‹ Le droit de la guerre et de la paixChapitre 73 sur 294 · LIVRE I, GIIAriTRE II · texte numérisé non relu

LIVRE I, GIIAriTRE II

Ions l'honnête consiste, tantôt dans un point pour ainsi dire indivisible, de sorte que pour peu que vous vous en éloigniez, vous inclinez vers le vice ; tantôt embrasse un rayon plus étendu, de manière que si on s'y conforme, on t'ait quelque chose de louable, et qu'on peut sans rien commettre de déshonnète ne pas s'y conformer, ou agir même tout autrement '.Il en est à peu près de même qu'entre l'être et le non être, qui comportent une brusque transition, tandis qu'entre les choses qui sont opposées entre elles d'une autre manière, telles que le blanc et le noir, on trouve un milieu qui tient des deux extrêmes, ou qui en est également éloigné. C'est ce dernier point de vue de l'honnête qui est surtout l'objet de la préoccupation des lois tant^divines qu'humaines, dont l'œuvre est de rendre même obligatoires les choses qui, de leur nature, n'étaient seulement que louables. Mais nous avons dit plus haut que lorsqu'on examine ce qui est de droit naturel, on recherche si telle ou telle chose peut se faire sans injustice; et qu'on entend par injuste ce qui est en opposition absolue avec la nature raisonnable et sociable.

4. Parmi les principes naturels primitifs il n'en est pas un qui soit contraire à la guerre ; bien plus, ils lui sont tous plutôt favorables, car le but de la guerre étant d'assurer la conservation de sa vie et de son corps, de conserver ou d'acquérir les choses utdes à l'existence, ce but est en parfaite harmonie avec les principes pre-

* Il ne s'agit pas ici de l'apiilication des maximes générales de l'honnête et du droit naturel aux cas particuliers, comme l'entendent les commentateurs de cet ouvrage Mais il s'agit de la nature des actions en général. Ainsi, indépendamment des lois positives qui défendent la polygamie, il est beau et honnête, selon notre auteur, de se contenter d'une femme ; mais cependant on ne fait i)as de mal, lorsqu'on en prend deux. Cela n'est point contraire à la première sorte de l'honnête, auquel se rapporte le droit de nature, proprement ainsi nommé. (Barbeykac.)

niiers de la nature. Que s'il est besoin d'employer la violence en vue de ces résultats, cela n'a rien d'opposé à ces principes primitifs, puisque la nature a doté chaque animal de forces physiques qui puissent lui suffire pour se défendre, et se procurer ce dont il a besoin. « Toutes les espèces d'animaux, dit Xénophon, savent quelque manière de combattre, qu'ils n'ont apprise que de la nature. » On lit dans un fraj^mcnt du poëme de la Pèche : « Tous les animaux pressentent leur ennemi et les ressources qu'ils ont pour lui résister; il connaissent la force et la manière dé se servir des armes dont ils sont pourvus. » Horace avait dit : « Le loup attaijue avec la dent, le taureau avec la corne; qui le leur a enseigné, si ce n'est l'instuict? » Lucrèce va plus loin : « Tout animal, dit-il, a un pressentiment des moyens de combattre dont il pourra se servir. Le jeune taureau sent ses cornes avant qu'elles n'aient apparu sur son front, il en frappe dans sa colère, et s'élance le front en avant lorsqu'il est irrité (*). » La même pensée est exprimée ainsi par Galien : «Nous voyons tout animal user pour sa défense de ce qu'il a de plus fort. Le veau dont les cornes n'ont pas percé encore, menace de la tète, le poulain

(*) ■ Le jeune veau, dit Martial, brûle d'envie de combattre avec son front inolTensif. » Poqibyre (111, De non csu animant.) dit ([ue « cha(|uc animal connaît la |)artie qui en lui se trouve faible ou forte, qu'il se précautionne pour la |treniière, et qu'il se sert de la seconile. La pantlière fait usape des dents, le lion des prilfes et des dents, le cbeval du sabot, et le bœuf des cornes. » Suivant Ghrys'slome (XI, de Staluis.) o les animaux prives de raison portent avec eux leurs armes dans leur projire corps. Le breuf a ses cornes, le sanglier ses dénis, le lion ses onplcs. Mais pour moi, I>icu m'a donné des armes qu'il a mises hors de mon corps, montrant par là que l'homme est un animal sociable, et <|uc je, ne dois i)as me .servir de ces armes en tout tcm|ps. Car tantôt je prends mon danl et tantôt je le (piittn. Afin donc que je sois plus libre, plus dépapé, et (|ue je ne sois pas toujours forcé de jiorter mes armes avec moi, il a fait en sorte qu'elles soient séjiarces de ma nature. » Ces dernières |tnrolcs s'accordent parfaitement avec le passa^'e de Galien cité dans le texte. Guotius.

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