‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 57 sur 294 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

qu'affectionnent les Scoliastes — par réduction, auxquelles le droit naturel n'est pas formellement contraire. C'est ainsi que nous avons dit tout à l'heure qu'on quali-

Dieu ne l'aurait pas ordonné. » {Essai sur le fondement du droit naturel, dans le traité du Droit des gens de Vattel, édition Guillaumin, 1. 1, p. 16 et suiv.).

La philosophie moderne a donné raison à Grotius contre Barbetrac. Elle enseigne, avec le publiciste hollandais, et avec les plus beaux génies de l'antiquité, que le bien n'est pas tel parce qu'il plaît à Dieu, mais qu'il plait à Dieu parce qu'il est bien, et que, par conséquent, ce n'est pas dans les dogmes religieux qu'il faut chercher le titre primitif de la légitimité des vérilés morales. Sur les traces de Platon, les plus grands docleurs de l'Église, saint Augustin, saint Anselme, saint Thomas, et dans les temps modernes les plus illustres philosophes, Mallebranche, Fénelon, Lcibnitz, se sont accordés à reconnaître la parfaite indépendance de l'idée du bien, et à y subordonner la volonté divine. Voir M. Cousin, argument de l'Euthyphron, dans le tome I" de la traduction de Platon. — M. JouFFROY s'est fait, à notre époque, l'éloquent interprète de la vraie théorie du bien en soi, qui dans la philosophie païenne avait été entrevue déjà par Aristole et par les stoïciens. Deux choses sont immédiatement évidentes suivant celle doctrine : la première, c'est que tout être a une fin, la seconde, que la fin d'un être est son bien. Cela posé, comme la fin de chaque être est liée à celle de tous les autres êtres de la nature, la raison ne peut pas ne pas s'élever de l'idée de la fin d'un certain être à celle de la fin universelle de tous les êtres; de l'idée du bien d'une nature donnée, àl'idéedubien général des choses; de l'idée de la loi et de l'ordre d'une destinée particulière, à l'idée de la loi universelle, de l'ordre universel. Ordre universel, loi universelle, accomplissement de la fin universelle des êtres, ce sont là les traductions diverses d'une même idée, l'idée du bien absolu, du bien en soi et par soi. Maintenant comme la fin d'un être est fondée sur sa nature, comme la nature des êtres est l'ouvrage de la volonté de Dieu éclairée par sa raison, et comme la volonté et la raison de Dieu sont elles-mêmes fondées sur son essence, il est clair que la base suprême et la substance du bien, c'est Dieu même dont la volonté a produit tous les êtres, dont la raison Jes avait conçus d'avance, pour ainsi dire, et en leur assignant leur nature, ava\^ marqué leur fin et leur loi. C'est en ce sens qu'Aristote définissait Dieu la cause finale du monde... (Voir h Manuel de philosophie, fAV Axn. Jacques, Jules Simon, Emile Saisset, 2« édit., p. 347).

Quant à l'obligation morale, la philosophie moderne enseigne aussi qu'elle naît de la liberté de l'agcnl, cl qu'elle la suppose. Kant a présenté

fie de justes des choses exemptes d'injustice. Quelquefois aussi on rapporte par abus au droit naturel des choses que la raison fait regarder comme honnêtes, ou comme meilleures que celles qui leur sont opposées, quoiqu'elles ne soient pas d'obligation.

4. 11 faut savoir de i)lus que le droit naturel ne regarde pas seulement les choses qui sont en dehors de la volonté des hommes, mais qu'il a aussi pour objet beaucoup de choses qui sont une suite de quelque acte do cette volonté. C'est ainsi que la propriété, telle qu'elle est à présent en usage, a été introduite par la volonté humaine; mais du moment où elle est introduite, c'est le droit naturel lui-même qui m'apprend que c'est un crime pour moi de m'emparcr, contre ton gré, de ce qui est l'objet de ta propriété. Aussi le jurisconsulte Paul a-t-il dit que le vol est interdit par le droit naturel (*) Ulpien, que c'est une action naturellement déshonnête Euripide, dans .ces vers d'Hélène, que c'est un acte qui

une admirable analyse de ces deux notions d'obligation et de liberté, et parfaitement indiqué leurs rapports essentiels. L'obligation morale n'est point une impulsion de la sensibilité, ou une force étrangère et nécessitante ; c'est un» Idée, un concept qui s'impose nécessairement à la raison, mais sans maîtriser l'activité. Cette idée, ce concept, c'est qu'un être libre ne peut raisonnablement se proposer pour fin que d'accomplir sa destinée, de concourir à l'ordre, de faire le bien. Mais ce principe qui est d'une évidence irrésistible, n'encbaîne que notre jugement et nous laisse maîtres d'y conformer ou non notre conduite. Voir : Kam, Critique de la raison pure pratique, liv. I, cliap. i ; Jouffrov, Cours de Droit naturel, leçon XXVI; le Manuel de Philosophie, etc., p. 349 et suiv.

{*) « Après la loi, dit l'empereur Julien, qui regarde la connaissance et le culte de Dieu, il y a uneautre loi sacrée et divine de sa nature, qui ordonne de s'abstenir toujours et partout du bien d'autrui, et de n'y attenter ni par ses discours, ni par ses actions, ni par ses pensées secrètes. » Cicéron, dans le livre III du Traité des devoirs, dit d'après Chrysippe, que « chacun peut, sans injustice, chercher son propre avantage ; mais qu'il est contre le droit d'Oter aux autres les biens qui leur appartiennent. » Grotius.

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