‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 46 sur 113 · LXXII ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIOTIE · texte numérisé non relu

LXXII ESSAI BIOGRAPHIQUE ET HISTORIOTIE

n'avait pas fait jusqu'à lui encore — des seules lumières de l'esprit individuel. '

On a dit enfin que Grotius devait son ouvrage à Âlberico Gentili. Il est vrai qu'il a emprunté plusieurs détails à ce publiciste italien. Comme Alberico Gentili, il a divisé son ouvrage en trois livres ; mais là se borne toute la ressemblance. L'auteur italien entasse les faits et ne les juge pas; il cite les textes, et ne tente jamais leur appréciation philosophique. Ce qui domine dans son traité De jure belli^ c'est l'empire absolu et l'autorité sans appel des faits et des textes. Grotius, au contraire, esprit étendu et juste, mêle le bons sens à l'érudition ; il commeifce presque toujours par juger lui-même, et ce n'est guère qu'après le jugement instinctif de sa raison qu'il appelle à son secours les textes et les faits.

Il convient toutefois de faire la part delà critique. Rien n'est parfait dans ce monde, et Grotius n'a pas moins payé tribut que tout autre aux faiblesses de l'esprit bumain. Les défauts réels de Grotius, et qui l'ont entraîné vers des décisions souvent erronées, paraissent avoir été plutôt un excès inutile de scrupules et un reste de vieux préjugés théologiques, dont il était à peine un homme de son temps qui se fût affranchi, pour peu qu'il ne fût pas tout à fait indifférent à la religion ^ S'il a formulé sur le droit naturel des principes généraux très-solides, il ne les a pas assez développés, et il faut beaucoup de méditation pour y suppléer. Il n'a pas montré suffisamment l'enchaînement des conséquences qui s'en déduisent, dans leur application aux sujets particuliers. Il n'a pas assez fait sentir, sur chaque miCtière, la liaison des preuves dont il s'est servi, avec les principes d'où il les a

* Voir Hallah, Libr, eitat., t. III, p. 3*24.

SUR GROTirS ET SON TEBCPS. LXXIII

tirées. Enfin, sans dire avec Paley que a vouloir gravement établir ou confirmer un devoir moral par le témoignage d'un poète grec ou romain, c'est se jouer du lecteur, ou plutôt distraire son attention de tous les justes principes de la morale n ; sans partager complètement l'indulgence de Mackintosh à cet égard, il est cependant juste de reconnaître que Grotius a quelquefois été beaucoup plus loin que ne le permettaient les règles du goût, -en accumulant les citations, et que cela lui a nui auprès d'un grand nombre de lecteurs.

Ces réserves faites, Grotius se présente au monde moderne comme le fondateur de la science du droi^ de la nature et des gens. C'est hii qui, le premier, a cherché le droit dans une source constante et permanente, dans la sociabilité innée à l'homme, et dans les jugements rationnels innés à l'esprit humain. Nul autre n'a su unir au même degré l'autorité de la raison et celle de l'expérience, la méthode philosophique et la méthode historique; nul n'a répandu une plus vive lumière, tant sur les principes que sur les faits. Aussi Vico l'avait-il appelé lejurisconstilte du genre humain, a II est permis, dit Hallam^ de considérer son ouvrage comme étant, dans son plan général, à peu près aussi original que peut l'être un ouvrage de l'homme à une époque avancée sous le rapport de la civilisation et du savoir. Il l'est plus, peutêtre, que celui de Montesquieu '....» a Grotius est profondément philosophe, disait en 1864, au seki d'une académie illustre, un des savants les plus distingués dont s'honore la science du droit public'. Il s'inspire de la

* Hallah, Libr. cilai., t. Hl, p. 280, 281.

3 Voir au Moniteur da 29 février 1864, le compte-rendu des séances des 30 janTier, 6 et 13 février de l'Académie des 'sciences morales et politiqvea de France, et les observations de M. Franck.

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philosophie de Platon et des stoïciens; le fond de ses seiitiraents est chrétien. Il sait emprunter à l'histoire les enseignements les plus variés, et les t'ait servir à la coi>- Srmation de ses œuvres. Ses citations vont au fond des choses', elles touchent à toutes les branches do la science : au droit pénal, que Grotins veut améliorer et faire sortir de l'élatde barbarie où il était encore plongé; au droit pohtique, au droit civil, au droit international. Grotîus éveille et féconde les idées ; rien n'est ridicule en lui ; il peut faire rire les praticiens étroits; il sera l'éternelle admiration des publictstes et des jurisconsultes vraiment dignes de ce nom. »

Si l'ou pouvait douter de l'intluence d'une grande œu\Te sur un siècle, l'histoire des événements politiques qui se sont passés dans le monde depuis la publication de l'ouvrage de Grotius, sut'lirait pour donner un démenti kcett^ erreur.

Deux hommes ont surtout marqué dans la science politique de la Renaissance : Machiavel etGrotius.

Au XVI' siècle. Machiavel crée la politique expérimentale en la formulant comme un théorème géométrique, a Courtisan des Médicis, il donne dans le livre du Princ» une Ihéone complète du succès à l'usage de ceux qui veulent tromper les peuples ; il enseigne comment t'égoïsme, aidé par l'intelligence et l'habileté, pent exploiter, dans l'art du gouvernement, la religion, la vertu, la crédulité, la bonne foi et les diverses classes, les plus élevées comme les plus humbles, qui constituent un Ëtat; entîn, il nomme de son nom celte politique de l'astuce et de la ruse, qui fui de son temps celle de son pays, et qui substitue l'intérêt d'un seul à l'intérêt de tous.... Sceptique enfant ilu grand siècle du scepticisme, Machiavel se place en observateur impassible au-dessus 4^5 r^

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