HUGO GROTIUS
Ce livre ose, 6 le plus éminent des Rois^ inscrire à sa tète votre Qom auguste^ non par un sentiment de vanité^ non parce que son tuteur a confiance en lui-même^ mais pour répondre au sujet qu'il traite^ car il a été écrit en vue de la justice. Cette vertu est tellement vôtre^ que par vos mérites et par le sufiErage du genre humain^ vous avez reçu le surnom le plus digne d'un si grand Roi^ et que déjà en tous lieux vous êtes connu par la dénomination de Juste^ non moins que parcelle de Louis. Les titres tirés de Id (Irète^ de la Numidie^ de l'Afrique^ de l'Asie^ ainsi que d'autres nations vaincues^ paraissaient beaux aux généraux romains. Mais combien le vôtre est plus illustre^ puisqu'il vous représente comme l'ennemi partout^ et le vainqueur toujours^ non pas d'un peuple^ non pas d'un homme^ mais de ce qui est injuste ! Les rois égyptiens ont pensé qu'il était grand d'être renommé pour avoir aimé^ celui-ci son père^ celui-là sa mère^ tel autre ses frères. Mais ce ne sont là que les moindres faces de votre num^ qui embrasse dans son étendue nun-seulement ces
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qualités^ mais tout ce qui peut être imaginé de beau et d'honnête. Vous êtes juste, lorsque vous honorez, en Timilant^ la mémoire du Roi votre père, qui fut grand par-dessus tout ce qui peut être ainsi qualifié. Vous êtes juste, lorsque vous formez votre frère de toutes manières, mais en ne pouvant lui donner de meilleur enseignement que celui de votre exemple. Vous êtes juste, lorsque vous répandez sur vos sœurs Téclat d'illustres mariages. Vous êtes juste, lorsque vous laites revivre des lois ensevelies naguère, et que, dans les limites de votre pouvoir^ vous vous placez comme obstacle devant un siècle qui s'élance vers sa ruine! Vous êtesjuste,maisen même temps vous êtesclément, lorsqu'aux sujets que l'ignorance de votre bonté avait détournés de la voie du devoir, vous n'enlevez rien si ce n'est la liberté de se rendre coupables; et lorsque vous ne faites aucune vîblence aux consciences pensant autrement que vous sur les choses de la religion. Vous êtes juste, et en même temps miséricordieux, lorsque vous faites cesser par votre puissance les douleurs des peuples opprimés, des princes abattus, et que vous ne tolérez point qu'il soit trop permis à la Fortune. Cette bienfaisance qui vous est particulière, et qui est semblable à t elle de Dieu, autant que le souffre la nature humaine, me porte aussi à vous rendre des actions de grâce en mou nom privé, dans celte Dédicace publique. Car, de même que les corps célestes non-seulement pénètrent les grandes parties de l'univers, mais laissent descendre leur influence sur chacun des êtres animés; de même, vous, astre très-bienfaisant sur la terre, non content de relever les princes, de soulager les peuples, vous avez voulu aussi être pour moi, maltraité dans ma patrie, un secours et une Consolation. Pour compléter l'enchaînement de toutes les vertus que comprend la Justice, iJ faut ajouter aux actions de votre vie publique, l'innooence et la pureté de votre vie privée, dignes d'être admirées, non-seulement par les hommes, mais encore par les esprits éthérés. «Car, combien d'hommes faisant partie du peuple, et même, conobien d'entre ceux qui se sont séparés du monde, se sont-ils mis à l'abri de toutes fautes, comme vous l'avez fait.