‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 71 sur 294 · LIVRE I, CHAriTRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAriTRE II

I. — 1. Cette question elle-même, comme les autres qui se présenteront dans la suite, doit être examinée d'abord au point de vue du droit naturel. — Marcus Tullius Gicéron, tant dans le troisième livre de son traité De fmibus que dans d'autres passages, dit avec érudition, d'après les ouvrages des stoïciens, qu'il y a certains principes naturels primitifs — premiers par nature, selon les Grecs, — et certains autres, secondaires, mais qu'on doit préférer aux principes primitifs. Il appelle jM"tnc/pc5 primitifs ceux d'après lesquels tout animal, dès le moment do sa naissance devient cher à lui-même, est porté à se conserver, à aimer son état et tout ce qui tend à le maintenir, a horreur de la destruction et des choses qui paraissent capables de l'amener. D'où il arrive, dit-il.

«lisent jias tout emploi de la force, mais seulement les voies de fait en opposition avec la vie sociale, c'est-à-dire portant atteinte au droit d'autrui. Le but de la société est, en effet, cpie cliacun soit maintenu dans ce qui lui appartient, par reflet d'un concours commun et la réunion des forces de tous. L'emploi de la force, lorsqu'il ne viole pas le droit des autres, n'est donc pas injuste. Toute guerre n'est donc pas contraire au droit naturel. Cette proposition est démontrée par des exemples puisés dans l'histoire sacrée ; elle est prouvée par l'accord unanime de toutes les nations et de tous les sapes.

Si le droit des gens naturel ne désapprouve pas toute espèce de guerres, le droit des gens volontaire ne les condamne i)as davantage. Quant au droit divin volontaire, la question peut être posée, car le droit n'est impuissant (pie pour interdire ce qui est .établi jiar le droit] naturel; or la guerre n'est que permise, que tolérée i>ar le droit naturel, et conséquemment le droit divin volontaire pourrait la prohiber. D'où plusieurs objections tirées de l'Kcriturc sainte, contre la guerre considérée comme autorisée par le droit divin volontaire. Grotius réfute ces objections diverses, et proclame qu'il n'est jias naturellement injuste que chacmi souiïre autant de mal qu'il en a fait. Cette jtroposition conduit notre auteur à justifier l'usage des peines capitales, avec force citations puisées dans l'histoire et dans la loi des Hébreux.

Comme l'Ancien Testament, l'Évangile n'est contraire ni àia guerre, ni au droit de glaive, et Grotius le prouve par d'abondantes citations.

qu'il n'y a personne qui n'aimât mieux, si on lui donnait le choix, avoir toutes les parties de son corps bien disposées et entières, que de les avoir mutilées oudilformes. Le premier devoir est donc do se conserver en l'état où la nature vous a mis, de retenir ce qui est conlorme à la nature et de repousser les choses qui y sont contraires.

2. Gicéron lait venir en second lieu la notion de la convenance des choses avec la raison, ([ui est d'une nature plus excellcnlc (|ue le corps (*). Cette convenance en laquelle consiste l'honnête, doit être estimée davantage que les choses où se portait d'abord le seul désir de l'appétit naturel, parce ([ue bicnciue les prcinièies impressions de la nature nous renvoient à la droite raison, la droite raison doit nous être plus chère que les choses par lesquelles nous y allons ("). Cette vérité étant constante, et ayant pour elle le sentiment de tous ceux qui' ont le jugement sain, sans qu'il soit besoin d'aucune autre démonstration, il s'ensuit que lorscju'il s'agit d'examiner ce qui est de droit naturel, il l'aut voir d'abord ce qui convient à ces premières inq)ressioiis de la nature, et passer ensuite à ce qui, bien ([ue n'ayant pris naissance qu'après, est cependant plus excellent et doit non-seulement être embrassé, si on l'a, mais encore être recherché de toute manière.

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