ACTE PREMIER
BLANCHE, s'animant.
Après le dincr, vous passerez encore Jannit à votre cercle.
SERVAL
Je no puis vraiment pas vivre toujours en cénobite.
BLANCHE
Notre maison n'est cependant pas un ermitage bien sévère, et vous devriez me rendre cette justice que j'essaie de vous faire douce cette solitude à deux,
SERVAL, énervé.
Sans doute!... Oh je vous rends toute la justice que vous méritez...
Oui, comme on envoie un salut de loin, par politesse!
Mon affection ne serait elle donc plus rien pour vous, Paul?
SERVAL
Oh ! ne versons pas dans le sentiment, voulez-vous ?
BLANCHE
Gest vrai, je suis stupide!
SERVAL
Parlons sérieusement! Nous devons subir les exigences de la vie et des relations nécessaires; on ne peut vivre comme des loups; il n'y a pas un homme d'esprit qui ne doive être d'un cercle.
BLANCHE
Mais vous y vivez, maintenant, ù votre cercle ! Et vous êtes bien changé ! Il v a six mois...
30 LE DHOlï DU PÈRE
SERVAL
Oli! il y a six mois, ma chère amie, notre situation n'était pas la même. Nous entrions dans le monde, je devais vous présenter à nos amis. A présent, nous prenons notre existence normale.
BLANCHE, se levant brusquement et changeant de ton.
Alors, notre existence normale sera celle que nous menons depuis plus de deux mois : vous, dehors, au cercle, je ne sais où... et moi, seule ici, vous attendant, me demandant pourquoi vous êtes absent... oe que vous faites, pourquoi cette maison est déserte, pourquoi j'y suis seule, ahandonnée.
SERVAL
Oh! vous exagérez, vous êtes nerveuse, calmezvous.
BLANCHE
Oui. Voilà la défaite quand on n'a point à donner de bonnes raisons! et cela répond à tout!
Vous croyez que c'est une vie normale, celle que je mène ? Et vous allez retourner toutes les nuits à ce cercle maudit ! Et moi, toutes les nuits je recommencerai à vous attendre... Oh! cette première soirée où je ne vous ai pas vu rentrer!... Minuit, une heure... personne! — J'allais fiévreuse à la fenêtre me demandant où vous étiez, ce que vous étiez devenu. J'essaj'ais de percer les ténèbres pour vous apercevoir. Je tressaillais au moindre bruit... Deux heures, trois heures sonnent, et la nuit se passe ainsi, solitaire, anxieuse, désoléo. — Et le matin, je vous vois arriver, pâle, abattu... A mes interrogations, vous répondez en vidant sur la table vos poches pleines d'or. Gomme si la vue de cet or allait me payer mes tortures! Maudit soit-il!... H eut mieux valu