‹ Le droit de la guerre et de la paix (volume 4)Chapitre 45 sur 113 · SUR GROTIUS ET SON TEMPS. LXIX · texte numérisé non relu

SUR GROTIUS ET SON TEMPS. LXIX

sition et à Taliénation de la propriété, dans quelquesuns des premiers chapitres du second livre. « Il est certain qu'il n'a pas adopté sur ces points toutes les opinions des juristes romains. Quant à la question de savoir si, dans^ certains cas, il s'y est attaché plus que ne le comporte la meilleure théorie de législation, les avis peuvent être partagés. Mais Stewart , complètement étranger aux lois romaines, ne parait pas s'être fait une juste idée de leur valeur, Elles forment, dans la plupart •des questions de droit privé, la grande base de toute législation moderne ; et de même que tous les peuples civilisés ont tiré de cette source une grande partie de leur jurisprudence, de même les théoriciens modernes qui dédaigneraient de passer pour disciples de Paul et de Papinien, n'ont pas honte d'en être les plagiaires K n

a Les écrits de Grotius, suivant Paley, sentent trop la manière du barreau ; ils sont trop mêlés avec le droit civil et avec la jurisprudence, pour remplir précisément le but d'un système de morale, qui est la direction des consciences particulières dans la conduite générale de la vie. » a Mais le but de Grotius, répond Hallam, n'était pas de donner un système de morale; et son traité n'a jamais été présenté sous ce point de vue. Il est vrai qu'il a donné à certaines branches importantes de la morale, des développements suffisants pour diriger les consciences particulières dans la conduite de la vie ; mais le grand objet de ses recherches était d'établir les principes du droit naturel, qui s'appliquent aux communautés particulières 2. »

On a fait un crime à Grotius d'avoir trop accordé au pouvoir des rois; mais peut-être a-t-il voulu par de pru-

« Hallam , Libr. eitat., t. UI, p. 322. Hallam/: iidr. cUat.^i. III, p. 315, 316.

Lxx ESSAI biographiquï: et historique

dentés allures éviter tout soupçon de conformité avec les maximes séditieuses du jésuite Mariana, dont le livre venait d'être condamné à Paris. Partisan respectueux du pouvoir, Grotius est éloigné cependant de partager les théories absolutistes de Machiavel et de Hobbes. « J'ai vu le Traité du Citoyen, écrivaiMl à son frère, le 1 1 avril 1643. Cependant je ne puis approuver les fondements sur lesquels l'auteur établit ses opinions. Il croit que tous les hommes sont naturellement en état de guerre, et il établit quelques autres choses qui ne s'accordent point avec mes principes '.... »

J.-J. Rousseau^ a reproché à Grotius d'avoir confondu le fait avec le droit, et les devoirs des nations avec leur pratique. Hallam repousse timidement cette insinuation. « Scrupuleux, dit-il, comme casuiste, jusqu'à un excès qui se concilie à peine avec le bien-être et la sécurité ties honnêtes gens, Grotius fut le premier qui fit entendre aux princes les préceptes d'une religieuse innocence. Il est vrai qu'en reconnaissant là légitimité de l'esclavage, et en poussant trop loin les principes d'obéissance au gouvernement, il paraîtra peutrêtre avoir enlevé aux hommes quelques-unes de leurs garanties contre l'injustice ; mais il y a infiniment loin de la h une sanction de cette même injustice. Un respect implicite pour ce qu'il considérait comme la vérité divine, était le premier axiome de la philosophie de Grotius. S'il se trompa quelquefois dans l'application de ce principe, son erreur tenait aux idées de son temps; mais ceux qui rejettent entièrement l'autorité, manquent d'un lien commun au moyen duquel ils puissent rattacher ses

< Âppend Epist., 648.

' Contrat social.

su» GROTICJS ET SOi\ TEMPS. LXXI

spéculations de philoso{>liie morale avec les leurs ^ d D'autres objections moins sérieuses ont été dirigées contre Grotius. On a blâmé l'ordonnance de son ouvrage, comm&.peu scientifique ^. Il est certain que la loi de nature aurait pu être assise sur sa base, avant de passer outre à toute discussion de ses rapports avec des communautés indépendantes. Il en serait résulté un notable changement dans l'objet principal que Grotius avait en vue; et son traité, sous le rapport de la méthode, se serait rapproché beaucoup de celui de Puffendoipf. a Mais Grotiu§ admettant, comme il le faisait, l'autorité reconnue par ceux pour qui il écrivait, — celle des Ecritures, — il était moins porté à insister sur les preuves que fournit la raison à l'appui de la loi naturelle, quoique pleinement convaincu de sa validité, même sans avoir recours à l'Être suprême '. »

On a refusé à Grotius cette sagacité subtile et pénétrante, nécessaire aux investigations métaphysiques, a M. Grotius, écrivait Leibnitz à Thomas Burnet, était d'un très-grand savoir et d'un esprit solide; mais il q'était pas assez philosophe pour raisonner avec toute l'exactitude nécessaire sur des matières subtiles, dont il ne laissait pas d'écrire ^. » Mais Leibnitz n'a point aperçu que le mérite de Grotius a été surtout d'avoir porté dans les matières politiques et positives une raison indépendante et droite, et d'avoir résolu la question du droit naturel sai)s le secours de la théologie, en se servant — ce qu'on

* HkLLAM, Libr. citât, ^ t. Ilf, p. 323.

* Af^çkintofth. Voir ma Iraductioo du discours de ce pu|)liciste anglais, sur VÉtude du droit de la nature et des gens, à la suite de mou édition de Vattel, Droit des gens (édit. Guillaumin, 1863)^ t. III, p. 343.

' Hallam, lÀbr, eitat,, t. IW, p. 324.

* OEuvrts de Leibnits^ édit. Dutens, t. VI, !'• partie, p. 271.

Page 1