et réquitê^.

Les changements introduits par le christianisme dans le droit public et dans la législation civile des peuples furent profonds ^. Par l'esprit d'égalité qui l'animait à son origine, il tendit à égaliser les hommes dans l'ordre moral et social comme dans l'ordre religieux. Il rappro-

* Voir EscHBACH, Introduction générale à l'étude du Droit, 3* édit., 1856, p. -20.

* Voir notamment le remarquable ouvrage de M. Troploxg, De Vinftuencedu christianisme sur le Droit romain, etTouvrage de M. Schmidt, intitulé : Essai historique sur la société civile dans le monde romain,, et sur sa transformation par le christianisme. (Strasbourg, 1853.)

Ltl ESSAI BlOCBAPHIÛUE ET BISTOàlQUË

cha les conditions, il effaça les différences désavouées par le nature. L'élat des personnes, l'esclavage, le mariage, les secondes noces, le divorce, les degrés de parenté, le concubinat, lespuissauces paternelle et maritale, tout fut changé, et une modilicalion correspondante s'op4ra dans l'ordre des choses : la succession et le droit de propriété reçurent de notables réformes. L'influence du christianisme sur les législations du Moyen Age ne fut pas moins considérable. Partout il substitua des maximes plus élevées et des formes plus douces aux lois et aux coutumes barbares '. Les Pères de l'Église commencèrent à formuler une nouvelle théorie du droit opposée à la doctrine do l'antitiuité; mais chez eux la notion du droit était encore plus ou moins confondue avec la religion et la morale. C'est au commencement du xiv* siècle qu'aj> paraissent, dans le domaine de la jurisprudence, les premiers ouvrages dans lesquels Marsilius de Padoue, Guillaume d'Occam, Léopold de Bebenburg, revendiquent les droits du pouvoir séculier contre les prétentions de la papauté, et soutiennent que l'empire romain n'a pas "été transféré aux rois francs par le pape, maïs par le consentement du peuple'.

La Réforme religieuse ouvrit au Droit naturel une ère nouvelle. En reprenant l'élément personnel et subjec- Uf de la conscience par lu consécration du libre examen, en favorisant les recherches sur les origines historiques et philosophiques de toutes les institutions, cette glorieuse émancipation de la pensée donna naissance à un grand nombre d'ouvrages, dans lesquels les ijuestions de droit

< Voir les prufondes et cflèbrea Lrçnni de M. Uujïot sur la civilisalion en Europe, H la eivitiialioH en France. '' VoirABKEHS, Cour* de Droit naturel, v édit., 1&G0, p àhi cl

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