SUR GROTIUS ET SON TEMPS. LXXV
publiques et des nioiiarcliies, au-dessus de tous les dévouements et de toutes les ambitions. Il ne voit que les faits, et, prenant les choses les plus saintes comme des instruments que l'habileté doit manier à son gré, il ne demande à l'histoire qu'une seule leçon, l'art de réussir '. » Marie la Sanglante en Angleterre, Philippe II en Espagne, César Borgia en Italie, Catherine de Médicis, Charles IX, Henri III en France, sont les disciples de Machiavel. Un publiciste moderne, traçant le tableau de la société et du droit public en Europe au xvi= siècle, s'exprime ainsi : « Ce n'était plus qu'un amas de corruption, de dissimulation et de crimes qui réclamaient hautement un réformateur capable de parler aux rois et aux peuples le langage de la vérité et de la justice, et de mettre ainsi un terme à ce fléau moral '^. »
Grotius paraît. Il publie en 1625 son traité du Droit de la Guerre cl de la Paix, et bientôt la scène change. L'influence de Grotius s'introduit dans les conseils et dans la conduite des nations. Les documents de la diplomatie du xvii" siècle se remplissent d'appels faits non-seulement aux considérations de politique, mais aussi aux principes du droit, de la justice et de l'équité, et à l'autorité des oracles du droit public, à ces règles et à ces principes généraux par lesquels les droits du faible sont protégés contre les envahissements de la force supérieure, par l'union de tous ceux qui sont intéressés dans le danger commun^.
Machiavel inspire la Saint-Barthélémy et les massacres des Pays-Bas ; Grotius prépare et rend possible
' Étude sur Machiavel, par Cli. Louandre, en léte des OEuvres politiques de Machiavel, Iraduclion Périés, édit. Charpentier, 1864, p. 3t. ^ Wheaton, llist. des progrès du Droit des gens, t. I, p. 53. » Ibid., t. I. p. 109.