‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 65 sur 294 · LIVRE 1, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE I

4. Il lut permis aussi aux étrangers qui venaient du dehors, et qui n'étaient pas soumis aux institutions hébraïques, d'adorer Dieu et de lui offrir des victimes dans le temple de Jérusalem, en se tenant toutefois dans un lieu particulier et séparé de l'enceinte consacrée aux Israélites (*) (Reg. m, vni, 41, H ; Macc. m, 35; Johan. XII, 20; Act. vin, 27). Elysée (**) n'a jamais fait entendre k Naaman de Syrie, ni Jonas aux Ninivites, ni Daniel à Nabuchodonosor, ni les autres prophètes en écrivant aux Tyriens, aux Moabites, aux Égyptiens, qu'il fût nécessaire pour se sauver de recevoir la loi de Moïse.

5. Ce que j'ai dit sur la législation de Moïse en général, je l'entends aussi de la circoncision, qui servait comme d'introduction à la loi. Il n'y a qu'une seule différence : c'est que les Israélites seuls étaient soumis à la loi de Moïse, tandis que l'obligation de la circoncision était imposée à toute la postérité d'Abraham. Voilà pourquoi nous lisons dans les histoires des Hébreux et des Grecs, que les Iduméens avaient été contraints par les Juifs à recevoir la circoncision. Aussi est-il vraisemblable que les peuples qui, en dehors des Israélites, ont été circoncis (et il y en eut plusieurs, que mentionnent Hérodote, Strabon, Philon, Justin, Origène, Clément d'Alexandrie, Épiphane, Jérôme) (***), sont descendus d'Ismaël, d'Ésaii ou de la postérité de Géthura (****).

6. Au reste, quant aux autres, il y avait à leur appliquer ce passage de sahit Paul (Rom. ii, 14) : «Lorsque

(*) Voir Josèphe, dans l'endroil où il fait l'histoire du temple de Salomon. Grotius.

('*) On trouve une réflexion semblable dans Hilaire, sur Mathieu, xii.

Grotius.

(**•) On peut ajouter Tliéodoret. Grotius.

(*"*) Ceux d'entre les Éthiopiens qu'Hérodote met au rang des peuples circoncis, semblent être venus de quelques-uns des descendants de Géthura. Épiphane les appelle Homérites. Grotius. I. 7

les nations qui n'ont pas la foi font par leur propre nature (*) — c'est-à-dire par les mœurs qu'elles ont puisées dans cette source originelle, à moins qu'on n'aime mieux rapporter ce mot de nature à ce qui précède, afin d'opposer les gentils aux Juifs, à qui dès leur naissance on donnait une notion de la loi, — lorsqu'elles font naturellement les choses que la loi commande, les membres de ces nations n'ayant pas la Loi s'en tiennent lieu à eux-mêmes ; puisqu'ils montrent ainsi que ce qui fait la matière de la Loi est écrit dans leur esprit, leur conscience leur rendant en môme temps témoignage, et leurs pensées s' accusant ou se défendant tour à tour. » Voici un autre passage du même apôtre (Ibid., 2G) : « Si le prépuce — c'est-à-dire l'homme incirconcis — observe ce que commande la loi, son prépuce ne sera-tril pas regardé comme une circoncision? » C'est donc avec raison que dans l'histoire de Josèphe (Antiq., libr. xx, c. 2), le juif Ananias enseignait à Izate Adiabénien — appelé Ezate par Tacite, — que même sans circoncision on pouvait dignement servir Dieu et se le rendre propice (**). Que si beaucoup d'étrangers se firent circoncire, et par la circoncision se soumirent à la loi — ainsi que l'explique saint Paul (Galat. v, 3), — ils le firent en partie pour acquérir le droit de cité, car les prosélytes que les

{*) Chrysostôme dit : « Par des raisonnements naturels. » Ce qu'il y a d'admirable, ajoute-t-il plus bas, c'est qu'ils n'ont pas besoin de loi : la conscience et l'usage de la raison leur suffit. » Terluilien {advers Jud.) assure qu'avant la loi de Moïse tracée sur des tables de pierre, il y avait une loi non écrite, que l'on pouvait connaître naturellement, et que les patriarches observaient. On peut rapporter ici cette pensée d'Isocrate : « Ceux qui veulent avoir une bonne république, ne doivent pas remplir les portiques de lois écrites, mais doivent plutôt graver les maximes de la justice dans les esprits. » Grotius.

(**) Tryphou se relâchant de sa rigueur, s'adresse ainsi à Justin : « Si tu avais persévéré dans cette philosophie, tu pouvais conserver un reste d'espérance d'un état meilleur, n • Grotius.

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