‹ Le droit du père; comédie-dramatique en cinq actesChapitre 21 sur 87 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

que cette nuit-là, d'un seul coup, vous eussiez perdu votre fortune entière... vous seriez peut-être guéri. Puis, après le gain, les pertes! Tous les jours, la noire déveine. Car, enlin, vous avez perdu votre fortune en deux mois! Oh! cela m'est bien égal, l'argent, mais ce que je veux garder, c'est notre jeunesse, ce que je veux reconquérir, c'est le calme de la vie à deux. Je ne veux pas que vous m'abandonniez ainsi!

SERVAL

Je ne vous abandonne pas; mais raisonnons!... que diable! nous ne pouvons pas passer notre vie côte à côte, comme ces petites perruches inséparables qu'on offre sur les boulevards à l'admiration des passants émus.

BLANCHE

Merci de la comparaison.

SKRVAL.

Nous ne sommes pas dans le monde uniquement pour filer sans relâche, le parfait amour.

BLANCHE

Eh! je n'en demande pas tant, et vous savez bien ce que je réclame de vous.

SERVAL

Oh ! oui, vous me l'avez fait entendre, en des scènes pareilles, deux fois déjà!

BLANCHE

A qui la faute, et qui les a provoquées? C'est aujourd'hui la troisième, parce que vous n'avez pas tenu compte de mes prières.

SERVAL

J'espérais que vous auriez assez d'esprit pour

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comprendre que nous ne sommes pas encore d'âge à jouer Philémon etBaucis.

BLANCHE

Et moi j'espérais que vous auriez assez de cœur, pour ôtre touché de ma peine, (pius tendre.) Voyons, Paul, demeurez avec moi, ce soir.

Je ne puis! je suis engagé d'honneur..

BLANCHE, ironique.

D'honneur!... Oh! alors!... (Froidement.) Vous dînez au cercle ?

SERVAL

Mais oui, avec Trinquesse... je vous l'ai dit.

BLANCHE

Et après dîner, vous jouerez... et le jeu vous gardera jusqu'à quatre heures du matin... Eh bien, il faut qu'à la fin je dise tout ce que j'ai dans le cœur... Soit! allez! retournez à vos amis, à votre vie du dehors, sans souci de vos devoirs nouveaux. Vous avez un foyer, une compagne... mais qu'est-ce que cela pèse auprès des émotions du jeu... auprès des joyeux complices de vos plaisirs, de vos compagnies frelatées comme les boissons de vos bars? — Une femme, une compagne? Vous rappelez-vous seulement que vous êtes venu la chercher? que vous l'avez décidée à quitter sa famille en lui promettant l'amour?... — Elle ne deuiandait qu'à vous croire et à vous aimer ; et après quelques jours, — à peine les Heurs des bouquets de noce ont-elles eu le temps de se faner, — cet homme, cet amant prometteur qui faisait de si beaux serments, s'évanouit, disparaît. Ce n'est plus un amant, ce n'est plus même un ami, maison

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